ALCYONS
Aies miterabilis.
OVIDK.
Venez, fayez, rasez avec vos grandes ailes
La surface du gouffre amer.
Montez et descendez, farouches hirondelles
De la tempête et de la mer I Assis sur le rivage où la vague fumante
Brise à mes pieds ses tourbillons, Longtemps je vous poursuis des yeux dans la tourmente.
Alcyons, tristes alcyons !
Vous aimez, n'est-ce pas, ces sombres étendues, Ces hurlements dans les récifs.
320 LES POëMES DE LA MER.
Ces broussailles au vent qui frissonnent pendues
A la fente des rocs massifs?
Vous aimez ce soleil qui projette au rivage
Le feu de ses derniers rayons?
Tout cela vous attire à son charme sauvage,
Alcyons, tristes alcyons !
Me reconnaissez-vous? Je suis pourtant un frère :
Comme vous, rêveur éternel, Plus que le doux zéphyr j'aime le vent contraire.
L'orage plus que le beau ciel.
Ne m'avez-vous pas vu tout enfant sur la rive?
Cœur altéré d'émotions, J'étais là, me berçant à votre voix plaintive,
Alcyons, tristes alcyons !
Vos destins sont pour l'homme un étrange mystère :
Toujours suspendus sur les eaux.
Vous ne vous posez pas, et vous laissez la terre
Abriter les autres oiseaux.
L'aigle a le roc sublime et le moineau la tuile.
L'alouette a les verts sillons; Vous n'avez sous les cieux, vous, qu'une onde mobile,
Alcyons, tristes alcyons!