SCENE VII tlS
Non, non, je ne voudrois pas qu'il fît mal sa cour auprès de madame votre cousine, et je permets à son esprit d'être du parti de son cœur.
DORANTE
Avec cette permission, madame, je prendrai îa hardiesse de me défendre.
URANIE
!\rais, auparavant, sachons un peu les sentiments de m-Ta' sieur Lysidas.
LYSIDAS.
Sur quoi, madame?
URANIE
Sur le sujet de YÉcoîe des Femmes.
LYSIDAS.
Ahl ah!
DORANTE
Que vous en semble?
LYSIDAS.
Je n'ai rien à dire là-dessus ; et vous savez qu'entre nous autres auteurs nous devons parler des ouvrages les uns des autres avec beaucoup de circonspection.
DORANTE
Mais encore, entre nous, que pensez-vous de cette comédie?
LYSIDAS.
Moi, monsieur?
De bonne foi, dites-nous votre avis.
LYSIDAS.
Je la trouve fort belle.
DORANTE
Assurément ?
LYSIDAS.
Assurément. Pourquoi non? N'est-elle pas en effet la ç/us belle (iu monde?
DORANTE
Hon, hon, vous êtes un méchant diable, monsieur Lysida? ; vous ne dites pas ce que vous pensez.
Pardonnez-moi
DORANTE
Mon Dieu, je vous connois. Ne dissimulons poi&t.
LYSIDAS.
Moi, monsieur?
DORANTE
Je vois bien que le bien que vous dites de cette pièce n'est que par honnêteté, et que, dans le fond du cœur, vous êtes de i'avis de beaucoup de gens qui la trouvent mauvaise.
LTSIDAS.
Hai, hai, liai.
Avouez, ma foi, que c'est une méchante chose que cette comédie.
LTSIDAS.
Il est vrai qu'elle n'est pas approuvée par les connaisseurs.
LE MARQUIS
Ma foi, chevalier, tu en tiens, et te voilà payé de ta raillerie. Ah, ah, ah, ah, ah!
DORANTE
Pousse, mon cher marquis, pousse.
LE MARQUIS
Tu vois que nous avons les savans de notre côté.
DORANTE
Il est vrai. Le jugement de M. Lysidas est quelque chose de considérable. Mais M. Lysidas veut bien que je ne me rende pas pour cela; et, puisque j'ai bien l'audace de me défendre (monirant ciimène) contre les sentiments de madame., il ne trouvera pas mauvais que je combatte les fiiens-
ÉLISE
Quoi! vous voyez contre vous madame, M. le marquis et M. Lysidas, et vous osez résister encore? Fi? que cela est de mauvaise grâce I
CLIMÈNE
Voilà qui me confond, pour moi, que des personnes ra*sonnables se puissent mettre en tète de donner protection aux sottises de cette pii^ce.