‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 148 sur 266 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

URANIE

De glace!

CLIMÈNE

Ti\

URANIE

Mais encore ?

CLIMÈNE

Je n'ai rien à vous

di

ire.

2ft^

URANIE

Pour moi, je n'y entends point de mal.

CLIMÈNE

Tant pis pour vous.

URANIE

Tant mieux, plutôt, ce me semble. Je regarde les choses du côté qu'on me les montre, et ne les tourne point pour y chercher ce qu'il ne faut pas voir.

CLIMÈNE

L'honnêteté d'une femme...

URANIE

L'honnêteté d'une femme n'est pas dans les grimaces. Il sied mal de vouloir être plus sage que celles qui sont sages. L'affectation en cette matière est pire qu'en toute autre ; et je ne vois rien de si ridicule que cette délicatesse d'honneur qui prend tout en mauvaise part, donne un sens criminel aux plus innocentes paroles, et s'offense de l'ombre des choses. Croyez-moi, celles qui font tant de façons n'en sont pas estimées plus femmes de bien. Au contraire, leur sévérité mystérieuse et leurs grimaces affectées irritent la censure de tout le monde contre les actions de leur vie. On ^t ravi de découvrir ce qu'il peut y avoir à redire ; et, pour omher dans l'exemple, il y avoit l'autre jour des femmes à cette comédie, vis-à-vis de la loge où nous étions qui, par les mines qu'elles affectèrent durant tout la pièce, leurs détournements de tête et leurs cachements i de visage, firent dire de tous côtés cent sottises de leur conduite, que

1 Mot iiivenlé par Molieie, conforme à l'aiiîildijio, et que l'on n'- çlua employé.

l'on n'auroit pas dites sans cela ; et quelqu'un même des laquais cria tout haut qu'elles étoient plus chastes des oreill'îs que de tout le reste du corps.

CLIMÈXE.

fcnfin, il faut être aveugle dans cette pièce, et ne pas faire semblant d'y voir les choses.

URAME.

Il ne faut pas y vouloir voir ce qui n'y est pas.

CLIMÈNE

Ah ! je soutiens, encore un coup, que les saletés y crèvent les yeux.

URANIE

Et moi, je ne demeure pas d'accord de cela.

CLIMÈNE

Quoi 1 la pudeur n'est pas visibleuient blessée par ce que dit Agnès dans l'endroit dont nous parlons?

URAME.

Non, vraiment. Elle ne dit pas un mot qui de soi ne soit fort honnête ; et, si vous voulez entendre dessous quelque autre chose, c'est vous qui faites l'ordure, et non pas elle, puisqu'elle parle seulement d'un ruban qu'on lui a pris.

CLIMÈNE

Ah! ruban tant qu'il vous plaira; mais ce le, où elle s'arrête, n'est pas mis pour des prunes. Il vient sur ce le d'étranges pensées. Ce le scandalise furieusement ; et, quoi que vous puissiez dire, vous ne sauriez défendre l'insolence de ce le.

Il est vrai, ma cousine, je suis pour madame contre ce le. Ce le est iusolent au dernier point, et vous avez tort de efeudre ce le.

CLIMÈNE

Il a une obscénité * qui n'est pas supportable.

ÉLISE

Comment dites-vous ce mot-là, madame ?

V.o\ iiit'oduit par les pr(*cieiisos; du latin, obs'/: ni fns ; une T mmeds monde ne rcini'luitiuil plus aiijourd'liiii, it cause do son ('iier^ie mémo.

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