‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 22 sur 266 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

On prétend qu'ait reçue Isabelle de vous, Et dont elle est, dil-il. en un fort grand courroux. C'e?t sans vouloir l'ouvrir qu'elle vous la ï^xi rendre. Lisez vite, et voyons si je me puis méprendre.

VALÈRE lit.

« Cette lettre vous surprendra sans doute, et l'on peut » trouver bien hardi pour moi, et le dessein de vous l'é- » crire, et la manière de vous la faire tenir; mais je me \ois » dans un état à ne plus garder de mesure. La juste horreur » d'un mariage dont je suis menacée dans six jours me fait » hasarder toutes choses; et, dans la résolution de m'en af- » franchir par quelque voie que ce soit, j'ai cru que je tle- » vois plutôt vous choisir que le désespoir. Ne croyez pas » pourtant que vous soyez redevable de tout a ma mauvaise x> destinée; ce n'est pas la contrainte où je me trou\e qui a î fait naître les sentiments que j'ai pour vous; mais c'est » elle qui en précipite le témoignage, et qui me fait passer » sur des formalités où la bienséance du sexe oblige. II ne a tiendra qu'à vous que je sois à vous bientôt, et j'attends » seulement que vous m'ayez marqué les intentions de votre » amour, pour vous faire savoir la résolution que j'ai prise; » mais, surtout, songez que le temps presse, et que deux » cœurs qui s'aiment doivent s'entendre à demi mot. »

ERGASTE

Eh bien, monsieur, le tour est-il original? Pour une jeune fille elle n'en sait pas mal\ De ces ruses d'amour la croirait-on capable r

VALÈRE

Ah ! je la trouve là tout à fait adorable. Ce trait de son esprit et de son amitié Accroît pour elle encor mon amour de moitié, Et joint aux sentiments que sa beauté m'inspire...

ERGASTE

La duoe vient; songez à ce qu'il vous faut dire.

SCÊHE II. — VALÈRE, ERGASTE, SGANAKELLS SGANARELLE, so croyant seul.

Oh 1 trois et quatre fois béni soit cet édit

Par qui des vêtements le luxe est interdit*! Les peines des maris ne seront plus si grandes, Et les femmes auront un frein à leurs demandes. Oh ! que je sais au roi bon gré de ses décris^ I Et que, pour le repos de ces mêmes maris, Je voudroisbien qu'on fît delà coquetterie Comme de la guipure' et de la broderie! J'ai voulu l'acheter, l'édit, expressément, Afin que d'Isabelle il soit lu hautement; Et ce sera tantôt, n'étant plus occupée. Le divertissement de notre après-soupée.

Apercevant Valère.

Envoierez-vous encor, monsieur aux blonds cheveux, Avec des boîies d'or des billets amoureux? Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette Friande de l'intrigue, et tendre à la fleurette? Vous voyez de quel air on reçoit vos joyaux! Jroyez-moi, c'est tirer votre poudre aux moinaux. Elle est sage, elle m'aime, et votre amour l'outrage; Prenez visée *■ ailleurs, et troussez-moi bagage s.

VALÈRE

Oui, oui, votre mérite, à qui chacun se rend. Est à mes yeux, monsieur, un obstacle trop grand; Et c'est folie à moi, dans mon ardeur fidèle, De prétendre avec vous à l'amour d'IsabeJie.

SGANARELLE

Il est vrai, c'est folie.

VALÈRE

Aussi n'aurois-je pas Abandonné mon cœur à suivre ses appas,

' ÉJit du 27 novembre 1660, prohibant brodoiics, cannelillci, paHîeUes, etc.

2 Pour : cris. Ordonnances criées dans les rues contie rasage de certains habillements f t de certaines éloffet..

s Guipure broderie en relief, recouvcrie en fli d'»r ou en dinquftnt.

* Pour : visez d'autre eût-. Ternie do cliasse.

* Pour : charcer sa Irous.s: , son bagage, avant de décamper. Du mot •caiidiiiavi; ou teutoniiiuc bag, clfots, bijoux.

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