ACTE III, SCÈNE IV 1S
Malgré les soins maudits d'un injuste pouvoir, Un plus beau naturel peul-il se faire voir? Et n'est-ce pas sans doute un crime punissable De gâter méchamment ce fond d'âme admirable; D'avoir, dans l'ignorance et la stupidité. Voulu de cet esprit étouffer la clarté ? L'amour a commencé d'en déclarer le voile; Et si, par la faveur de quelque bonne étoile, Je puis, comme j'espère, à ce franc animal, Ce traître, ce bourreau, ce faquin, ce brutal...
ARNOLPHE
Adieu.
HORACE
Comment 1 si vite?
ARNOLPHE
Il m'est dans la pensée Venu tout maintenant une affaire pressée.
HORACE
Mais ne sauriez-vous point, comme on la lient de près,
Qui dans celte maison pourrait avoir accès?
J'en use sans scrupule ; et ce n'est pas merveille
Qu'on se puisse, entre amis, servir à la pareille*.
Je n'ai plus là-dedans que gens pour m'observer;
Et servante et valet, que je viens de trouver,
N'ont jamais, de quelque air que je m'y sois pu prendre,
Adouci leur rudesse à me vouloir entendre.
J'avois pour de tels coups certaine vieille en main,
D'un génie, à vrai dire, au-dessus de 1 humain :
Elle m'a dans l'abord servi de bonne sorte;
Mais, depuis quatre jours, la pauvre femme est mort©.
Ne me pourriez-vous point ouvrir quelque moyen?
ARNOLPHE
Non, vraiment; et sans moi vous en trouverez bien.
HORACE
Adieu donc. Vous voyez ce que je vous confie.
' Pour . de pareille manière. Expression populaire. Nous n'avons gardé que rendre la pareille.
SCÈHE V — ARNOLPHE.
Comme il Taut devant lui que je me mortifie I
Quelle peine à cacher mon déplaisir cuisant!
Quoi! pour une innocente un esprit si présent!
Elle a feint d'être telle à mes yeux, la traitresse,
Ou le diable à son âme a soufïlé cette adresse.
Enfin me voilà mort par ce funeste écrit.
Je vois qu'il a, le traître, empaumé son esprit,
Qu'à ma suppression 2 il s'est ancré chez elle;
Et c'est mon désespoir et ma peine mortelle.
Je souffre doublement dans le vol de son cœurf
Et l'amour y pâtit aussi bien que l'honneur.
'^'enrage de trouver cette place usurpée,
Et j'enrage de voir ma prudence trompée.
Je saib que, pour punir son amour libertin,
Je n'ai qo'à laisser faire à son mauvais destin,
Que je serai vengé d'elle par elle-même ;
Mais il est bien fâcheux de perdre ce qu'on aime.
Ciel! puisque pour un choix j'ai tant philosophé.
Faut-il de ses appas m'être si fort coiffé !
Elle n'a ni parents, ni support, ni richesse;
Elle trahit mes soins, ma bonté, ma tendresse :
Et cependant je l'aime après ce lâche tour,
Jusqu'à ne me pouvoir passer de cet amour.
Sot, n'as-tu point de honte? Ah! je crève, j'enrage,
Et je souflletterois mille fois mon visage.
Je veux entrer un peu, mais seulement pour voir
Quelle est sa contenance après un trait si noir.
Ciel, faites que mon front soit exempt de disgrâce;
Ou bien, s'il est écrit qu'il faille que j'y pa-se,
Donnez-moi tout au moins, pour de tels accidents,
La cx)nstance qu'on voit à de cert<iines gens!
' Ciiur : en me suppriuianl, eu m'efTaçant de sou coeur, }ldl<lie^(l< (orl équhcf.uc.
ACXK IV, SCENE I 169