‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 110 sur 266 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Vous devez toujours, dis-je, avoir devant les yeux

Le peu que vous étiez sans ce nœud glorieux,

Afin que cet objet d'autant mieux vous instruise

A mériter l'état où je vous aurai mise,

A toujours vous connoître et faire qu'à jamais

Je puisse me louer de l'acte que je fais.

Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage :

A d'austères devoirs le rang de femme engage.

Et vous n'y montez pas, à ce que je prétends,

Pour être libertine et prendre du bon temps.

Votre sexe n'est là que pour la dépendance :

Du côté de la barbe est la toute-puissance.

Bien qu'on soit deux moitiés de la société,

Ces deux moiiiés pourtant n'ont point d'égalité :

L'une est moitié suprême, et l'autre subalterne;

L'une en tout est soumise à l'autre qui gouverne;

Et ce que le soldat, dans son devoir instruit,

Montre d'obéissance au chef qui le conduit,

Le valet à son maître, un enfant à son père,

A son supérieur le moindre petit frère.

N'approche point encor de la docilité.

Et de l'obéissance, et de l'humilité,

Et du profond respect où la femme doit être

Pour son mari, son chef, son seigneur, et son maître.

Lorsqu'il jette sur elle un regard sérieux.

Son devoir aussitôt est de baisser les yeux,

Et de n'oser jamais le regarder en face

Que quand d'un doux regard il lui veut faire grâce.

C'est ce qu'entendent mal les femmes d'aujourd'hui;

Mais ne vous gâlez pas sur l'exemple d'auirui.

Gardez-vous d'imiter ces coquettes vilaines

Dont par toute la ville on cl ante les fredaines,

Et de vous laisser prend rr "^ux assauts du m.iii.i.

C'est-à-dire d'ouïr aucun jeune blondin.

Songez qu'en vous faisant moitié de ma personne,

C'est mon honneur, Agnès, que je vousabandonucj

Que cet honneur est tendre et se blesse de peu;

Que sur un tel sujet il ne faut point de jeu;

Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillarites Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivafitèS. Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons; Et vous devez du cœur dévorer ces leçons. Si votre âme les suit, et fuit l d'être coquette, Elle sera toujours, comme un lis, blanche et nette; Mais, s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond. Elle deviendra lors noire comme un charbon; Vous paroitrez à tous un objet effroyable, Et vous irez un jour, vrai partage du diable, Bouillir dans les enfers à toute éternité, Dont vous veuille garder la céleste bonté ! Faites la révérence. Ainsi qu'une novice Par cœur, dans le couvent, doit savoir son office, Entrant au mariage il en faut faire autant; Et voici dans ma poche un écrit important Qui vous enseignera l'oiïice de la femme. J'en ignore l'auteur : mais c'est quelque bonne âme ; Et je veux que ce soit votre unique entretien. 11 se lève.

Tenez. Voyons un peu si vous le lirez bien. AGNÈS, ut.

lES MAXIViES DU MAHHCE

ou LES DEVOIRS DE LA FEMME MARIÉB

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