‹ Œuvres complètes de J. AutranChapitre 14 sur 99 · SELKIRK · texte numérisé non relu

SELKIRK

A Bristol, sur le quai, le nom de Lion rouge Désigne un lieu connu de tous les gens de mer : Taverne du nommé Walkins, honnête bouge, Où l'aie est sans pareille et ne coûte pas cher.

Cent marins attablés trinquent dans un nuage; On a peine à s'entendre, on a peine à se voir; On fume, on rit, on joue. — Un grave personnage, A son heure, à son jour, ici revient s'asseoir.

il demeure caché six jours de la semaine.

Que fait-il tout ce temps? buveurs, le savez-vous?

lit) LES POEMES DE LA MER.

Non ; mais chaque dimanche à la nuit le ramène, Toujours en linge blanc, toujours pensif et doux.

Tête que le malheur plus que le temps fit blanche, Œil perçant et profond, sous un voile d*ennui. Chacun l'aime et lui dit : u Bonjour, monsieur Dimanche ! » Sans oser cependant s'asseoir trop près de lui.

Un soir que dans son angle, un coude sur la table, Il rêvait, des buveurs écoutant les propos, Un homme entra, figure étrange, invraisemblable. Dont Taspect, un moment, fit négliger les pots.

Contre toutes les lois de la saine coutume L^habit du nouvel hôte effrontément péchait : Il portait un chapeau moitié jonc, moitié plume, Et la peau d'une chèvre à son dos s'attachait.

Il avait nom Selkirk ; à peine gazouillée , Sa langue n'avait rien du rudiment saxon :

Était-ce un bruit du vent à travers la feuillée ? De quelque oiseau des bois était-ce la chanson?

Quand il fut mieux compris enfin de l'auditoire (Toute langue est bientôt familière aux marins).

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