‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 265 sur 266 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

je veux bien, pour te contenter, qu'il n'épouse pas la princesse Aglante.

Ahl Seigneur, vous me donnez la vie!

IPHITAS.

Mais, afin d'empêcher qu'il ne puisse être jamais à elle, il faut que tu le prennes pour toi.

Vous vous moquez, seigneur, et ce n'est pas ce qu'il demande.

EURYALE

Pardonnez-moi, madame, je suis assez téméraire pour cela, et je prends à témoin le prince voire père si ce n'est pas vous que j'ai demandée. C'est trop vous tenir dans l'erreur; il faut lever le masque, et, dussiez-vous vous en prévaloir contre moi, découvrir à vos yeux les véritables sentiments de mon cœur. Je n'ai jamais aimé que vous, et jamais je n'aimerai que vous. C'est vous, madame, qui m'avez enlevé cette qualité d'insensible que j'avois toujours affectée ; et tout ce que j'ai pu vous dire n'a été qu'une feinte qu'un mouvement secret m'a inspirée, et que je n'ai suivie qu'avec toutes les violences imaginables. Il falloit qu'elle cessât bientôt, sans doute, et je m'étonne seulement qu'elle ait pu durer la moitié d'un jour; car, enfin, je mourois, je brûlois dans l'âme, quand je vous déguisois mes sentiments; et jamais cœur n'a souffert une contrainte égale à la mienne. Que si celte feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis tout prêt de mourir pour vous en venger ; vous n'avez qu'à parler, et ma main sur-le-champ fera gloire d'exécuter l'arrêt que vous prononcerez.

Non, non, prince, je ne vous sais pas mauvais gré de m'avoir abusée ; et tout ce que vous m'avez dit, je l'aime bien mieux une feinte que non pas une vérité.

IPHITAS.

Si bien donc, ma fille, que tu veux bien accepter ce prince pour époux ?

Seigneur, je ne sais pas encore ce que je veux, ~^^nnez-

moi /e temps d'y songer, je vous prie, et m'épargnez un

peu la confusion où je suis.

IPHITAS,

Vous jugez, prince, ce que cela veut dire, et vous pouvez fonder i là- dessus.

EURYALE

Je l'attendrai tant qu'il vous plaira, madame, cet arrêt de ma destinée; et, s'il me condamne à la mort, je le suivrai sans murmure.

IPHITAS.

Viens, Moron. C'est ici un jour de paix, et je te remets en grâce avec la princesse.

MORON

Seigneur, je serai meilleur courtisan une autre fois, et je me garderai bien de dire ce que je pense.

SCÈNE III- - ARISTOMÈNE, THÉOCLE, IPHITAS, LA PRINCESSE, EURYALE, AGLANTE, CINTHIE MORON.

IPHITAS, aux princes de Messène et de Pyle.

Je crains bien, princes, que le choix de ma fille ne soit pas en votre faveur; mais voilà deux princesses qui peuvent bien vous consoler de ce petit malheur.

ARISTOMÈNE

Seigneur, nous savons prendre notre parti; et, si ces aimables princesses n'ont point trop de mépris pour des cœurs qu'on a rebutés, nous pouvons revenir par elles à l'honneur de votre alliance.

SCÈNE IV. — IPHITAS, LA PRINCESSE, AGLANTE, CYNTHIE, PllILIS, EURYALE, ARISTOMÈNE, TËOCLE, MORON.

PIIIT.IS, à Iphitas.

Seigneur, la déesse Vénus vient d'annoncer partout le changement du cœur de la princesse. Tous les pasteurs et

I Pour* fonder votre opinion. Ce mot ne se prend plus dans l'acception neutre.

CINQUIÈME INTERMÈDE 363

toutes les bergères en témoignent leur joie par des danses et des chansons ; et, si ce n'est point un spectacle que vous méprisiez, vous allez voir l'allégresse publique se répandre jusques ici.

CINQUIEME INTERMEDE

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