‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 248 sur 266 · SCÈNE IV. — LA PRIiNCESSE, EURYALE, MORON · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — LA PRIiNCESSE, EURYALE, MORON

MORON, allant an-devant d'Euryale, et Ini parlant bas. Seigneur, je vous donne avis que tout va bien. La princesse souhaite que vous l'abordiez ; mais songez bien à continuer votre rôle ; et, de peur de l'oublier, ne soyez pas longtemps avec elle.

Vous êtes bien solitaire, seigneur : et c'est une humeur bien extraordinaire que la vôtre, de renoncer ainsi à notre sexe, et de fuir, à votre âge, cette galanterie dont se piquent tous vos pareils.

EURYALE

Cette humeur, madame, n'est pas si extraordinaire qu'on n'en trouvât des exemples sans aller loin d'ici; et vous ne sauriez condamner la résolution que j'ai prise de n'aimer jamais rien, sans condamner aussi vos sentimens.

Il y a grande différence ; et ce qui sied bien à un sexe ne sied pas bien à l'autre. Il est beau qu'une femme soit insensible et conserve son cœur exempt des flammes de l'amour; mais ce qui est vertu en elle devient un crime dans un homme; et, comme la beauté est le partage de notre sexe, vous ne sauriez ne nous point aimer sans nous dérober les hommages qui nous sont dus, et commettre une offense dont nous devons toutes nous ressentir.

EURYALE

Je ne vois pas, madame, que celles qui ne veulent point aimer doivent prendre aucun intérêt à ces sortes d'offenses.

3i6 LA PRINCESSE D'ÉLIDE

Ce n'est pas une raison, seigneur; et, sans vouloir aimer, on est toujours bien aise d'être aimé.

EURYALE

Pour moi, je ne suis pas de même; et, dans le dessein où je suis de ne rien aimer, je serois fâché d'être aimé.

Et la raison?

EURYALE

C'est qu'on a obligation à ceux qui nous aiment, et que je serois facile d'élre ingrat.

Si bien donc que, pour fuir l'ingratitude, vous aimeriez qui vous aimeroit?

EURYALE

Moi, madame? Point du tout. Je dis bien que je serois facile d'être ingrat; mais je me résoudrois plutôt de l'être que d'aimer.

Telle personne vous aimeroit peut-être,"quevotre cœur...

EURYALE

Non, madame. Rien n'est capable de toucher mon cœur. Ma liberté est la seule maîtresse à qui je consacre mes vœux ; et quand le oiel emploieroit ses soins à composer une beauté parfaite, quand il assembleroit en elle tous les dons les plus merveilleux et du corps et de l'âme, enfin quand il exposeroit à mes yeux un miracle d'esprit, d'adresse et de beauté, et que cette personne m'aimeroit avec toutes les tendresses imaginables, je vous l'avoue franchement, je ne l'aimerois pas.

LA PRINCESSE, à part.

A-t-on jamais rien vu de tel?

MORON, à la princessOo Peste soit du petit brutal 1 J'auroi j bien envie de lui bailler un coup de poing.

LA PRINCESSE, k pari.

Cet orgueil me confond, et j'ai un tel dépit, que ;e no me sens pas t

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