Voyez dans le Lexique le mot Personne
le cours de leur vie, un désir secret et enveloppé de la mort d' autrui * : le plus heureux dans chaque condition est celui qui a plus de choses à perdre par sa mort, et à laisser à son successeur ^,
[71] L'on dit du jeu qu'il égale les conditions - ; mais elles se trouvent quelquefois si étrangement disproportionnées, et il y a entre telle et telle condition un abîmé d'intervalle si immense et si profond, que les yeux souffrent de voir de telles extrémités se rapprocher : c'est comme une musique qui détone; ce sont comme des couleurs mal assorties, comme des paroles qui jurent et qui offensent l'oreille, comme de ces bruits ou de ces sons qui font frémir ; c'est en un mot un renversement de toutes les bienséances. Si l'on m'oppose que c'est la pratique de tout l'Occident, je réponds que c'est peut-être aussi l'une de ces choses qui nous rendent barbares à l'autre partie du monde, et que les Orientaux qui viennent jusqu'à nous remportent sur leurs tablettes ; je ne doute pas même que
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i. «Nous nous hâtons de profiter des débris les uns des autres. Nous ressemblons à ces soldats insensés qui au fort de la mêlée, et dans le temps que leurs compagnons tombent de toutes parts à leurs côtés sous le fer des ennemis, se chargent avidement de leurs habits; et à peine en sont-ils revêtus qu'un coup mortel leur ôte, avec la vie, cette folle décoration dont ils venoient de se parer. » (Massillon, Carême, jeudi de la 4* semaine.) — « Il n'y a peut-être pas un homme aisé à qui des héritiers avides, et souvent ses propres enfants, ne souhaitent la mort en secret... Nous trouvons notre avantage dans le préjudice de nos semblables, et la perte de l'an fait la prospérité de l'autre. » (J.-J. Rousseau, Disc, sur l'inégalité des conditions.)
2. « Langlée est fier et familier au possible : il jouoit l'autre jour au brelan avec le comte de Grammont, qui lui dit sur quelques manières un peu libres : « Monsieur de Langlée, gardez ces familiarités-là pour quand « vous jouerez avec le roi. » (xM"»» de Sévigné, à M""= de Grignan, janvier 161(2.) — Voyez sur Langlée la note au n° 18 du chapitre de la Cour.
cet excès de familiarité ne les rebute davantage que nous ne sommes blessés de leur zombaye^ et de leurs autres prosternations \
[7*2] Une tenue d'états, ou les chambres- assemblées pour une affaire très-capitale, n'offrent point aux yeux rien ^ de si grave et de si sérieux qu'une table de gens qui jouent un grand jeu : une triste sévérité règne sur leurs visages ; implacables l'un pour l'autre, et irréconciliables ennemis pendant que la séance dure, ils ne reconnoissent plus ni liaisons, ni alliance, ni naissance, ni distinctions : le hasard seul, aveugle et farouche divinité, préside au cercle, et y décide souverainement; ils l'honorent tous par un silence profond , et par une attention dont ils sont partout ailleurs fort incapables; toutes les passions, comme suspendues, cèdent à une seule ; le courtisan alors n'est ni doux, ni flatteur, ni complaisant, ni même dévot''.
[73] L'on ne reconnoît plus en ceux que le jeu et le gain ont illustrés la moindre trace de leur première condition : ils perdent de vue leurs égaux, et atteignent les plus grands seigneurs. Il est vrai que la fortune du dé ou du lansquenet les remet souvent où elle les a pris*.
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1. La Bruyère fait sans doute allusion au Voyage de Siam, du P. Tachard (168G). La zombaye était une profonde inclination qui devait se faire à genoux. — Le roi de Siam avait envoyé en 1G84 un ambassadeur complimenter Louis XIV, qui, à son tour, lui envoya en ambassade M. de Chaumont.