‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 247 sur 266 · SCÈNE III. — LA PRINCESSE, MORON · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — LA PRINCESSE, MORON

Tu as donc familiarité, Moron, avec le prince d'Ithaque?

MORON

àh ! madame, il y a longtemps que nous nous connoissons.

D'où vient qu'il n'est pas venu jusqu'ici, et qu'il a pris cette autre route quand il m'a vue?

S44 LA PRINCESSE D'ÉLIDK

MORON

C'est un homme bizarre, qui ne se plaît qu'à entretenir

ses pensées.

Étois-tu tantôt au compliment qu'il m'a fait?

MORON

Oui, madame, j'y étois, et je l'ai trouvé un peu impertinent, n'en déplaise à sa principauté.

Pour moi, je le confesse, Moron, cette fuite m'a choquée; et j'ai toutes les envies du monde de l'engager, pour rabattre un peu son orgueil.

MORON

Ma foi , madame, vous ne feriez pas mal ; il le mériteroit bien ; mais, à vous dire vrai, je doute fort que vous y puissiez réussir.

Comment?

MORON

Comment? C'est le plus orgueilleux petit vilain que vous ayez jamais vu. Il lui semble qu'il n'y a personne au monde qui le mérite, et que la terre n'est pas digne de le porter.

Mais encore ne t'a-t-il point parlé de moi?

MORON

Lui? non.

Il ne t'a rien dit de ma voix et de ma danse?

MORON

Pas le moindre mot.

Certes, ce mépris est choquant, et je ne puis souffrir cette hauteur étrange de ne rien estimer.

MORON

Il n'estime et n'aime que lui.

Il n y a rien que je ne fasse pour le soumettre comme il faut.

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