‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 231 sur 266 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

MORON

Il ne îdut pas, seigneur, que je vous dissimuie ;

Je n'ai rien fait encore, et n'ai point rencontré

De temps pour lui parler qui fût selon mon gié.

L'office de bouffon a des prérogatives;

Mais souvent on rabat nos libres tentatives.

Le discours de vos feux est un peu délicat,

El c'est chez la princesse une affaire d'État.

Vous savez de quel litre elle se glorifie.

Et qu'elle a dans la têie une philosophie

Qui déclare la guerre au conjugal lien,

El vous traite l'amour de déité de rien.

Pour n'effaroucher point son humeur de tigresse,

Il me faut manier la chose avec adresse,

Car on doit regarder comme l'on parle aux grands,

Et vous êtes parfois d'assez fâcheuses gens.

Laissez-moi doucement conduire cette trame.

Je me sens là pour vous un zèle tout de flamme;

Vous êtes né mon prince, et quelques autres nœuds

Pourroient contribuer au bien que je vous veux.

i\fa mère, dans son temps, j)as^oit pour assez belle,

Et naturellement n'étoit pas fort cruelle;

Feu votre père alors, ce prince généreux.

Sur la galanterie éloit fort dangereux.

Et je sais qu'Elpénor, qu'on appeloit mon père,

A "ause qu'il éloit le mari de ma mère,

Contoit pour grand honneur, aux pasteurs d'aujourd'hui,

Que le prince autrefois éloit venu chez lui,

Et que, durant ce temps, il avoit l'avantage

De se voir saluer de tous ceux du village.

Baste I Quoi qu'il en soit je veux par mestravaul.ii

Mais voici la princesse et deux de vos rivaux.

SCÈNE III. — LA PRINCESSE, AGLANTE, CYNTHIÉ, ARISTOMÈNE, THÉOCLE, EURYALE, PHILIS, ARRATE, MORON.

ARISTOMÈNE

Reproche/î-vous, madame, à nos justes alarmes Ce péril dont tous deux avons sauvé vos charmes?

328 LA PRINCESSE D'ÊLÎDE

J'aurois pensé, pour moi, qu'abattre sous no? coups Ce sanglier qui portoit sa fureur jusqu'à vous, Étoit une aventure (ignorant votre chasse) Dont à nos bons destins nous dussions rendre grâce; Mais, à cette froideur, je connois clairement Que je dois concevoir un autre sentiment, Et quereller du sort la fatale puissance Qui me fait avoir part à ce qui vous offense.

THÉOCLE.

Pour moi, je tiens madame, à sensible bonheur L'action où pour vous a volé tout mon cœur, Et ne puis consentir, malgré votre murmure, A quereller le sort d'une telle aventure. D'un objet odieux je sais que tout déplaît; Mais, dût votre courroux être plus grand qu'il n'osl. C'est extrême plaisir, quand l'amour est extrême. De pouvoir d'un péril affranchir ce qu'on aime.

Et pensez-vous, seigneur, puisqu'il me faut parler,

Qu'il eût eu, ce péril, de quoi tant m'ébranler?

Que l'arc et que le dard, pour moi si pleins de charmes.

Ne soient entre mes mains que d'inutiles armes;

Et que je fasse enhn mes plus fréquents emplois

De parcourir nos monts, nos plaines et nos bois,

Pour n'oser, en chassant, concevoir l'espérance

De suffire, moi seule, à ma propre défense?

Certes, avec le temps j'aurois bien profité

De ces soins assidus dont je fais vanité.

S'il falloit que mon bras, dans une telle quête,

Ne pût pas triompher d'une chétive bêlel

Du moins, si, pour prétendre à de sensibles coups,

Le commun de mon sexe est trop mal avec vous,

D'un étage plus haut accordez-moi la gloire;

Et rne faites tous deux cette grâce de croire,

Seigneurs, que, quel que fût le sanglier d'aujourd'hui.

J'en ai mis bas sans vous de plus méchants que lui.

THÉOCLE.

Mais, madame...

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