‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 129 sur 266 · SCÈNE II. — HORACE, ARNOLPHE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — HORACE, ARNOLPHE

HORACE, à part.

Il faut que j'aille un peu reconnoitre qui c'est.

ARNOLPHE, se croyant seul.

Eùt-on jamais prévu...

Heurté par Horacej qu'il ne reconnoît pas. Qui va là, s'il vous plaît ?

HORACE

C'est vous, seigneur Arnolphe?

ARNOLPHE

Oui. Mais vous?

HORACE

C'est Horace.

Je m'en allois chez vous vous prier d'une grâce. Vous sortez bien matin !

ARNOLPHE, bas, à part.

Quelle confusion !

Est-ce un enchantement? est-ce une illusion?

HORACE

J'étois, à dire vrai, dans une grande peine;

Et je bénis du ciel la bonté souveraine

Qui fait qu'à point nommé je vous rencontre ainsi.

Je viens vous avertir que tout à réussi.

Et même beaucoup plus que je n'eusse osé dire,

Et par un incident qui devoit tout détruire.

Je ne sais point par où l'on a pu soupçonner

Cettp assignation qu'on m'avoit su donner;

Mais, tStant sur le point d'atteindre à la fenêtre.

J'ai, contre mon espoir, vu quelques gens paroitre;

174 L'^iCOLE DES FEMMES

Qui, ?ur moi brusquement levant chacun le bras,

M'ont fait manquer le pied et tomber jusqu'en bas :

Er ma chute, aux dépens de quelque meurtrissure,

De vingt coups de bâtoti m'a sauvé l'aventure.

Cesgens-/à, dont ôloil, je pense, mon jaloux,

Ont imputé ma chute à l'etîort de leurs coups ;

Et, comme la douleur, un assez long espace,

M'a fait sans remuer demeurer sur la place,

Ils ont cru tout de bon qu'ils m'avoient assommé,

Et chacun deux s'en est aussitôt alarmé.

J'entendois tout leur bruit dans le profond silence:

L'un l'autre ils s'accusoient de cette violence;

Et, sans lumière aucune, en querellant le sort,

Sont venus doucement tâler si j'ét<)is mort.

Je vous laisse à pensi r si, dans la nuit obscure,

J'ai d'un vrai trépassé su tenir la figure.

Ils se sont retirés avec beaucoup d'cfTroi :

Et, comme je songeoisà me retirer, moi.

De cette feinte mort, la jeune Agnès émue.

Avec empressement est devers moi venue :

Car les discours qu'entre eux ces gens avoient tenus

Jusques à son oreille étoient d'abord venus;

Et, pendant tout ce trouble étant moins observée,

Du logis aisément elle s'étoit sauvée ;

Mais, me trouvant sans mal, elle a fait éclater

Un transport dillicilo à bien représenter.

Que vousdirai-jo enfin? Cette aimable personne

A suivi les conseils que son amour lui donne,

N'a plus voulu songer ii retourner chez soi.

Et de tout son destin s'est commise à ma foi.

Considérez un peu, par ce trait d'innocence,

Oîf "expose d'un fou la haute impertinence,

El».(Uels fâcheux périls elle pourroit courir

Si j'étois maintsnanl homme à la moins chérir.

Mais d'un trop pur amour mon âme est embrasser

J'aimerois mieux mourir que l'avoir abusée:

Je lui vois des appas dignes d'un autre sort,

Et rien ne m'en sauroil séparer que la mort.

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