‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 124 sur 266 · ACTE IV, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII

» Et je serai la dupe, en ma maturité, » D'une jeune innocente et d'un jeune éventé 1 )i En sage philosophe on m'a vu vingt années, » Contempler des maris les tristes destinées, I Et m'instruire avec soin de tous les accidens » Oui font dans le malheur tomber les plus prudens; » Des disgrâces d'autrui profitant dans mon âme, » J'ai cherché les moyens, voulant prendre une feuioiej » De pouvoir garantir mon front de tous aiïronts, » Et le tirer de pair d'avec les autres fronts ; » Pour ce noble dessein j'ai cru mettre en pratique )j Tout ce que peut trouver l'humaine politique ; » Et, comme si du sort il étoit arrêté » Que nul homme ici-bas n'en seroit exempté, » Après l'expérience et toutes les lumières » Que j'ai pu m'acquérir sur de telles matières, » Après vingt ans et plus de méditation B Pour me conduire en tout avec précaution, » De tant d'autres maris j'aurais quitté la trace » Pour me trouver après dans la même disgrâce*! Ah! bourreau de destin, vous en aurez menti. De l'objet qu'on poursuit je suis encor nanti ; S-i son cœur m'est volé par ce blondin funeste, J'empêcherai du moins qu'on s'empare du reste; Et cette nuit, qu'on prend pour ce galant exploit. Ne se passera pas si doucement qu'on croit. Ce m'est quelque plaisir, parmi tant de tristesse, Que l'on me donne avis du piège qu'on me dresse, • Et que cet étourdi, qui veut m'être fatal, Fasse son confidentje son propre rjyaL

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