SCÈNE III ?6i
MOLIÈRE
» Et moi de même, parbleu !
LA GRANGE
» Et moi aussi, Dieu me sauve!
MADEMOISELLE DUPARC
» Pour moi, j'y payerai de ma personne comme îl faut; e\ s je réponds d'une bravoure d'approbation qui mettra en •■' déroute tous les jugemens ennemis. C'est bien la moindre i chose que nous devions faire, que d'épauler de nos louange )■■ le vengeur de nos intérêts !
MADEMOISELLE MOLIÈRE
» C'est fort bien dit.
MADEMOISELLE DEBRIE
» El ce qu'il nous faut faire toutes.
MADEMOISELLE BÉJART
» Assurément.
MADEMOISELLE DU CROISY
» Sans doute.
MADEMOISELLE HERVÉ
« Point de quartier à ce contrefaiseur de gens.
MOLIÈRE
» Ma foi, chevalier, mon ami, il faudra que ton Molière se » cache.
BRÉCOURT
» Qui? lui ! Je te promets, marquis, qu'il fait dessein » d'aller sur le théâtre rire, avec tous les autres, du portrait » qu'on a fait de lui.
MOLIÈRE
» Pmbleu ! ce sera donc du bout des dents qu'il rira.
BRÉCOURT
» Va, va, peut-être qu'il y trouvera plus de sujets de rire » que tu ne penses. On m'a montré la pièce; et comme tout » ce qu'il y a d'agréable sont* elTectivement les idées qui ont » été prises de Molière, la joie que cela pourra donner n'aurti )) pas lieu de lui déplaire, sans doute ; car, pour l'endroit où » l'on s'efforce de le noircir, je suis le plus trompé du mondo » si ce'a est approuvé de personne; et, quant à tous l'-" £?ens
' Pour : les idées prises de Molière sont tout ce qu'il y a d'agréa'Me lo- Vei'sion d'une exlriMne ImiiliebM:,
» qu'ils ont taché d'animer contre lui. sur ce qu'il fait, dit-on, y des portraits trop ressemblans, outre que cela est de fort » mauvaise grâce, je ne vois rien de plus ridicule et déplus » mal repris; et je n'avois pas cru jusqu'ici que ce fût un su- » jet de blâme pour un comédien que de peindre trop bien » les hommes.
LA GRANGE
» Les comédiens m'ont dit qu'ils l'attendoient sur la ■)) réponse, et que...
BRÉCOURT
» Sur la réponse? ma foi, je le trouverois un grand fou. » s'il se meltoit en peine de répondre à leurs invectives, » Tout le monde sait assez de quel motif elles peuvent partir, >; et la meilleure réponse qu'il leur puisse faire, c'est une con médie qui réussisse comme toutes ses autres. Voilà le vrai » moyen de se venger d'eux comme il faut ; et, de l'humour )) dont je le connois, je suis fort assuré qu'une pièce nou- » velle qui leur enlèvera le monde les fâchera bien plus que » toutes les satires qu'on pourroit faire do leurs personnes.
MOLIÈRE
>> Mais chevalier... »
MADEMOISELLE 6ÉJÂRT.
Souffrez que j'interrompe pour un peu la répétition. (A Molière.) Voulez-vous que je vous dise? Si j'avois été en votre place, j'aurois poussé les choses autrement. Tout le monde attend de vous une réponse vigoureuse; et, après la manière dont on m'a dit que vous étiez traité dans cette comédie, vous étiez en droit de tout dire contre les comédiens, et vous devriez n'en épargner aucun.
MOLIÈRE
J'enrage de vous ouïr parler de la sorte, et voilà votre manie, à vous autres femmes. Vous voudriez que je prisse feu d'abord contre eux, et qu'à leur exemple, j'allasse éclater promplement en invectives et en injures. Le bel honneur que j'en i)ojrrois tirer, et le grand dépit que je leur fcrois! No se sont-îVs pas préparés de bonne volonté à ces sor'.es do choses ? cl 'orsqu'ils ont délib(>ré s'ils joueroient le Portrait du Peintre, sur la crainte d'une riposte, quelques-uns d'entre eux n'ont-ils pa^ répondu: «Qu'il nous rende toutes les