SUR UNE PLAGE DU LATIUM
Hâtons le pas : en vain cent débris historiques Appelleraient encore un hommage, un coup d'œil. Assez je vous ai vus, vieux temples, vieux portiques, Monuments si peuplés, si beaux, aux jours antiques, Si remplis désormais de néant et de deuil!
Maintenant que le soir précipite sa chute.
Que la nuit me saisit de son âpre fraîcheur.
Pour abriter mon front à la tempête en butte. D'un pâtre hospitalier trouverai-je la hutte. Ou le toit de roseaux de quelque brun pêcheur?
Verrai-je, à l'horizon de ma route inconnue, Surgir une lumière, apparaître un rayon ?
Ou faudra-t-il enfin prendre la roche nue Pour chevet, et dormir, seul ici, sous la nue. Comme autrefois Énée arrivant d'Ilion?
Ah ! dût le flux grondant me rouler sur la plage Comme un débris de barque empreint de sel amer ; Dût la libre cavale ou le buiïle sauvage Me fouler au galop, en venant au rivage Aspirer la tempête et répondre à la mer;
Je n'en bénis pas moins l'heureuse destinée Qui, si loin de Paris, sur ces bords m'a conduit. Vous offrant, vous livrant mon âme fascinée, liberté première, ô terre abandonnée, mer tempétueuse et mugissante nuit!