MÉDITERRANÉE
Quod petis, hic est.
HORACt.
Avant que mon adieu salue avec tristesse Paris, ce beau Paris qui fut l'humble Lutèce, Et que j'aille revoir les fortunés climats Où Marseille au rivage aligne tant de mâts, Laisse-moi rafraîchir, ami, dans ta mémoire, La promesse qu'un jour tu me fis après boire. Promesse que je veux, à ce dernier moment.
Lier d'un nœud si fort qu'elle vaille un serment. Oui, dimanche dernier, tandis qu'assis à table Nous fêtions l'amitié récente et déjà stable :
(( A bieutôt! me dis-tu, loin de ce vieux Paris, J'irai voir au soleil vos rivages fleuris. »
Esprit aventureux que le caprice emporte,
Hâte-toi donc vers nous. Assise sur la porte.
Notre hospitalité, douce aux nouveaux venus.
Dans Taiguière d'argent lavera tes pieds nus.
Viens, tu seras chez nous accueilli comme un frère :
A tes pesants travaux heureux de te soustraire.
Nous te ferons goûter, exempt de tout lien.
Les loisirs que nous donne un ciel italien.
Tu dois avoir besoin, journalier de la presse,
De déposer parfois le fardeau qui t'oppresse.
Terrible est ton labeur : sur le même sillon.
S'incliner chaque jour, pressé par l'aiguillon ;
A la pluie, au soleil, marcher tête baissée,
Pour semer ou cueillir le grain de la pensée;
Au troupeau des esprits aplanir le chemin ;
Pressentir le secret de chaque lendemain ;
Au monde, enûn, donner la lumière et la vie.
Et des sots en retour n'obtenir que l'envie.
Une tâche pareille use le plus dispos;
Viens donc, viens près de nous essayer du repos.
Pour délasser tes nerfs de leurs âpres secousses.
Tu trouveras ici des mœurs simples et douces, La tranquille province à Tesprit lent, mais droit. Et le temps à passer moins lourd que l'on ne croit. Pour qu'il goûte ici-bas, durant son court passage, Le calme cher aux dieux et non moins cher au sage. Que faut-il au poëte? Un loisir sans ennui.
Le soleil sur sa tête et la mer devant lui I
La mer ! Tu la verras, cette merveille immense,
Vieux chef-d'œuvre que Dieu sans cesse recommence,
A chaque heure du jour, changeant l'aspect de l'eau,
Comme un peintre indécis qui refait son tableau. —
Si tu n'as encor vu, sur la côte normande.
Que le sombre Océan, à qui nul ne commande.
Tu n'as vu qu'un vieillard aux airs mornes et froids,
Taciturne et grondeur, comme sont les vieux rois.
La mer où je t'appelle a l'aspect moins farouche :
De souffles odorants elle embaume sa couche;
Des rayons d'un beau ciel ses flots sont toujours teints.
Elle affecte des airs folâtres ou mutins.
Variable, fantasque, elle rit, elle pleure;
De la colère au calme elle passe dans l'heure.
La Méditerranée est la femme à vingt ans,
La folle courtisane aux caprices flottants :
i86 LES POEMES DE LA MER.
Dénouant ses cheveux qu*aucun réseau n'enferme. Vagabonde, elle court de Marseille à Païenne, Et, pour orner sa robe opulente en couleurs.
Des lointains archipels va moissonner les fleurs. Il est beau de la voir, le matin, à la grève, Quand du sombre horizon la jeune aube se lève. Et semble un lis d'argent qui, lentement éclos, A sa corolle au ciel et son pied dans les flots. 11 est beau de la voir, il est doux de Tentendre, Le soir, lorsque sa voix prend un accent plus tendre. Et qu*à nos bois de pins, agités de frissons. De sa propre musique elle enseigne les sons.
Ce qu'elle dit alors, sous l'étoile sereine, C'est un chant triste et doux, de muse et de sirène. Qui conseille l'amour, foyer d'enivrements.
Ou nous parle des morts dans le passé dormants. Au poète rêveur, son unique auditoire, Elle raconte aussi l'universelle histoire, Fastes et souvenirs dont peuvent témoigner Tant de marbres épars que son flot vient baigner! Tous les drames fameux qu'a joués l'ancien monde Pour théâtre mouvant n'ont-ils pas eu son onde? Législateurs, soldats, les chefs du genre humain, N'ont-ils pas tous, un jour, passé par son chemin ?
N*a-t-elle pas bercé dans son sillon bleuâtre La barque de César, celle de Cléopàtre; Conduit au saint tombeau les preux bardés de fer. Et jeté vers le Nil Bonaparte et Kléber?
N'a-t-elle pas enfin, sur ce rivage même, Poussé des Phocéens la fragile trirème, Quand, cherchant un abri, nos illustres aïeux Débarquèrent avec leurs enfants et leurs dieux?...
C'est là que tu viendras ; c'est là, sous une treille Où viennent expirer tous les bruits de Marseille, Que ta place est marquée, et qu'en mai je t'attends. Ami d'un jour, plus cher qu'un ami de vingt ans!...
Mari 1843.
TiRdttit me vitœ.
BCCLisiASTB.
flots ! de votre voix profonde, intarissable, Berœz un vieil ami revenu de si loin I Dans ce lit que mes mains ont creusé dans le sable, Donnez-moi, donnez-moi la paix dont j'ai besoin 1*
Me reconnaissez-vous? le voyageur morose
Qui vient pencher sur vous un front pâle et neigeux
Est-il bien Técolier à tête blonde et rose
Qui vous eut, autrefois, pour témoins de ses jeux?
Suis-je ce même enfant dont le toit domestique S'élevait, près de vous, au flanc de ce rocher? Alors, maison riante au verdoyant portique, Aujourd'hui, murs en deuil dont je crains d'approcher !
Que de beaux jours passés sur ces mômes rivages, A courir follement, à chanter pour Técho, A rêver sous Tabri des lentisques sauvages, Quand soufflait le mistral ou Tardent siroco ;
A voir flotter en songe un avenir prospère.
Mirage éblouissant qui de loin m'invitait, Tandis qu'à l'horizon la voile de mon père Sans cesse, au gré du flot, sombrait et remontait ;
Ou que, d'un œil distrait, je suivais dans les ix)ches Mes chèvres qui, broutant quelque gazon salé, Grimpaient de pierre en pierre et balançaient leurscloches Dont le vent m'apportait le tintement fêlé.
Age heureux! âge saint! J'arrivais à la vie; L'espérance en chantant m'ouvrait ses portes d'or. A vos anges, mon Dieu, je devais faire envie, Tant mon front rayonnait, tant j'étais pur encor!
La vie alors, de loin« semblait riche et féconde Gomme un jardin du ciel» pour moi peuplé d'amis ; Et je leur apportais un cœur grand comme un monde. Trop petit cependant pour tous Içs biens promis!
Entre mille autres dons, j'avais le don de croire ; Sincère, je croyais qu'ici-bas rien ne ment : Je croyais à l'amour, je croyais à la gloire, Â tous les dogmes saints je croyais saintemeQt,
A quiconque eût douté de la grandeur humaine : « Silence, auraia-je dil, vous êtes insensé ! » Pour confesser ma foi, comme un ci^téchumène, Dans le cirque aux lions je me serais lancé.
flots! de votre voiic profonde, intarissable. Bercez un vieil ami revenu de si loin!
Endormez, endormez, dans ma couche de sable, Ce cœur dont le repos est le dernier besoin !
De ma course crédule au pays des chimères Faut-il vous raconter les pas et les destins ? Les longs ennuis, liés aux plaisirs éphémères, El les bonheurs douteux et les malheurs certains?
J*ai vécu : de bonne heure altéré de délices. Aux coupes de l'amour j*ai fait boire mon cœur, Et me suis étonné que les plus doux calices Continssent tant de lie et si peu de liqueur !
J*ai vécu : tourmenté du besoin de connaître, J*ai tout interrogé. Dieu, le mal, la vertu; J*ai sondé la nature et j*ai scruté mon être. Et j*ai dit à mon tour : « Science, que sais-tu? »
J*ai vécu : j'ai mêlé ma vie à ce vieux drame Qui se joue ici-bas dans le rire et les pleurs; Et j*ai pu voir, bientôt, le dessous de la trame. Et par quel ûl sont mus les plus fiers bateleurs.
J'ai vécu : voyageur qui marche à Taventure, Sous la pluie et le vent j'ai suivi mon chemin. Demandant un fantôme à toute la nature, Et disant chaque soir : « Peut-être que demain !... »
Et de toutes mes nuits d'ivresses ou d'étude. D'orages» de douleurs à courber un géant.
Je n'ai rien rapporté, rien qu'une lassitude. Et qu'une ardente soif de paix et de néant!
Et voilà, maintenant, qu'au foyer de mes pères Vous me voyez rentrer sombre et découragé, Pareil au matelot qu'une de vos colères Au port dont il partit rejette naufragé.
flots! de votre voix profonde, intarissable, Bercez un vieil ami revenu de si loin !
Donnez-lui, donnez-lui, dans sa couche de sable, .Cette heure de sommeil dont il a tant besoin !
Vous, vers qui je reviens sans qu'on me reconnaisse, Flots heureux, vous, du moins, au retour je vous vois Aussi frais, aussi purs, aussi beaux de jeunesse Que mes yeux en s'ouvrant vous virent autrefois.
Le temps, vieux ravageur, est à son œuvre; il passe. Usant, flétrissant tout, le long de son chemin. Votre domaine, à vous, reste le seul espace Interdit aux affronts de sa brutale main.
Sur vous Torage seul creuse d*immenses rides, Il bouleverse, un jour, vos sombres profondeurs; A peine a-t-il passé, que vos plaines limpides Retrouvent tout leur calme et toutes leurs splendeurs.
Cest toujours cet azur si doux à la paupière, Du chaste firmament immaculé miroir; Cest toujours ce cristal où plonge la lumière, D'eau bleue et de soleil transparent réservoir.
C'est toujours cet éclat de jeunesse infinie, Cette vive galté de couleurs et d'accords.
Qui semblent, sans pitié, prodiguer l'ironie A l'homme qui vieillit et s'éteint sur vos bords.
Que dis-jel Le passant aux traces fugitives N'est pas seul rabaissé par ce contraste amer : Il atteint tout objet apparu sur vos rives, Tout ce qui, près de toi, s'élève et tombe, ô mer !
Combien de monuments prédits impérissables, Que d'altières cités, que d'empires fameux.
Descendus tour à tour au niveau de tes sables. Et, le long de ta plage, éparpillés comme eux!
De Corinthe et d'Éphèse où sont les murs antiques ? D'Athènes et d'Ostle où sont les marbres blancs? Où sont les Parthénons, les palais, les portiques. Qui couronnaient jadis tes bords étincelants?
Àh! sur tant de débris lorsque la vague roule, De Garthage et de Tyr quand rien n'a survécu, Quand Venise aujourd'hui pierre à pierre s'écroule, L'homme se plaindrait-il d'être à son tour vaincu?
Non î mais, pleurant sitôt sa jeunesse ravie,
A la grève il s'assied, morne et seul au retour.
Et vous admire, ô flots ! avec un œil d'envie,
Vous, après six mille ans, beaux comme au premier jour!
Hoc mare magnum et spatiosum manibus.
lllic reptilia quorum non est nnmerua. Illic naves pertransibunt.
David {Psauma).
Tandis qu'un reste d'ombre obscurcit les vallées, Et que la brume encore enveloppe les cieux.
Derrière la montagne aux cimes dentelées Le soleil surgit radieux.
G*est lui, c'est le soleil! Éveille-toi, naturel Prompte à le saluer, ô terre, éveille-toi !
Et vous, flots de la mer que sa lumière azuré, Chantez un hymne à l'astre roi.
196 LES POëMKS DE LA MER.
Sur la crête des monts, que sa splendeur inonde, 11 semble s'arrêter pour prendre son élan.
Et, d'un regard d'amour qui caresse et féconde. Flatter la terre et TOcéan.
Ou plutôt, comme aux yeux apparaît sans obstacle Le Dieu qu'un voile épais trop longtemps recela, 11 sort de TOrient comme d'un tabernacle, Et dit au monde : « Me voilà ! »
Soudain les mille voix d'un immense cantique S'élancent jusqu'à lui, de Taurore au couchant; Le monde rajeuni, saluant l'astre antique, S'enivre de son propre chant.
Tout vient perdre sa voix dans ce chœur unanime, Le vallon, la montagne, et Tarbre et le gazon, Et les oiseaux du ciel, et les flots de l'abîme, Et l'homme, au seuil de sa maison.
u Salutl père des jours! auteur de toute flamme! ^ Nous te proclamons roi sur ton pavois de feu. Oh! viens répandre en nous et la lumière et Tàme Que tu prodigues comme un dieu.
» Monte, et qu'à ta clarté tout ici-bas renaisse, Que l'homme et que la fleur se parent de tes dons : Rends-nous cette beauté, rends-nous cette jeunesse Qu'à jamais nous redemandons !
» Monte, monte toujours! que ton front qui rayonne A de nouveaux regards se montre incessamment. Jusqu'à ce que midi suspende ta couronne \ la voûte du firmament ! »
Tel du monde au soleil s'est élancé Thommage, Et Tastre, poursuivant sa course dans Téther, Scintille, et son rayon vient sur la blanche plage Dorer les franges de la mer !
Oh! la mer! sous ces feux que lui verse l'aurore. De quel joyeux éclat elle revêt ses flots I Spectateur ébloui, j'ai cru la voir éclore Des flancs ténébreux du chaos.
Oui, je crois assister à cette heure première Où l'esprit du Très-Haut, sur les vagues porté. Fit jaillir de son Verbe une immense lumière A travers leur immensité.
Autour des archipels que Jéhovah découpe.
Autour des continents qui se creusent en lit, Elle monte, elle écume; on dirait une coupe Qui sous la main de Dieu s'emplit I
Je la vois en niveau rouler de grève en grève Son cristal, où le ciel étonné de se voir Sourit, émerveillé comme la première Eve Souriant au premier miroir.
Je la vois, sur le sable et sur Therbe des plages, Sur la mousse des caps qui bordent son bassin. Jeter la nacre et For des mille coquillages Qui sont les joyaux de son sein.
Je la vois! Je l'entends! sa voix neuve et sonore Pour la première fois résonne sur ses bords, Ainsi qu'un instrument qui, préludant encore, Hasarde ses premiers accords.
Et les jeunes forêts de ces côtes sauvages Lui répondent soudain par un frémissement Qui roule et se prolonge autour de ses rivages Gomme un vaste applaudissement.
Et les monstres sortis de sa vase féconde Montent en se jouant à la face des eaux, Et, joyeux, vers le ciel ils font rejaillir Tonde Qui se croise en brillants arceaux.
Habitants de Tabtme aux innombrables races, Dauphins intelligents, capricieux souffleurs, Narvals et cachalots revêtus de cuirasses, Dorades riches en couleurs.
Léviathan, porté par Tonde fléchissante.
Jette sur son empire un superbe regard.
Sous lui la jeune mer est déjà blanchissante Comme la tête d'un vieillard I
Les oiseaux pélagîens s'assemblent sur les rives; De langage et d'instinct et de couleur divers. Ils iront, ils iront; leurs bandes fugitives Feront le tour de T univers.
Voici les albatros, voici les paille-en-queues. Les pluviers, les pétrels volant ou surnageant ; Voici les goélands qui rasent les eaux bleues De leurs grandes ailes d'argent.
Mais quel est, à son tour, ce passager étrange Qui vole dans Téther et qui marche sur l'eau ? Le flot, sur son passage, avec respect se range. De deux créations prodigieux mélange, Monstre des mers, il a les ailes de l'oiseau.
Sa plume ouverte au vent, le cygne a moins de grâce  décrire sur Tonde un bleuâtre sillon, Et Paigle a dans les deux moins d'orgueil et d'audace, Quand, du haut de son aire, il plonge dans l'espace, Et d'un front recourbé lutte avec Taquilon.
La vague, devant lui, se divise écumante; Sa masse sur les eaux glisse avec majesté; Et, sous le vent plus fort, si sa vitesse augmente, Sa course creuse au loin une ornière fumante Comme celle d'un char dans la lice emporté.
Homme ! on te reconnaît à cet orgueil sublime ! Tu possédais la terre, et c'était peu pour toi ; N'assignant pas de borne à l'espoir qui t'anime, Tu veux régner aussi sur l'orageux abîme, Et l'abtme orageux a reconnu son roi.
(Test toi qui, franchissant les eaux infranchissables. Vas, sur ce frôle bois, chef-d'œuvre de tes mains, Poursuivre à Thorizon tous les buts saisissables, Braver les sourds écueils, les vents, les flots, les sables. Et dans ce grand désert te frayer des chemins.
L'aquilon, dont l'haleine enfle tes rondes voiles. Seconde ton essor sur l'espace écumant.
Ta main, selon le vent, ouvre et ferme leurs toiles; Et, quand revient la nuit, les fidèles étoiles Pour diriger ton vol brillent au firmament.
11 est beau de te voir sur ces plaines profondes, Navigateur novice et déjà souverain.
Sans posséder encor ni boussoles ni sondes, Avec ton seul courage, explorer tous ces mondes Vainement séparés par le gouffre marin I
Ainsi les nations, à peine à leur naissance Et déjà débordant de leurs étroits berceaux, Émigrent, et la mer, modérant sa puissance.
Ménage en les portant leurs fragiles vaisseaux.
Tout s'agite, tout marche, et tout grandit à Taise ; Le fécond genre humain s'étend de toutes parts. Au fond de chaque golfe et sur chaque falaise, Les naissantes cités ébauchent leurs remparts.
Tyr, la reine des mers, dans sa robe écarlate; Sidon, Corinthe, Argos, gloires des premiers jours Ilion qui, superbe, au soleil se dilate, Et charge de soldats sa couronne de tours ;
Carthage, Lilybée, Arsinoé, Panorme, Gadès qu'à l'Océan l'ancien monde allia; Rhodes, Samos, Éphèse, Athène encore informe; Vous enûn, mes berceaux, Smyrne et Massilia I
Chaque peuple, imitant l'active Phénicie, Sape, creuse les pins et les chênes entiers; Partout sonne un marteau, partout grince une scie. Partout s'étend le bruit des populeux chantiers.
Tarse donne le fer dont la galère est ceinte, Byblos les constructeurs, les charpentiers savants, Le Liban les mâts, Tyr la pourpre et l'hyacinthe Dont se teindra la voile où souffleront les vents.
Chaque heure voit lancer à la verte Amphitrite Cent birèmes, aux flancs cousus de papyrus, Dont les pieux nochers versent, suivant le rite, Une coupe de vin dans les flots parcourus.
Et sur chaque vaisseau, prompts à se reconnaître, Voguent Tenfant du Nil, Tenfant de TArchipel, Ceux que la Grèce heureuse ou la Perse voit naître. Et qui, tous, de la vie ont entendu Tappel.
Et, vertes de festons, toutes ces nefs marines, Avec l'aide du vent et TefTort des rameurs.
Vont, d'une rive à l'autre, échanger les doctrines. Les trésors et les arts, les moissons et les mœurs.
Fruits que TÉgypte cueille et dogmes qu'elle adore. Blés de Sicile, vins, huile, ivoire, or d'Ophir, Toisons, miel de THybla, feuillets de Pythagore, Tout se fie à la mer, tout se livre au zéphyr.
Et le jour, bleu miroir, la mer calme reflète Ces immortels vieillards, passagers radieux, Qui, nouant à leur front la chaste bandelette. Transportent dans leurs mains les lyres et les dieux.
Et, la nuit, quand tout dort, le vent et Tonde amère, Quand la lune est au ciel, les dauphins du sillon Entendent à la proue un chanteur : c'est Homère ! Entendent à la poupe un sage : c'est Solon I
Des peuples fraternels alliances heureuses I Sacrés embrassements que le Très-Haut bénit!
Croissez, multipliez, nations généreuses :
La mer vous séparait, la mer vous réunit !
Va, cours aux quatre vents, famille universelle. Féconde ton empire agrandi chaque jour.
Et chante en chœur un hymne à la paix que Dieu scelle, Au travail I à la gloire! au génie! à l'amour 1
jeunesse du monde! ô printemps de la terre!
Sur vos riants tableaux que de jours ont passé! D'heure en heure, combien le souvenir s'altère! Que de nuages noirs, que d'ombre délétère Ont terni le spectacle à jamais effacé !
Après tant de douleurs, de forfaits, de ravages.
Qui se souvient de vous dans ce monde trop vieux? Qui se platt à revoir vos lointaines images.
Si ce n'est, par hasard, un poëte aux rivages, Quand il n'a devant lui que la mer et les cieux I