‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 106 sur 266 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

ARNOLPHE

Plaît-iïî

AGNÈS

Je n'ose, El vous vous fâcherez peut-être contre moi.

ARNOLPHE

Non.

AGNÈS

Si fait,

ARNOLPHE

Mon Dieu ! non.

AGNÈS

Jurez donc votre foi,

ARNOLPHE

Ma foi, soit )

AGNÈS

Il m'a pris... Vous serez en colère.

ARNOLPHE

Non.

AGNÈS

Si.

ARNOLPHE

Non, non, non, non. Diantre! que de mystère! Qu'est-ce qu'il vous a pris?

AGNÈS

ARNOLPHE, à part.

Je souffre en damné !

AGNÈS

Il m'a pris le ruban que vous m'aviez donné. A vous dire le vrai, je n'ai pu m'en défendre.

ARNOLPHE, reprenant haleine.

Passe pour le ruban. Mais je voulois apprenare S'il ne vous a rien fait que vous baiser les bras.

AGNÈS

Comineut! est-ce qu'on fait d'autres choses?

ARNOLPHE

Non pu^

Mais, pour guérir du mal qu'il dit qui le possède, N'a-t-il point exigé de vous d'autre remède?

AGNÈS

Non. Vous pouvez juger, s'il en eût demandé, Que pour le secou>'ir j'aurais tout accordé.

ARNOLPHE, bas, à part.

Grâce aux bontés du ciel, j'en suis quille à bon compte! Si j'y retombe plus, je veux bien qu'on m'affronte *.

Haut.

Chut! De votre innocence, Agnès, c'est un effet; Je ne vous en dis mot. Ce qui s'est fait est fait. Je sais qu'en vous flattant le galant ne désire Que de vous abuser, et puis après s'en rire.

Oh! point. Il me l'a dit plus de vingt fois à moi.

ARNOLPIIE.

Ah 1 vous no .savez pas ce que c'est que sa foi. Mais enfin apprenez qu'accepter des cassettes, Et de ces beaux bloiidins écouler les sornettes; Que se laisser par eux^à force de langueur, Baiser ainsi les mains et chatouiller le cœur, Est un péché mortel des plus gros qu'il se fasse.

AGNÈS

Un péché, dites-vous? Et la raison, de grâce?

ARNOLPHE

La raison? La raison est l'arrêt prononcé Que par ces actions lo ciel est courroucé.

AGNÈS

Courroucé? Mais pourquoi faut-il qu'il s'en courrouce? C'est une chose, hélas! si plaisante 2 et si douce! J'admire quelle joie on goùle à tout cela ; Et je ne savois point encor ces choses-là.

ARNOLPHE

Oui, c'est un grand plaisir que toutes ces tendresses, Ces propos si gentils et ces douces caresses;

' PciJr :que l'on me fasse lous les affronts. ArclialsniP hors J'u-age. 2 Pour: qui donne du plaisir. Archaïsme regrettable. Nous n'avons plut que di^pliisante.

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