Voyez le Lexique au mot Bienfacteur
90 r)ES FEMMES.
elles Usent des billets tendres, et où personne ne voit qu'elles ne prient point Dieu.
[36] Qu'est-ce qu'une femme que l'on dirige? Est-ce une femme pUis complaisante pour son mari, plus douce pour ses domestiques, plus appliquée à sa famille et à ses affaires, plus ardente et plus sincère pour ses amis; qui soit moins esclave de son humeur, moins attachée à ses intérêts; qui aime moins les commodités de la vie; je ne dis pas qui fasse des largesses à ses enfants qui sont' déjà riches, mais qui, opulente elle-même et accablée du superflu, leur fournisse le nécessaire, et leur rende au moins la justice qu'elle leur doit; qui soit plus exempte d'amour de soi-même et d'éloignement pour les autres; qui soit plus libre de tous attachements humains? « Non, dites-vous, ce n'est rien de toutes ces choses. » J'insiste, et je vous demande : « Qu'est-ce donc qu'une femme que l'on dirige? » Je vous entends, c'est une femme qui a un directeur ^.
[37] Si le confesseur et le directeur ne conviennent point sur une règle de conduite, qui sera le tiers qu'une femme prendra pour sur-arbitre?
[38] Le capital pour une femme n'est pas d'avoir un directeur, mais de vivre si uniment qu'elle s'en puisse passer.
[39] Si une femme pouvoit dire à son confesseur, avec ses autres foiblesses, celles *= qu'elle a pour son directeur,
^ « Qui seroient. » (Édit. 1''.)
'' Édition 7''.
<= Dans les éditions l"-!", lo pronom celle est au singulier.
et le temps qu'elle perd dans son entretien ', peut-être lui seroit-il donné pour pénitence d'y renoncer.
[liO] Je voudrois qu'il me fût permis de crier de toute ma force à ces hommes saints qui ont été autrefois blessés des femmes : Fuyez les femmes, ne les dirigez point, laissez à d'autres le soin de leur salut ^
[M] C'est trop contre un mari d'être coquette et dévote; une femme devroit opter.
[!i2] J'ai différé à le dire, et j'en ai souffert; mais enfin il m'échappe, et j'espère même que ma franchise sera utile à celles qui n'ayant pas assez d'un confesseur pour leur conduite, n'usent d'aucun discernement dans le choix de leurs directeurs. Je ne sors pas d'admiration et d'étonnement à la vue de certains personnages que je ne nomme point; j'ouvre de fort grands yeux sur eux; je les contemple : ils parlent, je prête l'oreille; je m'informe, on me dit des faits, je les recueille; et je ne comprends pas comment des gens en qui je crois voir toutes choses diamétralement opposées au bon esprit, au sens droit, à l'expé-
» Édition 5«.
•1 . M"'" de Sévigné, exempte pour son compte de ces exagérations, nous donne, dans une de ses lettres (à M"''= de Guitaut, décembre 1693), une idée de ces faiblesses et du temps que les femmes, au xvu'= siècle, perdaient avec leur directeur. Elle parle du directeur qu'elle a choisi, un vrai religieux, ami de la retraite, le prieur de Sainte-Catherine : « Je ne suis appliquée qu'à prendre sur moi de ne pas abuser de son temps... Je le traite à sa mode, qui est aussi tout à fait la mienne. Car plus je vois de certaines femmes ne parler que de leur directeur, dîner avec lui et le recevoir en visite, plus la vie retirée de ce père et sa solitude me le font paroître précieux et digne de la bonne opinion que j'en al toujours eue. »
rience des affaires du monde, à la connoissance de l'homme, à. la science de la religion et des mœurs, présument que Dieu doive renouveler en nos jours la merveille de l'apostolat, et faire un miracle en leurs personnes, en les rendant capables, tout simples et petits esprits qu'ils sont, du ministère des âmes, celui de tous le plus délicat et le plus sublime ; et si au contraire ils se croient nés pour un emploi si relevé, si difficile, et accordé à si peu de personnes, et qu'ils se persuadent de ne faire en cela qu'exercer leurs talents naturels et suivre une vocation ordinaire, je le comprends encore moins.
Je vois bien que le goût qu'il y a à devenir le dépositaire du secret des familles, à se rendre nécessaire pour les réconciliations, à procurer des commissions ou à placer des domestiques, à trouver toutes les portes ouvertes dans les maisons des grands , à manger souvent à de bonnes tables, à se promener en carrosse dans une grande ville, et à faire de délicieuses retraites à la campagne, à voir plusieurs personnes de nom et de distinction s'intéresser à sa vie et à sa santé , et à ménager pour les autres et pour soi-même tous les intérêts humains, je vois bien, encore une fois, que cela seul a fait imaginer le spécieux et irrépréhensible prétexte du soin des âmes, et semé dans le monde cette pépinière intarissable de directeurs \
[/i3] La dévotion* vient à quelques-uns, et surtout aux femmes, comme une passion , ou comme le foible d'un certain âge, ou comme une mode qu'il faut suivre. Elles comptoient autrefois une semaine par les jours de jeu, de
* Le s 42 est de la 6'' édition (1601), de la même année où La Bruyère donna son Onuplire (chap. de la Mode).