‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 28 sur 141 · SUR LE JUGEMENT DE SUARD · texte numérisé non relu

SUR LE JUGEMENT DE SUARD

M. Nisard, après avoir rendu hommage à la délicatesse de l'analyse critique qui précède, y fait plusieurs objections pleines de justesse,

11 réclame d'abord contre la prétention de Suard, d'attribuer à La Bruyère seul des qualités qui auraient manqué aux autres grands écrivains du xvn'' siècle : « La seule différence à remarquer entre La Bruyère et les grands écrivains de son siècle, dit M. Nisard, c'est qu'en certains endroits le fond n'y égale pas le travail de l'expression... Un peu par faiblesse, un peu par l'extrême difficulté pour le moraliste de se tenir entre le raffiné et le commun, La Bruyère tantôt cherche à parer, pour les déguiser, des préceptes de sagesse banale qu'il n'a pas su éviter, et tantôt s'éblouit de la finesse de ses vues. Toujours occupé du soin de plaire au lecteur, il se défie de la variété naturelle de son sujet, et il prodigue les artifices pour diversifier la variété elle-même, La Bruyère a encore le faible des écrivains qui sont doués de l'imagination du style ; il en perd quelquefois à vouloir embellir des pensées communes... Vouloir fixer par écrit des pensées communes, c'est, dans l'auteur, ou médiocrité d'invention, ou illusion de l'ouvrier, qui estime moins la matière que la façon. »

M. Nisard croit encore devoir relever un défaut de La Bruyère que Suard n'a pas signalé : il remarque que «certains

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portraits de La Bruyère sont excessifs, moins encore par l'exai^ération que par le trop grand nombre de traits ; chaque original en a plus que sa charge : ce sont les Hercules du ridicule. » Et il cite en ce genre le portrait d'Onuphrc {De la Mode, n" 2/i) et celui de Mènalque {De l'Homme, n° 7).

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