‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 1 sur 141 · Oeuvres complètes de J. de La Bruyère · texte numérisé non relu

Oeuvres complètes de J. de La Bruyère

Après tant de travaux dont les Caractères de La Bruyère ont été l'objet dans ces dernières années, il a semblé qu'il restait à faire une édition qui, sous une forme nette et précise, recueillit tous les résultats acquis, après les avoir soumis à une critique sévère.

C'est ce qu'a entrepris le nouvel éditeur.

Il a fait de ses notes deux parts distinctes : l'une consacrée à l'historique du texte, à ses accroissements ou remaniements successifs, dont il est parlé dans la Notice bibliographique, § II ; l'autre destinée à élucider, au point de vue littéraire et historique, le texte définitif, tel qu'il a été constitué par les S" et 9'= éditions, les dernières données par l'auteur. Les renvois à la 1"^^ partie de ces notes sont faits par des lettres supérieures, les renvois à la 2^ partie par des chiffres.

C'est dans cette 2^ partie que l'on trouvera, contrôlées

avec soin, toutes les indications fournies, sur les allusions

réelles ou supposées du texte, par les Clefs du xvii« et

du XVIII' siècle, par les commentateurs du xix* et par

Il AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR.

les auteurs d'études spéciales sur La Bruyère. Le nouvel éditeur s'est abstenu de notes admiratives ou critiques, qui ne sont à leur place que dans une édition destinée aux classes, comme celle de M. Hémardinquer; mais il a donné tous les rapprochements qu'il a jugés de nature à faire ressortir la pensée de La Bruyère, soit par la ressemblance, soit par le contraste.

Il s'est fait une loi d'alléger autant que possible cette 2' partie des notes, pour ne pas « faire périr le texte sous le commentaire, » comme dit fort bien son auteur [De quelques usages, n° 72) : aussi a-t-il rejeté au Lexique les remarques sur la langue. Mises à part, ces remarques lui ont paru avoir le double avantage de dégager le commentaire et de former un tout qui porte avec soi son instruction. Ce Lexique permet en effet de faire sur La Bruyère une étude de langue, comme le commentaire une étude de littérature et d'histoire.

Le nouvel éditeur a cru devoir apporter un soin tout particulier à la révision de la traduction de Théophraste. On a beau retraduire cet écrivain : malgré le zèle obscur de quelques hellénistes qui ont pris ce soin, il n'y a et il n'y aura jamais qu'une traduction de Théophraste, c'est celle qu'en a donnée La Bruyère. Les savants lisent Théophraste dans le texte; c'est dans La Bruyère et pas ailleurs que les lettrés voudront toujours le lire, et cela non sans raison; mais il n'est pas inutile d'avertir ces derniers des erreurs que contient cette version et des nombreuses libertés que s'est permises le traducteur. On trouvera ces erreurs relevées en note, ces libertés indiquées par des caractères italiques. Le texte, ainsi présenté en italiques,

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR. m

peut devenir le sujet d'une intéressante étude de style : on y verra l'essai et pour ainsi dire la première épreuve de ces tours ingénieux et variés qui abondent dans le livre des Caractères.

Quant à la place donnée ici à cette traduction, elle est, non pas celle des éditions originales, mais celle de presque toutes les éditions modernes. Par un scrupule de modestie, La Bruyère a cru devoir, dans toutes ses éditions, céder le pas à l'auteur qui lui avait donné l'idée de son livre. Mais la postérité, qui a mis l'imitation bien audessus du modèle, n'entre pas dans ces considérations. Sans dédaigner le livre de Théophraste, c'est à celui de La Bruyère qu'elle assigne la place d'honneur; c'est ce livre que tout lecteur va d'abord chercher : et cela est si vrai, que La Bruyère lui-même avait fini par laisser imprimer Théophraste en plus petits caractères que son propre livre.

Pour l'orthographe, l'éditeur a suivi celle qui est généralement adoptée dans les éditions données aujourd'hui des classiques du xvii^ siècle. Ce n'est pas celle de La Bruyère, et plus d'une fois le lecteur en est averti dans les notes dites Historique du texte. Une édition qui, comme celle de M. Asselineau, reproduit exactement l'orthographe de La Bruyère, ou du moins celle des typographes de son temps, peut être utile pour l'histoire, qui est encore à faire, de l'orthographe en France. C'est même peut-être la seule manière de publier les textes du xvii^ siècle qui conviendrait, si l'étude historique de la langue française était plus avancée et plus répandue. Mais, dans l'état actuel de nos études sur notre propre langue, il a semblé

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