INVITATION
Viens! ton fils écolier, plante qui s'étiole, A besoin d'un autre air et d'un soleil meilleur. Dérobe cet enfant aux langueurs de l'école; Aux ennuis de la serre enlève cette fleur.
Tu cherches la santé, c'est ici qu'elle habite. Amène-moi ce ûls, et, toute une saison.
Partage librement le toit d'un cénobite Dont le cœur t'appartient autant que la maison.
Au bord du grand lac bleu, j*occupe sur la plage Une mince cabane avec balcon de bois.
Où Ton peut vivre un temps, pourvu qu'on vive en sage. Et, pourvu qu'on se presse, habiter deux ou trois.
Si tes vœux, résignés à ce régime sobre,
N'exigent rien de plus des dieux hospitaliers,
C'est là que nous vivrons jusqu'aux fraîcheurs d'octobre,
Paresseux et contents, comme trois écoliers.
Arrivez ; l'air salin qu'à la plage on respire Réconforte et guérit mieux que tous les savants ; Et mille fois heureux est l'enfant qu'on fait lire Au livre de la mer feuilleté par les vents !
Il voit, de l'aube au soir, sur les liquides plaines Circuler ces vaisseaux de tous les pavillons, Qui, du môle voisin, partent les voiles pleines, Et dans le sombre azur creusent leurs blancs sillons.
Où vont-ils? Autour d'eux s'étend la mer immense ; Partout où le vent souffle ils ouvrent leur sentier. L'un finit son voyage et l'autre le commence, Et l'esprit devant eux rêve du monde entier.
INVITAtlON. 315
Ils vont SOUS la vapeur qui bientôt les dérobe, Grecs et danois, anglais, français, italiens. (( Je vais, dit un trois-màts, faire le tour du globe. — Courage! lui répond un autre, j'en reviens. »
Jeune encore, il convient que l'esprit s'accoutume A voir ce mouvement et ce travail des mers.
Ces échanges sans fm à travers leur écume, Que les peuples amis font dans tout l'univers.
Une heure de loisir passée au bord de l'onde, Un pas fait sur la grève au bruit des flots chanteurs. En dit plus à l'enfant sur l'histoire du monde Que l'histoire elle-même et tous ses vieux conteurs.
Le soir vient, le couvert est mis sur la terrasse. Et, pendant que l'on dîne à l'air du golfe pur. Les constellations renaissent dans l'espace.
Élevant la pensée au delà de l'azur.
Et cette heure en dit plus sur Dieu môme et sa gloire, Et sur cet infini qui nous attend demain, Que n'en dirait Platon, si, de son promontoire, Il venait jusqu'à nous, ses livres à la main !