SCÈNE III '^(iS
CLIMÈNE
Obscénité, madame.
ÉLISE
Ah : mon Dieu ! obscénité. Je ne sais pas co que ce mot veut dire; mais je le trouve le plus joli du monde,
CLIMÈNE
Enfin, vous voyez comme votre sang prend mon parti.
URANIE
Eh I mon Dieu, c'est une causeuse qui ne dit pas ce qu'elle pense. Ne vous y fiez pas beaucoup, si vous m'en voulez croire.
ÉLISE
Ah I que vous êtes méchante, de me vouloir rendre suspecte à madame ! Voyez un peu où j'en serais, si elle alloit croire ce que vous dites ! Serois-je si malheureuse, madame, que vous eussiez de moi cette pensée?
Non, non, je ne m'arrête pas à ces paroles, et je vous crois plus sincère qu'elle ne dit.
ÉLISE
Aht que vous avez bien raison, madame, et que vous me rendrez justice, quand vous croirez que je vous trouve la plus engageante personne du monde, que j'entre dans tous vos sentiments, et suis charmée de toutes les expressions qui sortent de votre bouche !
CLIMÈNE
Hélas I je parle sans affectation.
ÉLISE
On le voit bien, madame, et que tout est naturel en vous. Vos paroles, le ton de votre voix, vos regards, vos pas, votre action et votre ajustement, ont je ne sais quel air de qualité qui enchante les gens. Je vous étudie des yeux et des oreilles ; et je suis si remplie ie vous, que je tâche dctre votre singe et de vous contrefaire en tout.
CLIMÈNE
Vous vous moquez de moi, madame !
ÉLISE
Vardonnez-moi, madame. Qui voudroit se maquer de vous?
2l!0 LA CRITIQUE DE L'ÉCOLE DES FEMME."
(XIMÈNH,
Je ne suis pas un bon modèle, madame.
ÉLISE
Oh t que si, madame !
Vous me flattez, madame.
ÉLISE
Point du tout, madame.
CLIMÈNE
Épargnez-moi, s'il vous plaît, madame.
ÉLISE
Je vous épargne aussi, madame, et je ne dis pas la moitié de ce que je pense, madame.
CLIMÈNE
Ah ! mon Dieu! brisons là, de grâce. Vous me jetteriez dans une confusion épouvantable, (a Uranie.) Enlin, nous voilà deux contre vous ; et l'opiniâtreté sied si mal aux personnes spirituelles...