‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 85 sur 266 · ACTE I, SCÈNE I H · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I H

Après mon procédé, je suis presque certain

Qu'on se contentera de s'en rire sous main :

Et peut-être qu'encor j'aurai cet avantage,

Que quelques bonnes gens diront : Que c'est dommage!

Mais de vous, cher compère, il en est autrement :

Je vous le dis encor, vous risquez diablement.

Comme sur les maris accusés de souffrance

De tout temps votre langue a daubé d'importance,

Qu'on vous a vu contre eux un diable déchaîné,

Vous devez marcher droit pour n'être point berné ;

Et, s'il faut que sur vous on ait la moindre prise,

Gare qu'aux carrefours on ne vous tympanise,

Et...

ARNOLPHE

Mon Dieu! notre ami, ne vous tourmentez point. Bien huppé qui pourra m'altraper sur ce point. Je sais les tours rusés et les subtiles trames Dont pour nous en planter savent user les femmes, Et comme on est dupé par leurs dextérités. Contre cet accident j'ai pris mes sûretés; Et celle que j'épouse a toute l'innocence Qui peut sauver mon front de maligne influence.

CHRYSALDE.

Et que prétendez-vous qu'une sotte, en un mot...

ARNOLPHE

Épouser une sotte est pour n'être point sot. Je crois, en bon clirétien, votre moitié fort sage ; Mais une femme habile est un mauvais présage : Et je sais ce qu'il coûte à de certaines gens Pour avoir pris les leurs avec trop de talens. Moi, j'irois me charger d'une spirituelle, Qui ne parleroit rien * que cercle et que ruelle; Qui de prose et de vers feroit de doux écrits, Et que visiteroient marquis et beaux esprits, Tandis que, sous le nom du mari de madame,

' Pour : qui ne dirait rien. Licence très-expressive, pas imiter.

fis L'ÉCOLE DES FE5IMES

Je serois comme un saint que pas un ne réclame! Non, non, je ne veux point d'un esprit qui soit haut; Et femme qui compose en sait plus qu'il ne faut. Je prétends que la mienne, en clarté peu sublime, Même ne sache pas ce que c'est qu'une rime; Et, s'il faut qu'avec elle on joue au corbillon, Et qu'on vienne à lui dire à son tour : Qu'y met-on? Je veux qu'elle réponde : Une tarte à la crème; En un mot, qu'elle soit d'une ignorance extrême : Et c'est assez pour elle, à vous en bien parler, De savoir prier Dieu, m'aimer, coudre, et filer.

CHRYSALDE.

Une femme stupide est donc votre marotte?

ARNOLPHE

Tant^ que j'aimerois mieux une laide bien sotie, Qu'une femme fort belle avec beaucoup d'esprit.

CHRYSALDE.

L'esprit et la beauté...

ARNOLPHE

L'honnêteté suffit.

CHRYSALDE.

Mais comment voulez-vous, après tout, qu'une bête Puisse jamais savoir ce que c'est qu'être honnête? Outre qu'il est assez ennuyeux, que je croi, D'avoir toute sa vie une bête avec soi. Pensez-vous le bien prendre, et que sur votre idée La sûreté d'un front puisse être bien fondée? Une femme d'esprit peut trahir son devoir ; Mais il faut, pour le moins, qu'elle ose le vouloir : Et la stupide au sien peut manquer d'ordinaire, Sans en avoir l'envie et sans penser le faire.

ARNOLPHE

A ce bel argument, à ce discours profond,

Ce que * Pantagruel à Panutge répond ?

Pressez -moi de me joindre à femme autre que sotte:

^ Pour : je réponds ce que. Ullipse considérable, et que pertouuc iwêO parmcttrait plus.

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