Lamartine
Objets inanimés, avez-vous donc une âme, Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?
Il me semble que l'on dépend des lieux pour l'esprit, l'humeur, la passion, le goût et les sentiments*.
[83] Ceux qui font bien mériteroient seuls d'être enviés, s'il n'y avoit encore un meilleur parti à prendre, qui est défaire mieux : c'est une douce vengeance contre ceux qui nous donnent cette jalousie '.
[8A] Quelques-uns se défendent d'aimer et de faire des vers, comme de deux foibles qu'ils n'osent avouer, l'un du cœur, l'autre de l'esprit.
[85] Il y a quelquefois dans le cours de la vie de si chers plaisirs et de si tendres engagements que l'on nous défend, qu'il est naturel de désirer du moins qu'ils fussent permis : de si grands charmes ne peuvent être surpassés que par celui de savoir y renoncer par vertu.
» Édition 4^
1. La Bruyère indique ici un point do vue développé depuis par Montesquieu dans l'Esprit des lois, Finfluence des climats.
[1] Un caractère bien fade est celui de n'en avoir aucun.
[2] C'est le rôle d'un sot d'être importun : un homme habile sent s'il convient ou s'il ennuie; il sait disparoître le moment qui précède celui où il seroit de trop quelque part.
[3] L'on marche sur les mauvais plaisants, et il pleut par tout pays de cette sorte d'insectes. Un bon plaisant est une pièce rare; à un homme qui est né tel, il est encore fort délicat d'en soutenir longtemps le personnage; il n'est pas ordinaire que celui qui fait rire se fasse estimer.
[li] Il y a beaucoup d'esprits obscènes, encore plus de médisants ou de satiriques, peu de délicats. Pour badiner
1. Ce sujet a été traité à diverses époques, et toujours, comme ici, au point de vue du présent. Il est intéressant do voir dans chaque ouvrage la marque du temps. Citons en particulier Montaigne, Essais, III, 3 ; Balzac, Lettres sur la Conversation ; M"" de Scudéry, Conversations sur divers sujets : de la Conversation, etc.; le P. André, De la Conversation ; Nicole, Essais, t. II; Delille, la Conversation, poème en sept chants; l'abbé Morellet, Essai sur la Conversation. M. Deschanel a écrit une Histoire de la Conversation (1858).
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avec grâce, et rencontrer heureusement sur les plus petits sujets, il faut trop de manières, trop cle politesse, et même trop de fccondité : c'est créer que de railler ainsi, et faire quelque chose de rien^
y [5] Si l'on faisoit une sérieuse attention à tout ce qui
se dit de froid, de vain et de puéril dans les entretiens ordinaires, l'on auroit honte de parler ou d'écouter, et l'on se condamneroit peut-être à un silence perpétuel, qui seroit une chose pire dans le commerce que les discours inutiles. Il faut donc s'accommoder à tous les esprits, permettre comme un mal nécessaire le récit des fausses nouvelles, les vagues réflexions sur le gouvernement présent ou sur l'intérêt des princes, le débit des beaux sentiments, et qui reviennent toujours les mêmes; il faut laisser Aronce- parler proverbe, et Mclinde parler de soi, de ses vapeurs, de ses migraines et de ses insomnies ^.
t [6] L'on voit des gens^ qui, dans les conversations ou
dans le peu de commerce que l'on a avec eux, vous dé-
' Historique du texte. — Édition 4'\
1. « Plus on mettra de cet esprit mince et brillant dans un écrit, moins il aura de nerf et de lumière, à moins que cet esprit ne soit lui-même le fond du sujet, et que l'écrivain n'ait pas eu d'autre objet que la plaisanterie; alors l'art de dire de petites choses devient peut-être plus difficile que Tart d'en dire de grandes. » (Buffon, Discours de réception à r Académie française.)
2. Selon les clefs du xviii* siècle, Aronce serait Perrault. Les clefs ne désignent personne pour Mélinde.
3. Les clefs du xvni*^ siècle mettent ici : « Contre les précieuses. » Erreur fondée sur un anacbronisme. 11 n'y avait plus de précieuses au temps de La Bruyère, si ce n'est peut-être en province, comme déjà au temps de Molière. Il ne s'agit pas ici du genre précieux, mais d'une autre sorte d'affectation, celle des diseurs de phébus (voir l'alinéa suivant), alïcctation dont M'"" de La Fayette a fait, dans une lettre, une imitation satirique.
goûtent par leurs ridicules expressions, par la nouveauté* et j'ose dire par l'impropriété des termes dont ils se servent, comme par l'alliance de certains mots qui ne se rencontrent ensemble que dans leur bouche, et à qui ils font signifier des choses que leurs premiers inventeurs n'ont jamais eu intention de leur faire dire. Ils ne suivent en parlant ni la raison ni l'usage, mais leur bizarre génie, que l'envie de toujours plaisanter, et peut-être de briller, tourne insensiblement à un jargon qui leur est propre, et qui devient enfin leur idiome naturel; ils accompagnent un langage si extravagant d'un geste affecté et d'une prononciation qui est contrefaite. Tous sont contents d'euxmêmes et de l'agrément de leur esprit, et l'on ne peut pas dire qu'ils en soient entièrement dénués; mais on les plaint de ce qu'ils en ont-; et ce qui est pire, on en souffre ^.
[7] Que dites-vous? Gomment? Je n'y suis pas; vous plairoit-il de recommencer? J'y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu'il fait froid; que ne disiez-vous : « il fait froid? » Vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige ; dites : « Il pleut, il neige. » Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m'en féliciter; dites : « Je vous trouve bon visage. » — Mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair; et d'ailleurs qui ne pourroit pas en dire autant? — Qu'im-
a Édition 4*.
1. Boursault (1638-1701) a fait une comédie sur les 3Iots à la mode.