LES RAMEURS D*ULYSSE
Comptez- VOUS pour si peu la gloire Qui rejaillit de lui sur vous?
11 est beau d'avoir dans la lice Un chef illustre comme Ulysse, D'affronter la mort sur ses pas :
Avec lui, quand la lutte cesse, On partage, aux yeux de la Grèce, Des honneurs qui ne meurent pas !
C'est ainsi qu'ils chantaient, perdus sur Tonde immense;
Et la rame et le chant s'élevaient en cadence.
En cadence tombaient. — Ulysse, l'œil aux cieux,
Ulysse était assis, toujours silencieux.
Sur la poupe, à l'écart, l'âme sourde à la plainte,
Courbé dans un manteau de pourpre deux fois teinte,
11 voyait au couchant le radieux soleil
Descendre, et se plonger dans l'abîme vermeil.
D'un groupe de rameurs, enfants de race obscure.
Qu'importait au héros le passager murmure?
Que faisaient leurs propos injurieux et vains
 celui qu'inspiraient les oracles divins.
Au mortel qui reçut d'en haut — double largesse —
L'inaltérable paix et l'auguste sagesse !