MATINÉE DE JUIN
Voguent allègrement; et d'un reste de brume Sortent à l'horizon les mâts des grands vaisseaux.
L'un d'eux arrive à nous, toutes voiles ouvertes ; A sa proue, à ses flancs Teau bouillonne avec bruit ; Au rayon matinal sa poulaine reluit, Déesse au casque d'or fendant les ondes vertes !
En foule sur le pont, les passagers heureux Fixent les yeux sur toi, terre longtemps rêvée I Nous leurs donnons du geste un bonjour d'arrivée. Et le salut ami nous est rendu par eux.
On se hèle, en passant, d'une tartane à l'autre : « Est-ce toi, Simon-Pierre? — Oui, patron; quel beau temps! — Holàl hél les anciens, revenez-vous contents? Bonne pêche à coup sûr? — Un miracle; et la vôtre? »
Ainsi dans un vent frais, sonore tourbillon, Retentit par moments leur voix rude et sauvage. Du milieu de la mer, on entend au rivage Le clocher du hameau qui sonne un carillon.
L'oreille à ce doux bruit, qui parfois nous échappe. Nous aussi, nous rentrons fiers de notre butin.
Sur quel p<HOt de la côte irons-nous ce matin Apprêter le repas et le manger sans nappe?
Irons-nous, dites-moi, vers ces rochers connus Où Ton voit, en été, femmes et brunes filles Près du flot argentin ramasser des coquilles. Et, dans leur jeu folâtre, y courir les pieds nus?
Ou bien préférez-vous gagner ce promontoire Qui garde les débris d'un monument romain.
Ruine dont l'arceau, revêtu de carmin.
Sur les soleils couchants forme un arc de victoire?
ËNDOUME