Voyez le Lexique au mot Ville
2. Le Cours-la-Reine. « Cette promenade amène en été tout ce qu'il y a de beau monde à Paris : on y compte souvent jusqu'à sept ou huit cents carrosses, qui se promènent dans le plus bel ordre du monde et sans s'embarrasser les uns dans les autres. » (Brice, Description de Paris, 1687, t. II.)
3. « On est sûr de l'y trouver au Cours dans la saison, àVincennes dans le mois de juin, aux Tuileries tous les jours. » (Brillon, le Théophraste moderne.)
4. Cette levée correspond aux quais Saint-Bernard et d'Austerlitz.
Paris avec la Marne, qu'elle vient de recevoir : les hommes s'y baignent au pied pendant les chaleurs de la canicule; on les voit de fort près se jeter dans l'eau; on les en voit sortir : c'est un amusement. Quand cette saison n'est pas venue, les femmes de la ville ne s'y promènent pas encore; et quand elle est passée, elles ne s'y promènent plus"'.
[3] Dans ces lieux d'un concours général , où les femmes se rassemblent pour montrer une belle étoffe, et pour recueillir le fruit de leur toilette, on ne se promène pas avec une compagne par la nécessité de la conversation**; on se joint ensemble pour se rassurer sur le théâtre, s'apprivoiser avec le public, et se raffermir contre la critique : c'est là précisément qu'on se parle sans se rien dire, ou plutôt qu'on parle pour les passants, pour ceux même en faveur de qui l'on hausse sa voix, l'on gesticule et l'on badine, l'on penche négligemment la tête, l'on passe et l'on repasse ■=.
3 Edition 5«.
^ « Pour la nécessité de la conversation. » (Édit. 5*-7^.)
<= Édition 5^
1. Cette réflexion a pu, selon Walckenaer, donner l'idée d'une comédie du Théâtre-Italien, les Bains de la porte Saint-Bernard (169G). C'est peutêtre à ces promenades, comme à celles dont il est question à l'alinéa suivant, que Bourdaloue fait allusion dans un de ses sermons :
« Qu'auroient dit les Pères de l'Église de ces promenades changées en comédies publiques, où chacun, acteur et spectateur tout à la fois, vient jouer son rôle et faire son personnage? Qa'auroient-ils dit de ces promenades dérobées, où le hasard en apparence, mais un hasard en effet bien ménagé et bien prémédité, fait de prétendues rencontres et de vrais rendez-vous? Qu'auroient-ils dit de ces promenades?... Je ne m'explique point, mes chers auditeurs, et je dois ce respect au saint lieu où nous sommes assemblés. Tel est le désordre, que la pudeur même m'oblige de le taire, et qu'on ne peut mieux vous le reprocher que par le silence. » (Sermon &ur les Divertissements du monde. — Voyez aussi le sermon sur V Impureté.)
[II] La ville est partagée en diverses sociétés, qui sont autant de petites républiques, qui ont leurs lois, leurs usages, leur jargon, et leurs mots pour rire. Tant que cet assemblage est dans sa force, et que l'entêtement subsiste, l'on ne trouve rien de bien dit ou de bien fait que ce qui part des siens, et l'on est incapable de goûter ce qui vient d'ailleurs : cela va jusques au mépris pour les gens qui ne sont pas initiés dans leurs mystères. L'homme du monde d'un meilleur esprit, que le hasard a porté au milieu d'eux, leur est étranger : il se trouve là comme dans un pays lointain, dont il ne coanoît ni les routes, ni la langue, ni les mœurs, ni la coutume; il voit un peuple qui cause, bourdonne, parle à l'oreille, éclate de rire, et qui retombe ensuite dans un morne silence ; il y perd son maintien, ne trouve pas où placer un seul mot, et n'a pas même de quoi écouter. Il ne manque jamais là un mauvais plaisant qui domine, et qui est comme le héros de la société : celui-ci s'est chargé de la joie des autres, et fait toujours rire avant que d'avoir parlé. Si quelquefois une femme survient qui n'est point de leurs plaisirs, la bande joyeuse ne peut comprendre qu'elle ne sache point rire des choses qu'elle n'entend point % et paroisse insensible à des fadaises qu'ils n'entendent eux-mêmes que parce qu'ils les ont faites : ils ne lui pardonnent ni son ton de voix, ni son silence, ni sa taille, ni son visage, ni son habillement, ni son entrée, ni la manière dont elle est sortie. Deux années cependant ne se passent point sur une même coterie : il y a toujours, dès la première année, des semences de division pour rompre dans celle qui doit suivre; l'intérêt de la beauté, les incidents du jeu, l'ex-
* « Qu'elle n'entend pas. » (Édit. l"-5*.)
iravagance des repas, qui modestes au commencement, dégénèrent bientôt en pyramides de viandes et en banquets somptueux, dérangent la république, et lui portent enfin le coup mortel : il n'est en fort peu de temps non plus parlé de cette nation que des mouches de l'année passée.
[5] Il y a dans la ville la grande et la petite robe ; et la première se venge sur l'autre des dédains de la cour, et des petites humiliations qu'elle y essuie. De savoir quelles sont leurs limites, où la grande finit, et où la petite commence, ce n'est pas une chose facile*. Il se trouve même un corps considérable qui refuse d'être du second ordre, et à qui l'on conteste le premier ^ : il ne se rend pas néanmoins, il cherche au contraire, par la gravité et par la dé pense, à s'égaler à la magistrature, ou ne lui cède qu'avec peine : on l'entend dire que la noblesse de son emploi, l'indépendance de sa profession, le talent de la parole, et le mérite personnel, balancent au moins les sacs de mille francs que le fils du partisan ou du banquier a su payer pour son office ^^
* Édition 4«.
i. On peut admettre que la grande robe comprenait les magistrats, la petite robe les avoués et procureurs ; entre les deux les avocats, au-dessus de tous la Cour, c'est-à-dire les membres du Parlement.
2. Il s'agit des avocats, dont la situation n'était pas bien réglée, ce qui amenait fréquemment des questions de préséance. La Bruyère, qui était avocat, laisse percer ici un certain intérêt pour cet ordre.
3. Attaque indirecte contre la vénalité des charges, « cette gangrène qui ronge toutes les parties de l'État. » (Saint-Simon.)
L'argent seul au palais peut faire un magistrat.
(BoiLEAU, Epïlre v.)
[6] Vous moquez-Yous de rêver en carrosse, ou peutêtre de vous y reposer? Vite, prenez votre livre ou vos papiers, lisez, ne saluez qu'à peine ces gens qui passent dans leur équipage; ils vous en croiront plus occupé; ils diront : a Cet homme est laborieux, infatigable; il lit, il travaille jusque dans les rues ou sur la routée » Apprenez du moindre avocat qu'il faut paroître accablé d'affaires, froncer le sourcil, et rêver à rien très-profondément: savoir à propos perdre le boire et le manger; ne faire qu'apparoir- dans sa maison, s'évanouir et se perdre comme un fantôme dans le sombre de son cabinet; se cacher au public, éviter le théâtre, le laisser à ceux qui ne courent aucun risque à s'y montrer, qui en ont à peine le loisir, aux GoMONS, aux Duhamels-^^
[7] Il y a un certain nombre de jeunes magistrats que les grands biens et les plaisirs ont associés à quelques-uns
^ Édition 5«.
1. Cet homme, selon les clefs, est M. de La Briffe, procureur général, ou M. de Saint-Pouange, dont il a été question plus haut. {Des biens de fortune, note à l'alinéa 11, p. 171,)
2. Apparoir. La Bruyère, qui parle d'un avocat, emprunte ici un terme du palais : apparoir, pour apparaître.
3. Ce sont les noms de deux avocats célèbres du xvii'= siècle. — Jean Gomont (et non Gomon, comme l'écrit La Bruyère) avait du reste cessé de plaider, et peut-être même était-il mort au moment où fut publié cet alinéa (édit. 5", 1690). Il y avait aussi un autre avocat en vogue du nom de Jean de Gaumont (voyez N.-J. Foucault, Mémoires, dans les Documents inédits de l'histoire de France, années 1C52 et 1667; Blanchard, Ltsfe des avocats). — La Liste des avocats donne au xvii* siècle plusieurs Duhamel. Celui auquel fait allusion La Bruyère est, selon Moréri {Dictionnaire historique, au nom de Du Eamel), Georges Duhamel, reçu le 5 décembre 1639, qui fut choisi par Louis XIV pour travailler aux Ordonnances, et qui mourut en 1676; son fils, Henri Duhamel, fut reçu avocat en 1688 et se fit un nom au barreau (voyez, outre Moréri, le Journal de Barbier).
de ceux qu'on nomme à la cour de j^ciits-maitref: : ils les imitent, ils se tiennent fort au-dessus de la gravité de la robe, et se croient dispensés par leur âge et par leur fortune d'être sages et modérés. Ils prennent de la cour ce qu'elle a de pire : ils s'approprient la vanité, la mollesse, l'intempérance, le libertinage, comme si tous ces vices leur étoient dus, et affectant ainsi un caractère éloigné de celui qu'ils ont à soutenir, ils deviennent enfin, selon leurs souhaits, des copies fidèles de très-méchants originaux''.
[8] Un homme de robe à la ville, et le même à la cour, ce sont deux hommes. Revenu chez soi, il reprend ses mœurs, sa taille et son visage, qu'il y avoit laissés : il n'est plus ni si embarrassé, ni si honnête ''^
[9] Les Crîspins se cotisent et rassemblent dans leur famille jusques à six chevaux pour allonger un équipage, qui, avec un essaim de gens de livrées, où ils ont fourni chacun leur part, les fait triompher au Cours ou à Vin-
a Édition 4*.
^ Édition 4*.
\. Toutes les clefs appliquent cet alinéa à J.-H. de Mesmes, qui devint président à mortier à la mort de son père, en 1G88, à l'âge de vingt-sept ans, trois mois après avoir été nommé conseiller. « Toute son étude fut celle du grand monde, à qui il plut, et fut nwlé dans les meilleures compagnies de la cour et dans les plus gaillardes. D'ailleurs il n'apprit rien et fut extrêmement débauché. Cette vie libertine le lia avec la jeunesse la plus distinguée qu'il recherchoit avec soin, et ne voyoit que le moins qu'il pouvoit de palais et des gens de robe. Devenu président par la mort de son père, il ne changea guère de vie, mais il se persuada qu'il étoit un seigneur, et vécut à la grande... D'ailleurs d'excellente compagnie, charmant convive, poli, affable, accueillant avec distinction... Il vouloit être homme de qualité et de cour, et se faisoit souvent moquer de lui par ceux qui l'étoient en effet, et avec lesquels il vivoit tant qu'il pouvoit. » (Saint-Simon, t. X.)
2, Si honnête, c'est-à-dire si j)oli (voyez le Lexique).
cennes% et aller de pair avec les nouvelles mariées, avec Jason, qui se ruine, et avec Thmson^ qui veut se marier, et qui a consigné''".
[10] J'entends dire des Saunions : « Même nom, mêmes armes; la branche aînée, la branche cadette, les cadets de la seconde branche; ceux-là portent les armes pleines, ceux-ci brisent d'un lambel, et les autres d'une [bordure dentelée. » Ils ont avec les Bourbons, sur une même couleur, un même métal ; ils portent, comme eux, deux et une* : ce ne sont pas des fleurs de lis, mais ils s'en consolent; peut-être dans leur cœur trouvent-ils leurs pièces aussi honorables, et ils les ont communes avec de grands seigneurs qui en sont contents : on les voit sur les litres* et sur les vitrages, sur la porte de leur château, sur le pilier de leur haute-justice, où ils viennent de faire pendre un homme qui méritoit le bannissement; elles s'offrent aux yeux de toutes parts, elles sont sur les meubles et sur les serrures, elles sont semées sur les carrosses ; leurs livrées ne déshonorent point leurs armoiries. Je dirois volontiers aux Saunions : « Votre folie est prématurée ;
» Édition 4%