‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 64 sur 266 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

SCÈNE IV. — ORANTE, GLIMÈNE, ERASTE, dans nn coin du théâtre sans être aperçu.

ORANTE

Tout le monde sera de mon opinion.

CLIJIÈNE.

Croyez-vous l'emporter par obstination?

CRANTE

Je pense mes raisons meilîeures que les vôtres.

CLIMÈNE

Je voudrois qu'on ouït les unes et les autres.

CRANTE, apercevant Érasto.

J'avise un homme ici qui n'est pas ignorant ; Il pourra nous juger sur notre dinérend. Marquis, de grâce, un mot, souffrez qu'on vous appelle Pour être entre nous deux juge d'une querelle. D'un débat qu'ont ému nos divers sentiments. Sur ce qui peut marquer les plus parfaits amants.

ÉRASTE

C'est une question à vider difficile,

Et vous devez chercher un juge plus habile.

CRANTE

Non, vous nous dites là d'inutiles chansons.

Votre esprit fait du bruit, et nous vous connoissons ;

'Nous savons que chacun vous donne ajuste titre...

ÉRASTE

Eh! de grâce...

CRANTE

En un mot, vous serez noire arbitre, Et ce sent deux moments qu'il vous faut nous donner.

CLIMÈNE, à Orante.

Vous retenez ici qui vous doit condamner. Car enfin, s'il est vrai ce que j'en ose croire, Monsieur à mes raisons donnera la victoire.

ÉRASTE, à part.

Que ne puis-je à mon traître inspirer le souci D'inventer quelque chose à me tirer d'ici 1

86 LES FACHKïJS

ORANTE à Climène.

Pour moi, de son esprit j'ai trop bon témoiensge, Pour craindre qu'il prononce à mon désavantage^

A Ëraste.

Enfin, ce grand débat qui s'allume entre nous Est de savoir s'il faut qu'un amant soit jaloux.

CLIMÈNE

Ou, pour mieux expliquer ma pensée et la vôtre, Lequel doit plaire plus d'un jaloux ou d'un autre.

orante; Pour moi, sans contredit, je suis pour le dernier.

CLIMÈNE

El, dans mon sentiment, je tiens pour le premier.

ORANTE

Je crois que notre cœur doit donner son suffrage A qui fait éclater du respect davantage.

CLIMÈNE

Et moi, que si nos vœux doivent paroître au jour, C'est pour celui qui fait éclater plus d'amour.

ORANTE

Oui ; mais on voit l'ardeur dont une âme est saisie Bien mieux dans le respect que dans la jalousie.

CLIMÈNE

Et c'est mon sentiment, que qui s'attache à nous Nous aime d'autant plus qu'il se montre jaloux.

CRANTE

Fi ! ne me parlez point, pour être amants, Climène, De ces gens dont l'amour est fait comme la haine, Et qui, pour tous respects et toute offre de vœux, Ne s'appliquent jamais qu'à se rendre fâcheux; Dont l'âme, que sans cesse un noir transport anime, Des nioindres actions chercfie à nous faire un cnme. En soumet l'innocence à son aveu^iement, El vent sur un coup d'œil un éclHircissement ; Qui, de quelque cha<ïrin nous voyant l'apparence, Se plriignent aussitôt qu'il naît de leur présence, El, lorsque dans nos yeux Drille un peu d'enjoùment, Veulent que leurs rivaux en soient le fondement ;

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