‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 68 sur 266 · ACTE TT, Sni5:NE VII · texte numérisé non relu

ACTE TT, Sni5:NE VII

Et sur lui, quoiqu'aux yeux il montrât beau semblant,

Petit-Jean de Gaveau ne montoit qu'en tremHant.

Une croupe en largeur à nulle autre pareille,

Et des gigots. Dieu sait! Bref, c'est une merveille:

Et j'en ai refusé cent pistoles, crois-moi,

Au retour d'un cheval amené pour le roi.

Je monte donc dessus, et ma joie étoit pleine

De voir filer de loin les coupeurs * dans la plaine ;

Je pousse, et je me trouve en un fort à l'écart,

A la queue de nos chiens, moi seul avec Drécar 2.

Une heure là-dedans notre cerf se fait battre.

J'appuie alors mes chiens, et fais le diable à quatre ;

Enfin jamais chasseur ne se vit plus joyeux.

Je le relance seul, et tout alloit des mieux,

Lorsque d'un jeune cerf s'accompagne le nôtre ;

Une part de mes chiens se sépare de l'autre ;

Et je les vois, marquis, comme tu peux penser,

Chasser tous avec crainte, et Finaud balancer :

Il se rabat soudain, dont j'eus l'âme ravie;

Il empaume la voie; et moi, je sonne et crie :

A Finaut! à Finaut! j'en revois 3 à plaisir

Sur une taupinière, et re-sonne ^ à loisir.

Quelques chiens revenoient à moi. quand, pour disgrâce,

Le jeune cerf, marquis, à mon campagnard passe.

Mon étourdi se met à sonner comme ii faut.

Et crie à pleine voix : Tayaut ! tayaut! tayaut !

Mes chiens me quittent tous, et vont à ma pécore ;

J'y pousse, et j'en revois dans le chemin encore ;

Mais à terre, mon cher, je n'eus pas jeté l'œil.

Que je connus le change et sentis un grand deuil.

' P'jur : les cb'ens cnupsntlpchptnin au cprf et prenant l'avance sur lui.

* DrCesr, piqueur renonitpé. (Note de Moliée.)

» Pour : je revois la (race

1 L'éililion d'Aimé Mnrtin porle résonne, c'esl-à-dire je retentis, ce qui n'a pas de s^ens. L'édition de M louanilre. iS52. portr raisonne, c'est-àdire je médite à loisir. Enfin l'é lition Diilol porte re soime. liçan qu" nous adoptons, et qui semble d'autant plus conlorme à la pen^ée de Molière, que le chasseur dit ensuite : « Quelques chiens revenaient à moi. k

J'ai beau lui faire voir toute les différences

Des pinces de mon cerf et de ses connoissances,

Il me soutient toujours, en chasseur ignorant,

Que c'est le cerf de meute ; et par ce ditl'érend

Il donne temps aux chiens d'aller loin. J'en enrage,

E\, pestant de bon cœur contre le personnage,

Je pousse mon cheval et par haut et par bas,

Qui plioit des gaulis * aussi gros que le bras :

Je ramène les chiens à ma première voie,

Qui vont, en me donnant une excessive joie,

Requérir notre cerf, connue s'ils l'eussent vu.

Ils le relancent ; mais ce coup est-il prévu ?

A te dire le vrai, cher marquis, il m'assomme;

Notre cerf relancé va passer à notre homme.

Qui, croyant faire un trait de chasseur fort vanté,

D'un pistolet d'ar(.'on qu'il avoit apporté.

Lui donne justement au milieu de la lôte,

El de fort loin me crie : — Ahl j'ai mis bas la bâte!

A-t-on jamais parlé de pistolet, bon Dieu I

Pour courre un cerf? Pour moi, venant dessus le lieu,

J'ai trouvé l'action tellement hors d'usage.

Que j'ai donné des deux à mon cheval, do rage,

Et m'en suis revenu chez mui toujours courant,

Sans vouloir dire lih mot à ce sot ignorant.

ÉnASTE.

Tu ne pouvois mieux faire, et ta prudence est rare : C'est ainsi des fâcheux qu'il faut qu'on se sépare. Adieu.

DOnANTE.

Quand tu voudras nous irons quelque part, Où nous ne craindrons point do chasseur campagnard.

JjaASTE, seul.

Fort bien. Je crois qu'enlin je perdrai paliencd. Cherchons à m'excuser avecquo diligence.

» Poui gaule, braiichaoc-

Page 1