A UNE JEUNE PASSAGÈRE
Qui souffle dans le cœur des enfants et des hommes, De la vierge naïve et du morne vieillard.
Travaillés nuit et jour d'une sombre folie, Nous sommes tous enfants d'un siècle infortuné ; Et toute jeune fille est la sœur d'Amélie, Ainsi que tout jeune homme est frère de René.
Et nous aspirons tous, pensifs, baissant la tête. Vers quelque Dieu caché que rien ne dévoila ; Et nous le poursuivons jusque dans la tempête, Et nous disons partout : u 11 est peut-être là ! »
Adspirant aura in noctem.
ViROILB.
Après ces jours d'été dignes du ciel numide, Quand le soleil a fui sous l'occident en feu, Heureux qui vient, le soir, sur la falaise humide, Dilater ses poumons à Tair du golfe bleu I
Est-il parfum meilleur que celui de ces plages ? Que ce vent de la nuit, aux retours attendus, Qui mêle des senteurs d'algue et de coquillages Aux odeurs des citrons sur la mer suspendus ?
Nuit suave ! le flot, sans ride et sans secousse, Repose; il n'atteint pas jusqu'au sable du bord. Sa caresse au rivage, intermittente et douce, Semble un dernier baiser de femme qui s'endort.
Pas un bruit à la rive : au ciel pas une tache. D'une clarté diurne on dirait qu'il reluit.
Est-ce qu'un jour sans fin à ce beau ciel s'attache. Et, d'un éclat vainqueur, brille à travers la nuit?
Ce jour n'est pas le jour dont la lumière embrase ; Il ne r^hauffe plus, mais il éclaire encor.
Il revêt les coteaux d'une tremblante gaze Que les anges de Fair tissent d'argent et d'or.
Gomme un pâle réseau, cette lueur qui tombe ' Ne cache rien à l'œil dans l'immense horizon : Voilà le Pausilippe, où Virgile a sa tombe; Là, Sorrente, où le Tasse eut sa pauvre maison.
Voici la Margelline, où Tesquif qu'il amarre Berce encor le pêcheur qui chante avec l'écho. Plus loin, c'est Portici ; salut, Castellamarre 1 Salut, jardins en fleurs de ïorre-del-GrecoI
De tous les hauts balcons ombragés de leurs nattes, De tous les humbles seuils ornés de verts festons, S'élèvent des appels, des chansons, des sonates. Dont la guitare excite ou modère les tons.
Sous un bouquet de pins, qu'éclaire un rayon vague, Et dont les parasols se projettent sur Teau, Un groupe de baigneurs se joue avec la vague, Et de profils errants embellit ce tableau.
Qu'entends-je ? à mon oreille une note divine Arrive; elle est joyeuse et rit en expirant.
A ce timbre argentin la femme se devine.
Gomme une lyre aimée aux accords qu'elle rend.
Oui, c'est un jeune essaim de femmes et de filles : Confiant à la nuit leurs folâtres ébats.
Elles ont suspendu leurs voiles aux charmilles. Et, dans le flot ému, s'avancent pas à pas.
Et l'amoureuse mer les prend et les balance.
Et les fait tressaillir de joie et de frissons; Et leur voix réjouit le nocturne silence ; Et la brise qui passe en disperse les sons.
Naples! doux tombeau de Tantique Sirène, As-tu donc retrouvé sur tes sables d'argent Ces filles de la mer qui, dans la nuit sereine, Se donnaient à la vague et chantaient en nageant?
Méditerranée! ô lac des eaux limpides, Que tant de corps divins fendaient de leurs bras nus. Es-tu toujours la mer des blanches Néréides?
Es-tu toujours la mer qui vit naître Vénus ?