‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 159 sur 266 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

il assez de pommes * en Normandie pour tarfre à la créiMV Tarte à la crème, morbleu! tarte à la crème!

DORANTE

Eh bien, que veux-tu dire? Tarte à la crème!

LE MARQUIS

Parbleu! tarte à la crème, chevalier!

DORANTE

Mais encore?

LE MARQUIS

Tarte à la crème !

Dis-nous un peu tes raisons.

LE MARQUIS

Tarte à la crème !

URANIE

Mais il faut expliquer sa pensée, ce me setniû.d.

LE MARQUIS

Tarte à la crème, madame !

URANIE

Que trouvez-vous là à redire?

LE MARQUIS

Moi, rien. Tarte à la crème!

URANIE

Ah! je le quitte 2.

ÉLISE

M. le marquis s'y prend bien, et vous bourre de la belle manière. Mais je voudrois bien que M. Lysidas voulut les achever, et leur donner quelques petits coups de sa façon.

LYSIDAS.

Ce n'est pas ma coutume de rien blâmer, et je suis assez indulgent pour les ouvrages des autres. Mais enfin, sans choquer l'amitié que M. le chevalier témoigne pour l'auteur, on m'avouera que ces sortes de comédies ne sont pas proprement des comédies, et qu'il y a une grande différence

• Projectiles employés en maintes circonstaorcs par le public mécoulenl.

i puui ' cède k p&s. Le est neutre, uumme dans : vous lu payerez.

oe toutes ces bagatelles à la beauté des pièces sérieuses. Ce* pendant tout le monde donne là-dedans aujourd'hui : on ne court plus qu'à cela, et l'on voit une solitude effroyable aux grands ouvrages, lorsque des sottises ont tout Paris. Je vous avoue que le cœur m'en saigne quelquefois, et cela est houleux pour la France.

CLIMÈNE

Il est vrai que le goût des gens est étrangement gâté làdessus, et que le siècle s'encanaille * furieusement.

ÉLISE

Celui-là est joli encore : s'encanailUl Est-ce vous qui l'avez inventé, madame ?

(X.IHÈNE.

Eh!

ÉLISE

Je m'er suis bien doutée.

DORANTE

Vous croyez donc, monsieur Lysidas, que tout l'esprit et toute la beauté sont dans les poëmes sérieux, et que les pièces comiques sont des niaiseries qui ne méritent aucune louange ?

URAME.

Ce n'est pas mon sentiment, pour moi. La tragédie, sans doute, est quelque chose de beau quand elle est bien touchée ; mais la comédie a ses charmes, cl je tiens que l'une n'est pas moins difficile à faire que l'autre.

DORANTE

Assurément, madame ; et quand, pour la difficulté, vous mettriez un peu plus du côté de la comédie, peut-être vous .10 vous abuseriez pas. Car, enfin, je trouve qu'il est bien plus aisé de t;e guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la fortune, accuser les deslins, et dire des injures aux dieux, que d'entrer comme il faut dans le ridicule des hommes, et de rendre agréablement sur le théâtre les défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. Ce sont des portraits à

■ Mut invente par une précieuse, madame de Mauuy, et qui est rc^ic daug le hngii".

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