‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 264 sur 266 · ACTE V, SCENE L · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE L

SCÈNEH. — LAPRINCESSE, IPHITAS, EURYALE, AGLANTE, GYNTHIE, MORON.

0 ciel ! que vois-je ici 1

IPHITAS; à Euryale.

Oui, l'honneur de votre alliance m'est d'un prix très-considérable, et je souscris aisément de tous mes suffrages à la demande que vous me faites.

LA PRINCESSE, à Iphitas.

Seigneur, je me jette à vos pieds pour vous demander une grâce. Vous m'avez toujours témoigné une tendresse extrême, et je croi> vous devoir bien plus par les bontés que vous m'avez fait voir que par le jour que vous m'avez donné. Mais, si jamais vous avez eu de l'amitié pour moi, je vous en demande aujourd'hui la plus sensible preuve que vous me puissiez accorder; c'est de n'écouter point, seigneur, la demande de ce prince, et de ne pas souffrir que la princesse Aglante soit unie avec lui.

IPHITAS.

Et par quelle raison, ma fille, voudrois-tu t' opposer à cette

union?

Par raison que je hais ce prince, et que je veux, si je puis, traverser ses desseins.

IPHITAS.

Tu le hais, ma fille!

Oui, et de tout mon cœur, je vous l'avouo,

IPHITAS.

Et que t'a-t-il fait?

Il m'a méprisée.

IPHITAS.

Et comment?

11 ne m'a pas trouvée assez bien faite pour m'adresser ses vœux.

IPHITAS.

Et quelle offense te fait cela? tu ne veux accepter personne.

N'importe. Il me devoit aimer comme les autres, et me laisser au moins la gloire de le refuser. Sa déclaration me f;iit un affront; et ce m'est une honte sensible qu'à mes yeux, et au milieu oe votre cour, il a recherché une autre que moi.

IPHlTAS.

Mais quel intérêt dois-tu prendre à lui?

J'en prends, seigneur, à me venger de son mépris; et, comme je sais bien qu'il aime Aglante avecbeaucoup d'ardeur, je veux empêcher, s'il vous plaît, qu'il ne soit heureux avec elle.

IPHITAS.

Cela te tient donc bien au coeur?

Oui, seigneur, sans doute ; et, s'il obtient ce qu'il demande, vous me verrez expirer à vos yeux.

IPHITAS.

Va, va, ma fille, avoue franchement la chose. Le mérite de ce prince t'a fait ouvrir les yeux, et tu l'aimes enfin, quoi que tu puisses dire.

Moi, seigneur?

Oui, tu l'aimes.

IPHITAS.

Je l'aime, dites-vous? et vous m'imputez cette lâchetél 0 ciel ! quelle est mon infortune 1 Puis-je bien, sans mourii', entendre ces paroles? Et faut-il que je sois si malheureuse, qu'on me soupçonne de l'aimer? Ah I si c'éloit un autre que vous, seigneur, qui me tint ce discours, je ne sais pas ce que je ne ferois point I

IPHITAS

Et bien, oui, tu ne l'aimes pas. Tu le hais, j'y consens, et

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