‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 131 sur 141 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

[28] ... Il disoit que l'esprit dans cette belle personne étoit un diamant bien mis en œuvre, et continuant de parler d'elle : a C'est, ajoutoit-il, comme une nuance de raison et d'agrément qui occupe les yeux et le cœur de ceux qui lui parlent; on ne sait si on l'aime ou si on l'admire ; il y a en elle de quoi faire une parfaite amie, il y a aussi de quoi vous mener plus loin que l'amitié. Trop jeune et trop fleurie pour ne pas plaire, mais trop modeste pour songer à plaire, elle ne tient compte aux hommes que de leur mérite, et ne croit avoir que des amis. Pleine de vivacités et capable de sentiments, elle surprend et elle inté-

'■' « Si différentes. » (Édit. 4'-7*.) ^ Édition 4«.

<= « Ou le vice. » (Édit. 4''.) <* Éditions 4*-7*.

resse; et sans rien ignorer de ce qui peut entrer de plus délicat et de plus fin dans les conversations, elle a encore ces saillies heureuses qui entre autres plaisirs qu'elles font, dispensent toujours de la réplique. Elle vous parle comme celle qui n'est pas savante, qui doute et qui cherche à s'éclaircir; et elle vous écoute comme celle qui sait beaucoup, qui connoît le prix de ce que vous lui dites, et auprès de qui vous ne perdez rien de ce qui vous échappe. Loin de s'appliquer à vous contredire avec esprit, et d'imiter Elvire, qui aime mieux passer pour une femme vive que marquer du bon sens et de la justesse, elle s'approprie vos sentiments, elle les croit siens, elle les étend, elle les embellit : vous êtes content de vous d'avoir pensé si bien, et d'avoir mieux dit encore que vous n'aviez cru. Elle est toujours au-dessus de la vanité, soit qu'elle parle, soit qu'elle écrive : elle oublie les traits où il faut des raisons; elle a déjà compris que la simplicité est éloquente. S'il s'agit de servir quelqu'un et de vous jeter dans les mêmes intérêts, laissant à Elvire les jolis discours et les belleslettres, qu'elle met à tous usages, Arténice n'emploie auprès de vous que la sincérité, l'ardeur, l'empressement et la persuasion. Ce qui domine en elle, c'est le plaisir de la lecture, avec le goût des personnes de nom et de réputation, moins pour en être connue que pour les connoître. On peut la louer d'avance de toute la sagesse qu'elle aura un jour, et de tout le mérite qu'elle se prépare par les années, puisque avec une bonne conduite elle a de meilleures intentions, des principes sûrs, utiles à celles qui sont comme elle exposées aux soins et à la flatterie; et qu'étant assez particulière^ sans pourtant être farouche,

\. Voyez le Lexique.

ayant même un peu de penchant pour la retraite, il ne lui sauroit peut-être manquer que les occasions, ou ce qu'on appelle un grand théâtre, pour y faire briller toutes ses vertus"'. »

[29j Une belle femme est aimable dans son naturel;

« Edition 8^

I. On sait qui est cette Arléiiice, à qui est consacré ce fragment de panégyrique et dont le nom est l'anagramme de Caterine. C'est Catherine Turgot, mariée en premières noces à Gilles d'Aligre, seigneur de Boislandry, conseiller au parlement, et depuis à M. de Chevilly, capitaine aux gardes. Nous avons ici l'autorité d'un contemporain. On lit dans une note d'une Lettre à M""^ Z)"% qui est au t. P"", p. 34 des OEuvres de Chaulieu (La Haye, 1774, in-g") : « Cette lettre est adressée à M"" d'Aligre, fille de M. Saint-Clair Turgot, doyen du conseil. M. de La Bruyère l'a célébrée dans ses Caractères sous le nom d'Arténice, et c'est pour elle que l'amour m'a dicté une infinité de vers que j'ai faits. C'ctoit, en efïet, une des plus jolies femmes que j'aie connues, qui joignoii à une figure très-aimable la douceur de l'humeur et tout le brillant de l'esprit. Personne n'a jamais écrit mieux qu'elle, et peu aussi bien. » La Bruyère publiait ce fragment (8*^ édition, 169 i) un an après un procès scandaleux intenté par M. d'Aligre de Boislandry à sa femme, procès qui fut suivi d'une séparation judiciaire, mais où la culpabilité de M"'"^ de Boislandry ne fut pas prouvée. Ce n'est qu'à partir de 1694 qu'elle paraît avoir noué diverses relations, dont la première fut avec Chaulieu. Elle n'avait encore que vingt et un ans et le poëte en avait cinquante-quatre. On croit généralement que La Bruyère a voulu, dans C2 morceau, venger M""= de Boislandry des odieux procédés de son mari, et l'hommage rendu par La Bruyère à M™* de Boislandry a fait supposer à M. Walckenaer {Notes et éclaircissements) que « cette parfaite amie du sévère moraliste avait réussi à le mener plus loin que l'amitié, n M.Edouard Fournier {Comédie de La Bruyère, p. 447-475) n'est pas de cet avis : selon lui, « l'ironie est là, comme partout, cachant sa pointe dans la fleur de la louange et se faisant un poison de son parfum. » 11 faut avouer que, s'il en est ainsi, le poison est bien subtil et que le parfum est bien exquis. Il est probable que les lecteurs de 1694 firent comme Chaulieu, et virent dans ce fragment un éloge délicat et non une satire détournée. Il résulte des recherches minutieuses de M. Fournier sur M""= de Boislandry que son amie, VElvire du fragment de La Bruyère, était M"*" de la Force, sous le nom de qui Chaulieu lui écrira plus tard, après une rupture. M"« de la Force mettait en efl'ct les belles-lettres à tous usages. Parmi ses ouvrages, on cite des romans et des chansons. Au contraire, il n'est rien resté de M""= de Boislandry, dont le style était si vanté par Chaulieu.

elle ne perd rien à être négligée, et sans autre parure que celle qu'elle tire de sa beauté et de sa jeunesse. Une grâce naïve éclate sur son visage, anime ses moindres actions : il y auroit moins de péril à la voir avec tout l'attirail de l'ajustement et de la mode. De même un homme de bien est respectable par lui-même, et indépendamment de tous les dehors dont il voudroit s'aider pour rendre sa personne plus grave et sa vertu plus spécieuse*. Un air réformé, une modestie outrée, la singularité de l'habit, une ample calotte, n'ajoutent rien à la probité, ne relèvent pas le mérite; ils le fardent, et font peut-être qu'il est moins pur et moins ingénu*-.

Une gravité trop étudiée devient comique; ce sont comme des extrémités qui se touchent et dont le milieu est dignité; cela ne s'appelle pas être grave, mais en jouer le personnage; celui qui songe à le devenir ne le sera jamais : ou la gravité n'est point, ou elle est naturelle; et il est moins difficile d'en descendre que d'y monter''.

[30] Un homme de talent et de réputation, s'il est chagrin et austère, il effarouche les jeunes gens, les fait

' Édition 5*.

^ Édition 6«.

1. « ... 11 me semble que toutes façons escartecs et particulières partent plustost de folie ou d'affectation ambitieuse que de vraye raison, w (Montaigne, Essais, I, 22.)

'2. Allusion, selon les clefs, au premier président de Harlay. « Un habit peu ample, un rabat presque d'ecclésiastique et des manchettes plates comme eux, une perruque fort brune et fort mêlée de blanc, touffue, mais courte, avec une grande calotte par-dessus. Il se tenoit et marchoit un peu courbé, avec un faux air plus humble que modeste. » (Saint- Simon, t. I, p. 143.)

penser mal de la vertu, et la leur rend suspecte d'une trop grande réforme et d'une pratique trop ennuyeuse. S'il est au contraire d'un bon commerce, il leur est une leçon utile ; il leur apprend qu'on peut vivre gaiement et laborieusement, avoir des vues sérieuses sans renoncer aux plaisirs bonnètes; il leur devient un exemple qu'on peut suivre '\

[31] La physionomie n'est pas une règle qui nous soit donnée pour juger des hommes : elle nous peut servir'' de conjecture ^

[32] L'air spirituel est dans les hommes ce que la régularité des traits est dans les femmes : c'est le genre de beauté où les plus vains puissent aspirer'' ^

[33] Un homme qui a beaucoup de mérite et d'esprit, et qui est connu pour tel, n'est pas laid, même avec des traits qui sont difformes; ou s'il a de la laideur, elle ne fait pas son impression^.

[3/i] Combien d'art pour rentrer dans la nature! combien de temps, de règles, d'attention et de travail pour

" Édition G*".

'' « Elle peut nous servir. » (Édit. 4*=.)

'' Édition 4''.

'^ Édition 4-.

" Édition i".

\. Allusion, selon les clefs, à Pellisson, dont Guilleragucs disait un jouidevant M"'« de Sévigné « qu'il abusait de la permission qu'ont les hommes d'être laids. » — « Une petite vérole lui déchiqueta les joues et lui déplara presque les yeux... Mais, avec toute sa laideur, il n'avoit pour plaire qu'à parler. » (D'Olivet, Histoire de l'Académie française.) Pellisson, qui mourut en 1693, vivait encore au moment où parut cet alinéa.

danser avec la même liberté et la même grâce que l'on sait marcher; pour chanter comme on parle; parler et s'exprimer comme l'on pense; jeter autant de force, de vivacité, de passion et de persuasion dans un discours étudié et que l'on prononce dans le public, qu'on en a quelquefois naturellement et sans préparation dans les entretiens les plus familiers^

[35] Ceux qui, sans nous connoître assez, pensent mal de nous, ne nous font pas de tort : ce n'est pas nous qu'ils attaquent, c'est le fantôme de leur imagination.

[36] Il y a de petites règles, des devoirs, des bienséances attachées'' aux lieux, aux temps, aux personnes, qui ne se devinent point à force d'esprit, et que l'usage apprend sans nulle peine : juger des hommes par les fautes qui leur échappent en ce genre avant qu'ils soient assez instruits, c'est en juger par leurs ongles ou par la pointe de leurs cheveux; c'est vouloir un jour être détrompé.

[37] Je ne sais s'il est permis de juger des hommes par une faute qui est unique, et si un besoin extrême, ou une violente passion, ou un premier mouvement tirent à conséquence *=

[38] Le contraire des bruits qui courent des affaires ou des personnes est souvent la vérité''.

^ Édition 7«.

•• Orthographe de toutes les éditions originales.

«= Édition 6«.

^ Édition 4^

[39] Sans une grande roideur et une continuelle attention à toutes ses paroles, on est exposé à dire en moins d'une heure le oui et le non sur une même chose ou sur une même personne, déterminé seulement par un esprit de société et de commerce qui entraîne naturellement à ne pas contredire celui-ci et celui-là qui en parlent différemment'.

[hO] Un homme partial est exposé à de petites mortifications; car, comme il est également impossible que ceux qu'il favorise soient toujours heureux ou sages, et que ceux contre qui il se déclare soient toujours en faute ou malheureux, il naît de là qu'il lui arrive souvent de perdre contenance dans le public, ou par le mauvais succès de ses amis, ou par une nouvelle gloire qu'acquièrent ceux qu'il n'aime point*".

[hï] Un homme sujet à se laisser prévenir, s'il ose remplir une dignité ou séculière ou ecclésiastique, est un aveugle qui veut peindre, un muet qui s'est chargé d'une harangue, un sourd qui juge d'une symphonie : foibles images, et qui n'expriment qu'imparfaitement la misère de la prévention. Il faut ajouter qu'elle est un mal désespéré, incurable, qui infecte tous ceux qui s'approchent du malade, qui fait déserter les égaux, les inférieurs, les parents, les amis, jusqu'aux médecins : ils sont bien éloignés de le guérir, s'ils ne peuvent^ le faire convenir de sa maladie, ni des remèdes, qui seroient d'écouter, de douter, de s'informer et de s'éclaircir. Les flatteurs, les

^ Édition V".

'' Édition S-", " » S'ils ne peuvent môme... » (Édit. 4*-C°.)

fourbes, les calomniateurs, ceux qui ne délient leur langue que pour le mensonge et l'intérêt, sont les charlatans en qui il se confie, et qui lui font avaler tout ce qui leur plaît : ce sont eux aussi qui l'empoisonnent et qui le tuent \

[42] La règle de Descartes , qui ne veut pas qu'on décide sur les moindres vérités avant qu'elles soient connues clairement et distinctement, est assez belle et assez juste pour devoir s'étendre au jugement que l'on fait des personnes ^ .

[43] Rien ne nous venge mieux des mauvais jugements que les hommes font de notre esprit, de nos mœurs'' et de nos manières, que l'indignité et le mauvais caractère de ceux qu'ils approuvent.

Du même fond'= dont on néglige un homme de mérite, l'on sait encore admirer un sot.

[hli] Un sot est celui qui n'a pas même ce qu'il faut d'esprit pour être fat.

[45] Un fat est celui que les sots croient un homme de mérite.

^ « De nos mœurs, » ajouté à partir de la i" édition.

•= Orthographe des éditions originales.

1. « Le premier des quatre préceptes que j'avois pris la résolution d'observer, étoit de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle, c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenteroit si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute. » (Descartes, Discours de la Méthode, 2' partie.)

[46] L'impertinent est un fat outré. Le fat lasse , ennuie , dégoûte , rebute ; l'impertinent rebute , aigrit , irrite , offense : il commence où l'autre finit.

Le fat est entre l'impertinent et le sot : il est composé de l'un et de l'autre''.

[Zi7] Les vices partent d'une dépravation du cœur''; les défauts, d'un vice de tempérament ; le ridicule, d'un défaut d'esprit.

L'homme ridicule est celui qui, tant qu'il demeure tel, a les apparences du sot.

Le sot ne se tire jamais du ridicule , c'est son caractère ; l'on y entre quelquefois avec de l'esprit, mais l'on en sort.

Une erreur de fait jette un homme sage dans le ridicule.

La sottise est dans le sot, la fatuité dans le fat, et l'impertinence dans l'impertinent : il semble que le ridicule réside tantôt dans celui qui en effet est ridicule % et tantôt dans l'imagination de ceux qui croient voir le ridicule où il n'est point et ne peut être ''.

[hS] La grossièreté, la rusticité, la brutalité peuvent être les vices d'un homme d'esprit ^.

[li9] Le stupide est un sot qui ne parle point , en cela plus supportable que le sot qui parlée

^ Ces deux alinéas sont de la 4*^ édition. '' « De cœur. » (Édit. 7"=.) •= « Est en effet ridicule. » (Édit. G«.)

** Les cinq alinéas compris sous le n" 47 sont : le 2'', le 3*= et le 5'= de la 4"= édition, le 1" et le 4« de la 1" édition. ' Édition 4«.

^ Édition 4'.

[50] La même chose souvent est, dans la bouche d'un homme d'esprit, une naïveté ou un l)on mot, et, dans celle d'un sot', une sottise''.

[51] Si le fat pouvoit craindre de mal parler, il sortiroi t de son caractère ^

[52] L'une des marques de la médiocrité de l'esprit est de toujours conter.

r53] Le sot est embarrassé de sa personne; le fat a l'air libre et assuré ; l'impertinent passe à l'effronterie : le mérite a de la pudeur.

[5ù] Le suffisant est celui en qui la pratique de certains détails que l'on honore du nom d'affaires se trouve jointe à une très-grande médiocrité d'esprit.

Un grain d'esprit et une once d'affaires plus qu'il n'en entre dans la composition du suffisant, font l'important.

Pendant qu'on ne fait que rire de l'important, il n'a pas un autre nom ; dès qu'on s'en plaint, c'est l'arrogant '^.

[55] L'honnête homme ^ tient le milieu entre l'habile

" " Du sot. » (Édit. S"".)

^ Édition 8^

''■ Cet alinéa et les deux suivants sont de la 4e édition.

^ Ces trois alinéas sont de la 8* édition.

1. Corbinelli écrit à Bussy (27 février 1679) : « Je ne puis plus souffrir qu'on dise qu'un tel est honnête homme, et que l'un conçoive sous ce terme une chose et l'autre une autre. » Bussy répond le 6 mars 1679 : « Vhonnéte homme est un homme poli et qui sait vivre; l'homme de bien regarde la religion; le galant homme est une qualité particulière qui regarde la fran-

homme et l'homme de bien , quoique dans une distance inégale de ses deux extrêmes^» .

La distance qu'il y a de l'honnête homme à l'habile homme s'alToiblit de jour à autre, et est sur le point de disparoître.

L'habile homme est celui qui cache ses passions, qui entend ses intérêts, qui y sacrifie beaucoup de choses, qui a su acquérir du bien ou en conserver.

L'honnête homme est celui qui ne vole pas sur les grands chemins, et qui ne tue personne, dont les vices enfin ne sont pas scandaleux.

On connoît assez qu'un homme de bien est honnête homme; mais il est plaisant d'imaginer que tout honnête homme n'est pas homme de bien.

L'homme de bien est celui qui n'est ni un saint ni un dévot', et qui s'est borné à n'avoir que de la vertu **.

[56] Talent, goût, esprit, bon sens, choses différentes,, non incompatibles ".

Entre le bon sens et le bon goût il y a la différence de la cause à son effet.

Entre esprit et talent il y a la proportion du tout à sa partie '^.

" <i Ses deux extrêmes. » Texte original de La Bruyère. Quelques éditions modernes donnent à tort : « ces deux extrêmes. »

'' Les six alinéas compris sous le n" 55 sont de la 7* édition.

'^ Cet alinéa et le suivant sont de la 4* édition.

'' Cet alinéa et les cinq suivants sont de la 6* édition.

cliise et la générosité; Vhomme d'honneur est un homme de parole et cela regarde la probité... » (Lellres de M'"" de Sévigné, t. V, p. 525 et 529.^ — Voir le Lexique au mot Honnête homme. 1. Faux dévot. [Note de La Bruyère).

Appellerai-je homme d'esprit celui qui, borné et renfermé dans quelque art , ou même dans une certaine science qu'il exerce dans une grande perfection, ne montre hors de là ni jugement, ni mémoire, ni vivacité, ni mœurs, ni conduite ; qui ne m'entend pas, qui ne pense point, qui s'énonce mal : un musicien par exemple, qui, après m'avoir comme enchanté par ses accords, semble s'être remis avec son luth dans un même étui, ou n'être plus sans cet instrument qu'une machine démontée, à qui il manque quelque chose, et dont il n'est plus permis^ de rien attendre ?

Que dirai-je encore de l'esprit du jeu? pourroit-on me le définir? Ne faut-il ni prévoyance, ni finesse, ni habileté pour jouer l'hombre ou les échecs? et, s'il en faut, pourquoi voit-on des imbéciles qui y excellent et de trèsbeaux génies qui n'ont pu même atteindre la médiocrité, à qui une pièce ou une carte dans les mains trouble la vue, et fait perdre contenance ?

Il y a dans le monde quelque chose, s'il se peut, de plus incompréhensible. Un homme paroît grossier*, lourd-, stupide ; il ne sait pas parler , ni raconter ce qu'il vient de voir : s'il se met à écrire, c'est le modèle des bons contes ; il fait parler les animaux, les arbres, les pierres, tout ce qui ne parle point : ce n'est que légèreté, qu'élégance, que beau naturel et que délicatesse dans ses ouvrages'.

^ « Pas permis. » (Édit. 9*.)

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