‹ Œuvres complètes de J. AutranChapitre 56 sur 99 · HARMONIE · texte numérisé non relu

HARMONIE

Regarde cette mer : pourquoi, toute limpide,

Déroule-t-elle au loin ses lumineux réseaux?

A sa face, pourquoi n'a-t-elle aucune ride?

C'est qu'un ciel clair et doux brille au-dessus des eaux.

Eh bien, que cet azur subitement s'efface.

Que, derrière la nue, il rentre obscurément; Les flots à la même heure, agitant leur surface, Les flots partageront le deuil du firmament.

Admire ce concert; et dis, beauté que j'aime, Si je m'unis à toi d'un accord moins réel !

Non, l'étroite harmonie entre nous est la même : Mon âme est une mer dont tes yeux sont le ciel.

Tes grands yeux adorés sont-ils voilés d'une ombre, Triste pressentiment, souvenir douloureux, — Soudain mon âme souffre, elle pleure, elle est sombre; Mon âme est une mer sous un ciel ténébreux.

Tes yeux de séraphin, aux cils de blonde soie. Sont-ils pleins de rayons et de songes flottants, Mon âme tout à coup s'illumine de joie ; Mon âme est une mer sous un ciel de printemps.

Tes yeux enfin, tes yeux, à l'heure de l'extase. Osent-ils dire : Amour ! amour et volupté I Mon âme à leur ardeur étincelle et s'embrase, Mon âme est une mer sous le soleil d'été !

Page 1