‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 104 sur 141 · Sur le mot République chez La Bruyère, vojez le Lexique · texte numérisé non relu

Sur le mot République chez La Bruyère, vojez le Lexique

2. Les enseignes furent, sous Louis XIV, l'objet de diverses modifications qui produisirent plusieurs fois de l'agitation parmi les marchands de Paris. Le lieutenant de police de la Rcynie essaya vainement de supprimer les enseignes qui s'avançaient en saillie sur la rue. Tout ce qu'il put obtenir (et ce ne fut ni sans difBcultés, ni sans contestations), c'est que les enseignes saillantes fussent réduites à des proportions déterminées. (Voyez de la Mare, Traité de la police, t. IV, p. 332-337.) — « Dion nous dit que le peuple romain étoit indigné contre Auguste, à cause de certaines lois trop dures qu'il avoit faites ; mais que, sitôt qu'il eut fait revenir le comédien Pylade, que les factions avoient chassé de la ville, le mécontentement cessa. Un peuple pareil sentoit plus vivement la tyrannie lorsqu'on chassoit un baladin que lorsqu'on lui ôtoit toutes ses lois. » (Montesquieu, Esprit des lois, XIX, 3.)

3ii DU SOUVERAIN

plus grands maux. Il y a d'autres maux qui sont tels seulement par leur établissement, et qui étant dans leur origine un abus ou un mauvais usage, sont moins pernicieux dans leurs suites et dans la pratique qu'une loi plus juste ou une coutume plus raisonnable*. L'on voit une espèce de maux que l'on peut corriger par le changement ou la nouveauté, qui est un mal, et fort dangereux. Il y en a d'autres cachés et enfoncés comme des ordures dans un cloaque, je veux dire ensevelis sous la honte, sous le secret et dans l'obscurité : on ne peut les fouiller et les remuer qu'ils n'exhalent le poison et l'infamie ; les plus sages doutent quelquefois s'il est mieux de connoitre ces maux que de les ignorer \ L'on tolère quelquefois dans un État un assez grand mal, mais qui détourne un million de petits maux ou d'inconvénients, qui tous seroient inévitables et irrémédiables. Il se trouve des maux dont chaque particulier gémit, et qui deviennent néanmoins un bien public, quoique le public ne soit autre chose que tous les particuliers. Il y a des maux personnels qui concourent au bien et à l'avantage de chaque famille. Il y en a qui affligent, ruinent ou déshonorent les familles, mais qui tendent au bien et à la conservation de la machine de l'État et du gouvernement. D'autres maux renversent des

^ Cette dernière phrase, depuis : « Il y en a d'autres cachés, » a été ajoutée dans la 5* édition.

1. « Je suis desgousté de la nouuelleté, quelque visage qu'elle porte ; et ay raison, car j'en ay veu des effects très-dommageables... 11 y a grand double s'il se peult trouuer si euident proufit au changement d'une loy receue, telle qu'elle soit, qu'il y a du mal à la remuer. » (Montaigne, Essais, I, 22. Voir aussi III, 9.) — « On sent les abus anciens, on en voit la correction, mais on voit encore les abus de la correction même. On laisse le mal, si l'on craint le pire; on laisse le bien, si on est en doute du mieux. » (Montesquieu, Préface de l'Esprit des lois.)

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États, et sur leurs ruines en élèvent de nouveaux. On en a vu enfin qui ont sapé par les fondements de grands empires, et qui les ont fait évanouir de dessus la terre, pour varier et renouveler la face de l'univers ^

[8] Qu'importe à l'État qu'Ergaste soit riche, qu'il ait des chiens qui arrêtent bien, qu'il crée les modes sur les équipages et sur les habits, qu'il abonde en superfluités*? Où il s'agit de l'intérêt et des commodités de tout le public, le particulier est-il compté? La consolation des peuples dans les choses qui lui pèsent un peu est de savoir qu'ils soulagent le prince, ou qu'ils n'enrichissent que lui : ils ne se croient point redevables à Ergaste de l'embellissement de sa fortune ^.

[9] La guerre a pour elle l'antiquité; elle a été dans tous les siècles : on l'a toujours vue remplir le monde de veuves et d'orphelins, épuiser les familles d'héritiers, et faire périr les frères à une même bataille. Jeune SoyecourM je regrette ta vertu, ta pudeur, ton esprit déjà

* Édition 4^.

'' Édition 8«.

1. Il chasse, il boit, il joue, il bat des paysans ; Ce noble enseveli dans un fond de province, A charge à sa patrie, inutile à son prince. Sans l'état malheureux où les flatteurs l'ont mis, Feroit grâce aux perdreaux et peur aux ennemis.

(BoDRSAULT, les Fubles d'Esope, III, 5.)

2. Le chevalier de So3-ecourt, capitaine des gendarmes-Dauphin, fut blessé à la bataille de Fleurus (l" juillet 1690) et mourut deux jours après. Son frère aîné, le marquis de Soj^ecourt, colonel du régiment de Vermandois, avait été tué dans la même bataille. La Bruyère était ami de la famille de Soyecourt, comme M™^ de Sévigné, qui, dans sa lettre du 12 juillet 1690, parle du double coup dont venait d'être frappée M™* de Saucourt (on prononçait ainsi le nom de Soyecourt).

mûr, pénétrant, élevé, sociable ; je plains celte mort prématurée qui te joint à ton intrépide frère, et t'enlève à une cour où tu n'as fait que te montrer : malheur déplorable, mais ordinaire " ! De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s'égorger les uns les autres •" * ; et pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté, ils ont inventé de belles règles qu'on appelle l'art militaire ; ils ont attaché à la pratique de ces règles la gloire ou la plus solide réputation ; et ils ont depuis enchéri de siècle en siècle sur la manière de se détruire réciproquement. De l'injustice des premiers hommes, comme de son unique source, est venue la guerre, ainsi que la nécessité où ils se sont trouvés de se donner des maîtres qui fixassent leurs droits et leurs prétentions. Si, content du sien, on eût pu s'abstenir du bien de ses voisins, on avoit pour toujours la paix et la liberté'.

[10] Le peuple paisible dans ses foyers, au milieu des oiens, et dans le sein d'une grande ville où il n'a rien à craindre ni pour ses biens ni pour sa vie, respire le feu et le sang, s'occupe de guerres, de ruines, d'embrasements

' L'apostrophe à Soyecourt est de la Q" édition. Dans la 4« et la 5% l'alinéa commençait ainsi : « La guerre a pour elle l'antiquité. Elle a été de tous les siècles : de tout temps les hommes... »

'' « Se dépouiller, brûler, tuer, égorger les uns les autres. » (Édit. 4*-5*.)

= Édition A".

1. « Les hommes sont tous frères et ils s'entre-déchirent; les bêtes farouches sont moins cruelles. Il faut que tout périsse, que tout nage dans le sang, que tout soit dévoré par les flammes, que ce qui est échappe au fer et au feu ne puisse échapper à la faim encore plus cruelle, afin qu'un seul homme, qui se joue de la nature humaine entière, trouve dans cette destruction générale son plaisir et sa gloire. » (Fénelon, Télémaque, liv. XVJL)

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et de massacres, souffre impatiemment que des armées qui tiennent la campagne ne viennent point à se rencontrer, ou si elles sont une fois en présence, qu'elles ne combattent point, ou si elles se mêlent, que le combat ne soit pas sanglant et qu'il y ait moins de dix mille bommes sur la place. 11 va même souvent jusques à oublier ses intérêts les plus chers, le repos et la sûreté, par l'amour qu'il a pour le changement, et par le goût de la nouveauté ou des choses extraordinaires. Quelques-uns consentiroient à voir une autre fois les ennemis aux portes de Dijon ou de Gorbie S à, voir tendre des chaînes et faire des barricades, pour le seul plaisir d'en dire ou d'en apprendre la nouvelle \

[11] Démophile ^, à ma droite, se lamente et s'écrie : (( Tout est perdu, c'est fait de l'État; il est du moins sur

^ Édition 4«.

1. Il y avait eu un siège de Dijon qui remonte aux premières années du xvi« siècle, sous François I" (1515) : 30,000 Allemands, Suisses et Franc- Comtois investirent cette ville, qui eût sans doute dû ouvrir ses portes, s'il n'était intervenu un projet de traité entre les assiégeants et La Trémoille. Mais il est plus probable qu'il est fait ici allusion à l'invasion de la Bourgogne et de la Picardie par les Impériaux en 1636, et à la prise de Corbie, qui fait le sujet d'une des principales Lettres de Voiture : « Tout est en feu, écrivait-il, jusque sur les bords de la rivière d'Oise ; nous pouvons voir de nos faubourgs la fumée des villages qu'ils nous brûlent; tout le monde prend l'alarme, et la capitale ville du royaume est dans l'effroi. » Tout devait bientôt changer de face, grâce à l'énergie de Richelieu et aux victoires de La Meilleraye, Chàiillon, Guébriant et Condé.

2. Démophile, et plus loin BasiUde , désignent, selon quelques clefs, les frondeurs et les anti-frondeurs, comme s'il s'agissait de la Fronde au temps de La Bruyère. — Selon d'autres clefs, BasiUde est un nouvelliste. On peut, sous ce dernier point de vue, le seul admissible, comparer ce passage au chapitre de Thcophraste sur le grand Parleur ou le Débit des nouvelles. Seulement La Bruyère distingue le nouvelliste mécontent et pessimiste {Démophile) et le nouvelliste enthousiaste et fiévreux {BasiUde).

le penchant de sa ruine. Gomment résister à une si forte et si générale conjuration*? Quel moyen, je ne dis pas d'être supérieur, mais de suffire seul à tant et de si puissants ennemis? Cela est sans exemple dans la monarchie. Un héros, un Achille y succoniberoit. On a fait, ajoutet-il, de lourdes fautes : je sais bien ce que je dis, je suis du métier, j'ai vu la guerre, et l'histoire m'en a beaucoup appris. » Il parle là-dessus avec admiration d'Olivier le Daim et de Jacques Cœur : « C'étoient là des hommes, dit-il, c'étoient des ministres^. » Il débite ses nouvelles, qui sont toutes les plus tristes et les plus désavantageuses que l'on pourroit feindre : tantôt un parti des nôtres a été attiré dans une embuscade et taillé en pièces; tantôt quelques troupes renfermées dans un château se sont rendues aux ennemis à discrétion, et ont passé par le fil de l'épée; et si vous lui dites que ce bruit est faux et qu'il" ne se confirme point, il ne vous écoute pas, il ajoute qu'un tel général a été tué; et bien qu'il soit vrai qu'il n'a reçu qu'une légère blessure, et que vous l'en assuriez, il déplore sa mort, il plaint sa veuve, ses enfants, l'État; il se plaint lui-même : il a perdu un bon ami et une grande protection. Il dit que la cavalerie allemande est invincible; il

" Qu'il ajouté dans la 7'- édition.

1. Voyez le Lexique. — C'est une allusion à la Ligue d'Augsbourg, c'està-dire à la coalition de l'Empire, de l'Espagne, de la Hollande, de l'Angleterre, de la Suède et de la Savoie contre la France. Cet alinéa a été publié en 1001, pondant la guerre de la Ligue dWugsbourg.

2. Il faut remarquer que c'est Busilide qui parle, et non pas La Bruyère. Cela explique comment Olivier le Daim et Jacques Cœur sont mis sur la même ligne, et comment ils sont tous les deux appelés ministres, bien qu'ils n'aient et'-, Van auprès de Louis XI, l'autre auprès de Charles VII, que des confidents, tout au plus des coaseillers chargés de quelques négociations diplomatiques.

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pâlit au seul nom des cuirassiers de l'Empereur. « Si l'on attaque cette place, continue -t-il, on lèvera le siège. Ou l'on demeurera sur la défensive sans livrer de combat ; ou, si on le livre, on le doit perdre ; et, si on le perd, voilà l'ennemi sur la frontière. » Et comme Démophile le fait voler S le voilà dans le cœur du royaume : il entend déjà sonner le beffroi des villes, et crier à l'alarme; il songe à son bien et à ses terres : où conduira-t-il son argent, ses meubles, sa famille? où se réfugiera-t-il ? en Suisse ou à Venise " ? Mais, à ma gauche, Basilide met tout d'un coup sur pied une armée de trois cent mille hommes ; il n'en rabattroit pas une seule brigade : il a la liste des escadrons et des bataillons, des généraux et des officiers ; il n'oublie pas l'artillerie ni le bagage. Il dispose absolument de toutes ces troupes : il en envole tant en Allemagne et tant en Flandre ; il réserve un certain nombre pour les Alpes, un peu moins pour les Pyrénées, et il fait passer la mer à ce qui lui reste. Il connoît les marches de ces armées, il sait ce qu'elles feront et ce qu'elles ne feront pas; vous diriez qu'il ait l'oreille du prince ou le secret du ministre. Si les ennemis viennent de perdre une bataille ' où il soit demeuré sur la place quelques neuf à dix mille hommes des leurs, il en compte jusqu'à trente mille, ni plus ni moins; car ses nombres sont toujours fixes et certains, comme de celui qui est bien informé. S'il apprend le matin que nous avons perdu une bicoque, non-seulement

" Édition 6*.

1. Montesquieu a imite, en la forçant, l'expression originale de La Bruyère : « Les nouvellistes font voler les armées comme des grues. » {Lettres persanes. 130.)

2. Allusion à la bataille de Flcurus, gagnée le 1" juillet 1690 par le maréchal de Luxembourg.

il envoie s'excuser à ses amis qu'il a la veille conviés' à dîner, mais même ce jour-là il ne dîne point, et s'il soupe, c'est sans appétit. Si les nôtres assiègent une place trèsforte', très-régulière, pourvue de vivres et de munitions, qui a une bonne garnison, commandée par un homme d'un grand courage, il dit que la ville a des endroits foibles et mal fortifiés, qu'elle manque de poudre, que son gouverneur manque d'expérience, et qu'elle capitulera après huit jours de tranchée ouverte. Une autre fois il accourt tout hors d'haleine, et après avoir respiré un peu : « Voilà, s'écrie-t-il, une grande nouvelle ; ils sont défaits, et à plate couture; le général, les chefs, du moins une bonne partie, tout est tué, tout a péri. Voilà, continue-t-il, un grand massacre, et il faut convenir que nous jouons d'un grand bonheur. » Il s'assied, il souffle, après avoir débité sa nouvelle, à laquelle il ne manque qu'une circonstance, qui est qu'il est certain qu'il n'y a point eu de bataille''. 11 assure d'ailleurs qu'un tel prince renonce à la ligue et quitte ses confédérés, qu'un autre se dispose à prendre le même parti; il croit fermement avec la populace qu'un troisième est mort - : il nomme le lieu où il est enterré ; et quand on est détrompé aux halles et aux faubourgs, il parie encore pour l'affirmative. II sait, par une voie indu-

' « Convié » dans toutes les éditions originales.

^ « Qui est qu'il y ait eu une bataille. » (10* édition et édition Coste.) Cette variante n'est dans aucune des éditions originales.

1. Allusion au siège de Mons, dirige par Vauban. Louis XIV entra dans cette ville le 9 avril 1691.

2. En juillet 1690, le bruit de la mort de Guillaume III se répandit à, Paris. De là des accès de joie insensés. « Les plus grands soigneurs subissoicnt comme les autres cette folie, qui étoit tournée en fureur... et que la police eut grand peine à faire cesser. » (Saint-Simon, notes sur \es Mémoires de Dangeau, t. III, p. 183; Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. xv.)

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bitable, que T. K. L. ^ fait de grands progrès contre l'Empereur"; que le Grand Seigneur Sirme puissamment, ne veut point de paix, et que son vizir va se montrer une autre fois aux portes de Vienne -. Il frappe des mains, et il tressaille sur cet événement, dont il ne doute plus. La triple alliance^ chez lui est un Cerbère, et les ennemis autant de monstres à assommer. Il ne parle que de lauriers, que de palmes, que de triomphes et que de trophées. Il dit dans le discours famiher : Notre auguste Héros, notre grand Potentat, notre invincible Monarque. Réduisez-le, si vous pouvez, à dire simplement : Le Roi a beaucoup d'ennemis, ils sont puissants, ils sont unis, ils sont aigris : il les a vaincus, f espère toujours qu'il les pourra vaincre. Ce style, trop ferme et trop décisif pour Démophile, n'est pour Basilide ni assez pompeux ni assez exagéré; il a bien d'autres expressions en tête : il travaille aux inscriptions des arcs et des pyramides qui doivent orner la ville capitale un jour d'entrée ; et dès qu'il entend dire que les armées sont en présence, ou qu'une place est investie, il fait déplier sa robe et la mettre à l'air, afin qu'elle soit toute prête pour la cérémonie de la cathédrale ''.

[12] Il faut que le capital d'une affaire qui assemble

" « Contre l'Empire. » Édition 6".

1. Le Hongrois Tekeli, en révolte contre l'empereur d'Autriche, avait remporté une victoire le 21 août 1690.

2. Allusion au siège de Vienne par le grand vizir Kara-Mustapha, en

3. Triple alliance, nom donné à deux ligues formées à la Haye contre la France : 1° en 1668, entre la Hollande, l'Angleterre et la Suède; 2° en 1673, entre l'Empire, l'Espagne et la Hollande.

dans une ville les plénipotentiaires ou les agents des couronnes et des républiques, soit d'une longue et extraordinaire discussion, si elle leur coûte plus de temps, je ne dis pas que les seuls préliminaires, mais que le simple règlement des rangs, des préséances et des autres cérémonies \

Le ministre ou le plénipotentiaire est un caméléon, est un Protée ^. Semblable quelquefois à un joueur habile, il ne montre ni humeur ni complexion*, soit pour ne point donner lieu aux conjectures ou se laisser pénétrer, soit pour ne rien laisser échapper de son secret par passion ou par foiblesse. Quelquefois aussi il sait feindre le caractère le plus conforme aux vues qu'il a et aux besoins où se trouve, et paroître tel qu'il a intérêt que les autres croient qu'il est en effet. Ainsi dans une grande puissance, ou dans une grande foiblesse qu'il veut dissimuler, il est ferme et inflexible, pour ôter l'envie de beaucoup obtenir; ou il est facile, pour fournir aux autres les occasions de lui demander, et se donner la même licence. Une autre fois, ou il est profond et dissimulé, pour cacher une vérité en l'annonçant, parce qu'il lui importe qu'il l'ait dite, et qu'elle ne soit pas crue; ou il est franc et ouvert, afin que, lorsqu'il dissimule ce qui ne doit pas être su, l'on croie néanmoins qu'on n'ignore rien de ce que l'on veut savoir, et que l'on se persuade qu'il a tout dit. De même, ou il est vif et grand parleur, pour faire parler les autres, pour empêcher qu'on ne lui parle de ce qu'il ne veut pas ou de ce qu'il ne doit pas savoir, pour dire plusieurs choses

» Edition 4*.

•" « Prothée » dans les éditions originales.

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