SCENE III
» faite plus ignominieuse, nous avons voulu choisir tout exi) près un auteur sans réputation.
MADEMOISELLE DUPARC
» Pour moi, je vous avoue que j'en ai toutes les joies ima-
s ginables.
UOLIÈRE-
» Et moi aussi. Par la sambleu! le railleur sera raillé ; il s aura sur les doigts, ma foi I
MADEMOISELLE DUPARC
» Cela lui apprendra à vouloir satiriser tout. Comment ! » cet impertinent ne veut pas que les femmes aient de l'es- >> pritl 11 condamne toutes nos expressions élevées, et pré- » tend que nous parlions toujours terre à terre 1
MADEMOISELLE DEBRIE
« Le langage n'est rien ; mais il censure tous nos attache- 0 aens, quelque innocens qu'ils puissent être; et, de la fa- » çon qu'il en parle, c'est être criminelle que d'avoir du » mérite.
MADEMOISELLE DU CROISY
» Cela est insupportable. 11 n'y a pas une femme qui » puisse plus rien faire. Que ne laisse-t-il en repos no s ma » ris, sans leur ouvrir les yeux, et leur faire prendre garde -> à des choses dont ils ne s'avisent pas?
MADEMOISELLE BÉJART
» Passe pour tout cela ; mais il salirise même les femmes y> de bien, et ce méchant plaisant leur donne le titre d hon- » néte-> diablesses.
MADEMOISELLE MOLIÈRE
» C'est un impertinent, il faut qu'il en ait tout le soûl.
DU CROIST
B La représentation de cette comédie, madame, aura besoin s d'être appuyée; et les comédiens de l'hôtel...
MADEMOISELLE DUPARC
» Mon Dieu! qu'ils n'appréhendent rien. Je !eur garantis > le succès de leur pièce, corps pour corps.
MADEMOISELLE MOLIÈRE
» Vous avez raison, madame. Trop de gens sont intéressés » à la trouver belle. Je vous laisse à penser si tout ceux qui i se croient salirisés par Molière ne prendront pas l'occa-
2tfU L'JAIPROMPTU DE VERSAILLES
» sion de se venger de lui en applaudissant à cette c::: diei
BRÉCOURT, ironiquement.
» Sans doute; et pour moi je réponds de douze marquis » de six précieuses, de vingt coquettes et de trente cocus, » qui ne manqueront pas d'y battre les mains.
MADEMOISELLE MOLIÈRE
» En effet. Pourquoi aller offenser toutes ces personnes-là, » et particulièrement les cocus, qui sont les meilleures gens » du monde ?
MOLIÈRE
» Par la sambleu ! ou m'a dit qu'on le va dauber, lui et I) toutes ses comédies, de la belle manière; et que les comé- )i diens et les auteurs, depuis le cèdre jusqu'à l'bysope, sont » diablement animés contre lui.
MADEMOISELLE MOLIÈRE
» Cela lui sied fort bien. Pourquoi fait-il de méchantes » pièces que tout Paris va voir, et où il peint si bien les » gens, que chacun s'y connoît? Que ne fait-il des comé- » dies comme celles de M. Lysidas? il n'auroit personne » contre lui, et tous les auteurs en diroient du bien. Il est » vrai que de semblables comédies n'ont pas ce grand con- )) cours de monde ; mais, en revanche, elles sont toujours » bien écrites, personne n'écrit contre elles, et tous ceux » qui les voient meurent d'envie de les trouver belles.
DU CROISY
» Il est vrai que j'ai l'avantage de ne point faire d'en- » nemis, et que tous mes ouvrages ont l'approbation des sait- vans.
MADEMOISELLE MOLIÈRE
» Vous faites bien d'être content de vous. Cela vaut mieux » que tous les applaudissements du public, et que tout l'argent :; qu'on sauroil gagner aux pièces de Molière. Que vous im- » porte qu'il vienne du monde à vos comédies, pourvu X. qu'elles soient approuvées par messieurs vos confrères?
LA GRANGE
» Maia quand jouera-t-on le Portrait dit Peintre?
DU CROISV.
» Je ne sais; mais je me prépare fort à paroître des pre • s miers sur les rangs, pour crier : Voilà qui est beau!