SCÈNE I. — ARNOLPHË, AGNÈS, ALAIN, GEORGETTE
ARNOLPHE
Oui, tout a bien été, ma joie est sans pareille ;
Vous avez là suivi mes ordres à merveille,
Confondu de tout point le blondin séducteur ;
Et voilà de quoi sert un sage directeur.
Votre innocence, Agnès, avoit été surprise :
Voyez, sans y penser, où vous vous étiez mise.
« Vous enfiliez tout droit, sans mon instruction,
» I,e grand chemin d'enfer et de perdition.
» De tous ces damoiseaux on sait trop les coutumes;
» Ils ont de beaux canons, force rubans et plumes,
» Grands cheveux, belles dents, et des propos fort doux;
» Mais, comme je vous dis, la griffe est là-dessous ;
» Et ce sont vrais satans, dont la gueule altérée
» De l'honneur féminin cherche à faire curée * ; »
Mais, encore une fois, grâce au soin apporté,
Vous en êtes sortie avec honnêteté.
L'air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre,
Qui de tous ses desseins a mis lespoir par terre,
' Les huit vers indiqués par des guillemets n'étaient pas prononcés sur la scène du temps de Molière, comme aUentatoires à la morale et offrant la parodie des recommandations de l'Église.
il* iv
Ub L'ÉCOLE DES FEMMES
Me confirme encor mieux à ne point différer Les noces où j'ai dit qu'il vous faut prépou^er. Mais, avant toute chose, il est bon de vous faire Quelque petit discours qui vous soit salutaire.
A Georgette et à Alain.
Un siège au frais ici. Vous, si jamais en rien...
GEORGETTE
De toutes vos leçons nous nous souviendrons bien. Cet autre monsieur-là nous en faisoit accroire : Mais...
ALAIN
S'il entre jamais, je veux jamais ne boire, Aussi bien est-ce un sot : il nous a l'autre fois Dorné deux écus d'or qui n'étoient pas de poids.
ARNOLPHE
Ayez donc pour souper tout ce que je désire; Et pour notre contrat, comme je viens de dire, Faites venir ici, l'un ou l'autre, au retour, Le notaire qui loge au coin du carrefour.