‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 32 sur 141 · IV. — Les Clefs · texte numérisé non relu

IV. — Les Clefs

Nous avons déjà vu que, dès l'apparition du livre des Caractères, on y chercha des allusions : on exagéra celles qui s'y pouvaient trouver, on en supposa où il n'y en avait pas. Des clefs circulèrent manuscrites, et, malgré toutes les protestations de La Bruyères obtinrent facilement crédit auprès d'un public qui trouvait dans les applications quelquefois les moins fondées une pâture à sa malignité.

Quelques-unes de ces clefs furent imprimées après la mort de La Bruyère. Elles parurent d'abord séparément. Dès 1697, elles furent imprimées dans les éditions des Caractères, et depuis, presque toutes les éditions de ce livre en furent munies. Elles ont été relevées avec un soin particulier par M. AYalckenaer, et plus récemment par M. Servois ; ce dernier éditeur a noté nonseulement les clefs imprimées, mais les indications manuscrites qui se trouvent en marge de quelques exemplaires, et il s'est

1. Voyez la Préface des Caractères, le Discours à l'Académie, et la Préface de co Discours. Voyez sur ce poiot la Vie de La Bruyère, p. xvii, et La Bruyère moraliste, p. xxvni.

Lvm NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

servi de deux clefs en partie inédites qui sont à la Bibliothèque de l'Arsenal ^

Parmi les critiques qui ont soumis ces clefs à l'étude la plus attentive, quelquefois aussi la plus conjecturale, il faut citer M. Edouard Fournier, dans la Comédie de La Bruyère. 11 a notamment signalé, avec assez de vraisemblance, les procédés ordinaires de La Bruyère pour le choix des noms de ses portraits : tantôt il garde la lettre initiale ou la première syllabe du personnage auquel il fait allusion {Comédie de La Bruyère, p. lZi8 et 186); tantôt il prend des noms qui indiquent des caractères, désignant, par exemple, des abbés par un nom qui commence en Théo {Lbid., p. 11, 3 et 137), donnant des noms de valets à des courtisans, de femmes à des petits-maîtres, elc. [ibid., p. 185, 189, 191); tantôt il choisit un nom qui a un sens déterminé {ibid., p. 195), ou bien il use d'antiphrase {ibid., p. 187); tantôt il se sert d'anagrammes (iô/rf.^ p. 171), ou ménage quelque syllabe à allusion {ibid., p. 195-6); tantôt enfin ses allusions ont un caractère historique et rappellent des noms de l'antiquité (ibid., p. 196, 199, 216).

Il est à remarquer que les clefs ont des origines multiples, et qu 'elles varient selon le temps et le lieu de l'impression. La divergence de leurs indications est comme un aveu de ce qu'elles sont, à savoir de simples conjectures, et comme un avertissement de se tenir en défiance. En effet, il est nécessaire de les contrôler d'abord les unes par les autres, puis par les monuments historiques, qui bien souvent leur donnent des démentis formels. Bien des applications s'adressent à des individus obscurs : elles échappent par là même au contrôle, et n'ont plus l'intérêt qu'elles pouvaient offrir à la malignité contemporaine.

On ne s'est pas toujours attaché dans cette édition à enregistrer les clefs de cette dernière catégorie; mais toutes celles qui désignent des personnages historiques y sont toutes examinées et discutées d'après les recherches dont le texte de La Bruyère a été l'objet de la part des érudits.

1. Collection Trattage, n" 55-58; et section des Sciences et art.s, n" 7.

SUR LA. BRUYERE . ux

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