‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 65 sur 266 · ACTE Tl, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE Tl, SCÈNE IV

Enfin, qui, prenant droit des fureurs de leur zèle, Ne nous parlent jamais que pour faire querelle, O.-eiit défendre à tous l'approche de nos cœurs, Et se font les tyrans de leurs propres vainqueurs. Moi, je veux des amants que le respect inspire, Et leur soumission marque mieux noire empire.

CLIMÈNE

Fi ! ne me parlez point, pour être vrais amants,

De ces gens qui pour nous n'ont nuls emportements ;

De ces tièdes galants, de qui les cœurs paisibles

Tiennent déjà pour eux les choses infaillibles,

N'ont point peur de nous perdre, et laissent chaque jour

Sur trop de confiance endormir leur amour ;

Sont avec leurs rivaux en bonne intelligence,

Et laissent un champ libre à leur persévérance.

Un amour si tranquille excite mon courroux.

C'est aimer froidement que n'être point jaloux ;

Et je veux qu'un amant, pour me prouver sa flamme.

Sur d'éternels soupçons laisse flotter son âme.

Et par de prompts transports donne un signe éclatant

De l'estime qu'il fait de celle qu'il prétend.

On s'applaudit alors de son inquiétude ;

Et, s'il nous fait parfois un traitement trop rude,

Le plaisir de le voir, soumis à nos genoux,

S'excuser de l'éclat qu'il a fait contre nous.

Ses pleurs, son désespoir d'avoir pu nous déplaire,

Est un charme à calmer toute notre colère.

CRANTE

Si, pour vous plaire, il faut beaucoup d'emportement. Je sais qui vous pourroit donner contentement; Et je connais des gens dans Paris plus de quatre Qui, comme ils le font voir, aiment jusques à battre.

CLIMÈNE

Si, |>our vous plaire, il faut n'être jamais jaloux, Je sais certaines gens fort commodes pour vous ; Des hommes en amour d'une humeur si souffrante *, Qu'ils vous verroient sans peine entre les bras de trente.

' Pour : patiente à la souffrance. Archaïsme passé n« mode.

ORANTE

Enfin, par votre arrêt, vous devez déclarer Celui de qui l'amour vous semble à préférer. Orpbise paroit dans le fond du théâtre, et voit Éiastc eu'.ro Orante et Climène.

ÉRASTE

Puisqu'à moins d'un arrêt je ne m'en puis défaire, Toutes deux à la fois je vous veux satisfaire ; Et, pour ne point blâmer ce qui plaît à vos yeux, Le jaloux aime plus, et l'autre aime bien mieux.

CLIMÈNE

L'arrêt est plein d'esprit ; mais...

ÉRASTE

Suffit. J'en suis quitte.

Après ce que j'ai dit, souffrez que je vous quitte.

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