‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 169 sur 266 · SCENE I 2M · texte numérisé non relu

SCENE I 2M

moins préparés leur sont toujours les plus agréables. Nous ne devons jamais nous regarder dans ce qu'ils désirent de nous ; nous ne sommes que pour leur plaire ; et, lorsqu'ils nous ordonnent quelque chose, c'est à nous à profiter vite de l'envie où ils sont. Il vaut mieux s'acquitter mal de ce qu'ils nous demandent que de ne s'en acquitter pas assez tôt ; et, « l'on a la honte de n'avoir pas bien réussi, on a toujours la gloire d'avoir obéi vite à leurs commandemens. Mais songeons à répéter, s'il vous plaît.

MADEMOISELLE BÉJART

Comment prétendez-vous que nous fassions, si nous ne savons pas nos rôles?

MOLIÈRE

Vous les saurez, vous dis-je; et, quand même vous ne les sauriez pas tout à fait, ne pouvez-vous pas y suppléer de votre esprit, puisque c'est de la prose et que vous savez votre sujet?

MADEMOISELLE BÉJART

Je suis votre servante. La prose est pis encore que les vers.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

Voulez-vous que je vous dise? vous devriez faire une comédie où vous auriez joué tout seul.

MOLIÈRE

Taisez-vous, ma femme, vous êtes une bête 1

MADEMOISELLE MOLIÈRE

Grand merci, monsieur mon mari. Voilà ce que c'est! Le mariage change bien les gens, et vous ne m'auriez pas dit cela il y a dix-huit mois.

MOLIÈRE

Taisez-vous, je vous prie 1

MADEMOISELLE MOLIÈRE

C'<;st une chose étrange qu'une petite cérémonie soit capable de nous ôter toutes nos belles qualités, et qu'un mari (.1 un galant regardent la même personne avec des yeux si dilîérens.

MOLIÈRE

Que de discours I

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