‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 117 sur 266 · SCÈNE I. — ARNOLPHE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — ARNOLPHE

J'ai peine, je l'avoue, à demeurer en place,

Et de mille soucis mon esprit s'embarrasse,

Pour pou\oir mettre un ordre et dedans etdehcirs.

Qui du godelureau rompe tous les efforts.

De quel œil la traîtresse a soutenu ma vue !

De tout ce qu'elle a fait elle n'est point émue;

Et, bien qu'elle me mette à deux doigts du trépas,

On diroit, à la voir, qu'elle n'y touche pas.

Plus, en la regardant, je la voyois tranquille,

Plus je sentois en moi s'échauffer ma bile ;

El ces bouillants transports dont s'enflammoit mon cœur

Y sembloient redoubler mon amoureuse ardeur,

J'étois aigri, fâché, désespéré contre elle ;

Et cependant jamais je ne la vis si belle.

Jamais ses yeux aux miens n'ont paru si perçants, Jamais je n'eus pour eux des désirs si pressants; Et je sens là-dedans qu'il faudra que je crève, Si de mon triste sort la disgrâce s'achève.

Quoi! j'aurai dirigé son éducation

Avec tant de tendresse et de précaution ;

Je l'aurai fait passer chez moi dès son enfance,

Et j'en aurai chéri la plus tendre espérance;

Mon cœur aura bâti sur ses attraits naissants.

Et cru la mitonner pour moi durant treize ans,

Afin qu'un jeune fou dont elle s'amourache

Me la vienne enlever jusque sous la moustache,

Lorsqu'elle est avec moi mariée à demi!

Non, parbleu I non, parbleu ! Petit sot, mon ami.

Vous aurez beau tourner, ou j'y perdrai mes peiiicô...

Ou je rendrai, nta foi, vos espérances vaines.

Et de moi tout à fait vous ne vous rirez point.

lad L'ÉCOLE DES FEMMES

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