‹ Œuvres complètes de J. de La BruyèreChapitre 62 sur 155 · IV]. DE LA RUSTICITÉ · texte numérisé non relu

IV]. DE LA RUSTICITÉ

Il semble que la rusticité n'est autre chose qu'une ignorance grossière des bienséances. L'on voit en effet des gens rustiques et sans réflexion sortir un jour de médecine*, et se trouver en cet état dans un lieu j)uh\ic panjii le monde'-; ne pas faire la différence de l'odeur forte du thym ou de la marjolaine d'avec les parfums les plus délicieux^; être chaussés large et grossièrement; parler haut et lie pouvoir se réduire à un ton de voix modéré; ne se pas fier à leurs amis sur les moindres affaires^ pendant quils s en entretiennent avec leurs domestiques'' ^ jusques à rendre compte à leurs moindres valets^ de ce qui aura été dit dans une assemblée publique. On les voit assis, leur robe relevée jusqu'aux genoux et d'une manière indécente. Il ne leur arrive ^yas en toute leur vie de rien admirer, ni de paroître surpris des choses les plus extraordinaires que l'on rencontre sur les chemins; mais si c'est un bœuf, un âne, ou un vieux bouc, alors ils s'arrêtent et ne se lassent point de les contempler. Si quelquefois ils entrent dans leur cuisine, ils mangent avidement tout ce qu'ils y trouvent, boivent tout d'une haleine une grande tasse de vin pur; ils se cachent pour cela de leur servante ^ avec qui d'ailleurs ils vont au moulin, et entrent

1. Lo texte grec nomme une certaine drogue qui rendoit l'haleino fort mauvaise le jour qu'on l'avoit prise. {Noie de La Bruyère.) — Le texte dit simplement : « ayant bu une mixture. »

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