Le texte ajoute : « De ses propres mains
[XXVI]. DES GRANDS d'l'NE RÉPUBLIQUE ^
La jjIus grande 'passion de ceux qui ont les premières places dans un État populaire nest pas le désir du gain ou de V accroissement de leurs revenus^ mais une impatience de s'agrandir et de se fonder^ s il se pouvoit^ une souveraine puissance sur celle du peuple-. S'il s'est assemblé pour délibérer à qui des citoyens il donnera la commission d'aider de ses soins le premier magistrat dans la conduite d'une fête ou d'un spectacle, cet homme ambitieux^ et tel que je viens de le définir, se lève, demande cet emploi, et proteste que nul autre ne peut si bien s'en acquitter^. Il ii approuve point la domination de plusieurs, et de tous les vers d'Homère il n'a retenu que celui-ci :
Les peuples sont heureux quand un seul les gouverne*.
Son langage le plus ordinaire est tel : a Retirons -nous de cette midtitude qui nous environne -, tenons ensemble un conseil particulier où le peuple ne soit point admis ; essayons même de lui fermer le chemin à la magistrature. )) Et .s'// se laisse 2^r avenir contre une personne d'une
1. Le grec dit : De V oligarchie, ce qui répond à peu près à ce que l'on entendrait aujourd'hui par l'esprit antidémocratique.
2. Ce commencement est une paraphrase qui fausse le sens du texte : « L'esprit oligarchique est une ambition qui désire un pouvoir fixe. (Stiévenart.)
3. Le texte dit : « Il déclare que c'est à ce magistrat à en décider, et si Ton propose dix d.d']o\nts^ un seul suffit, s'écriera-t-il. » (Stiévenart.)
4'. Oùx àya^ov uoXuxoipavîyj ' et; y.oipavoç ecrio).
« Il n'est pas bon que plusieurs gouvernent; il ne faut qu'un maître. »
[Iliade, livre JI, vers 294.)
DE TIIÉOPHRASTE. 231
condition privée, de qui il croie avoir reçu quelque injure : « Gela, dit-il, ne se peut soallrir, et il faut que lui ou moi abandonnions la ville. » Vous le voyez se promener dans la place, sur le milieu du jour, avec les ongles propres, la barbe et les cheveux en bon ordre \ repousser fièrement ceux qui se trouvent sur ses pas, dire avec chagrin aux premiers qu'il rencontre que la ville est un lieu où il n'y a plus moyen de vivre-, qu'il ne peut plus tenir contre l'horrible foule des plaideurs, ni supporter plus longtemps les longueurs^ les crieries et les mensonges des avocats^, qu'il commence à avoir honte de se trouver assis, dans une assemblée publique ou sur les tribunaux^ auprès d'un homme mal habillé, sale et, qui dégoûte S et qu'il n'y a pas un seul de ces orateurs dévoués au peuple qui ne lui soit insupportable. Il ajoute que c'est Thésée S qu'on peut appeler le premier auteur de tous ces maux; et il fait de pareils discours aux étrangers qui arrivent dans la ville, comme à ceux avec qui il sympathise de mœurs et de sentiments.
1. Dûtail omis par La Bruyère : « Le manteau relevé sur l'épaule. » (Stiévenart.)