L'IDYLLE AU RIVAGE
N'as-tu pas appris à expliquer les son^s ?
Tréooritb {la Pichewrt),
Sous trois lauriers touffus, à Tendroit de la plage Marqué par un tombeau qu'on salue au passage, Marbre des temps d'Auguste aux angles ébréchés, Tous deux sont, près de Teau, nonchalamment couchés. Couple heureux, enfants pursl la jeunesse première Leur prodigue à chacun sa fleur et sa lumière : Lui, simple matelot connu des goélands, Déjà fort et hardi sous des airs indolents.
Expert, de si bonne heure, à la pèche, à la nage : Sa joue a le duvet qui fleurit au jeune âge;
Sa vigoureuse épaule, aux reflets chauds et blonds,
Porte royalement une veste en haillons.
Elle, front de quinze ans, grand œil, bras déjà ferme :
Peut-être était-ce hier la fleur encore en germe;
Aujourd'hui, mûrissant au soleil de Tamour,
C'est un fruit savoureux et parfait de contour.
Au corsage de drap qu'aucun ruban n*émaille.
Qu'elle dessine bien la courbe de sa taille !
De quel geste mutin, et pourtant ingénu.
Elle agace le flot qui mouille son pied nu I
Le jour touche au déclin ; de Pouzzole à Gaprée, S'étend, voile sans pli, la mer tout empourprée. Les enclos, les jardins qu'embaume la saison. Abandonnent au soir leur molle exhalaison ; Et la brise, qui court sur la plage fleurie.
Recueille des amants Terrante causerie.
LifyriTiA.
Sous mon toit de roseaux je dormais cette nuit : D'un songe que j'ai fait l'image me poursuit.
SILVIO
Dis-moi ton rêve... Heureux le chevet où se pose.
L*IDYLLR AU RIVAGE. 267
Le soir, quand tu t'endors, ta tête moite et rosel Heureux le lit de jonc, par toi-même tressé.
Où s'allonge ton corps mollement affaissé!
LiETlTIA.
Sous de sombres couleurs cette histoire commence :
Je me suis vue assise au bord d'un gouffre immense.
Parmi des bois en deuil plantés sur des récifs.
Le vent sifflait; la mer avec des bruits plaintifs
Se brisait aux écueils ; une mer écumante
Comme en hiver, parfois, dans les soirs de tourmente.
J'étais là, toute seule ; — immobile d'effroi,
Je regardais les flots et je pensais à toi :
Que devient-il? disais-je. Est-il en sa demeure.
Ou sur l'onde funeste erre-t-il à cette heure ?
SILVIO
Pour un si tendre aveu, dis-moi, que te faut-il? Veux-tu me voir braver pour toi quelque péril? Que, les deux bras liés, au fond des mers je plonge?... Achève cependant le récit d'un tel songe.
LiETITIA.
I/horreur, bientôt, fit place à la sérénité.
A travers les rayons d'une fraîche clarté.
Je t'aperçus : profil d'abord confus et vague. Du lointain horizon tu venais sur la vague.
Tes pieds, sans y plonger, foulaient son bleu cristal. En tes bras un objet, que je distinguais mal. Semblait, à ton effort, un roc de poids énorme. Tu parvins jusqu'à moi; je reconnus sa forme : C'était un grand poisson, qui, par nous entr'ouvert. Nous livrait un trésor en ses flancs découvert.
SILVIO
Un trésor I...