SCÈNE VIM. — CHRYSALDE, ARNOLPHE
CHRTSALDE.
Eh bien, souperons-nous avant la promenade?
* Le> vingt vers marqués par des guillemets étaient sniiprimés ;• présentation, du temps de Moliisre,
ioU L'ECOLE DES FEMMES
ARNOLPHE
Non. ^6 jeûne ce soir.
CHRYSALDE.
D'où vient cette boutade?
ARNOLPHE
i)e grâce, excusez-nnoi, j'ai quelque autre embarras.
CHRYSALDE.
Votre hymen résolu ne se fera-t-il pas?
ARNOLPHE
C'est trop s'inquiéter des affaires des autres.
CHRYSALDE.
Oh! ohl si brusquement! Quels chagrins sont les vôtres?
Seroit-il point, compère, à votre passion
Arrivé quelque peu de tribulation?
Je le jurcrois presque, à voir votre visage.
ARNOLPHE
Quoi qu'il m'arrive, au moins aurai-je l'avantage De ne pas ressembler à de certaines gens Qui souffrent doucement l'approche des galans.
CHRYSALDE.
C'est un étrange fait, qu'avec tant de lumières Vous vous effarouchiez toujours sur ces matières, Qu'en cela vous mettiez le souverain bonheur, Et ne conceviez point au monde d'autre honneur. Être avare, brutal, fourbe, méchant et lâche. N'est rien, à votre avis, auprès de cette tache ; Et, de quelque façon qu'on puisse avoir vécu. On est homme d'honneur quand on n'est point cocu. A le bien prendre au fond, pourquoi voulez-vous croire Que de ce cas fortuit dépende notre gloire, Et qu'une âme bien née ait à se reprocher L'injustice d'un mal qu'on ne peut empêcher? Pourquoi voulez-vous, di?-je, en prenant une femme. Qu'on soit digne, à son choix, de louange ou de blâme, Et qu'on s'aille former un monstre plein d'effroi D^ /'affront que nous fait son manquement de foi? Mettez-vous dans l'esprit qu'on peut du cocuage Se fuire en galant homme une plus douce imago;