‹ Œuvres complétés de J. Domat (volume 2)Chapitre 61 sur 152 · TITRE X · texte numérisé non relu

TITRE X

Du clergé.

On appelle clergé, l'état ecclésiastique, et ce nom vient d'un mot de la langue grecque, qui signifie le sort, partage ( xMjpoç • et qui est donné aux ecclésiastiques, tant parce qu'ils doivent être le partage de Dieu, que parce que Dieu doit être le leur (1). Lés ecclésiastiques sont le partage de Dieu , parce qu'il se les consacre par leur vocation à un ministère divin, dont les fonctions toutes saintes, toutes spirituelles, n'ont de rapport qu'à son culte et à son service, et demandent un dégagement de tout mélange d'embarras et de sollicitude pour le temporel; et qu'ainsi toute leur conduite consiste à n'être qu'à lui, et à y attirer tous ceux à qui leur ministère peut leur donner quelque relation (1). Et Dieu est aussi réciproquement le partage des ecclésiastiques. pour leur tenir lieu de toutes les choses dont la pureté et la sain teté de ce ministère doit les détacher. C'était pour prédire et pour figurer ce devoir de la sainteté des ministres de l'église de la nouvelle alliance; que dans l'ancienne, Dieu avant choisi les Lévites pour le sacerdoce, il ne voulut pas qu'ils eussent de part dans le partage de la terre promise au peuple juif. Leur déclarant qu'il serait lui-même leur part et leur héritage (3). Et ne leui laissant que leur habitation (/, , et les décimes pour leur subsis tance (5).

On comprend sous ce mot de clergé, toutes sortes d'ecch si.is tiques, et par ce mot d'ecclésiastiques, on entend toutes les personnes qui sont séparées de l'état desimpies laïques , par une

1 1 i[. 1 c S. (2) ta. q. t.c. 7. Conr. Trid. Sess. 23. cap. /, de reform X : 1 1 1 1 ! S!. 20. Deuter. iS. 1 . 2. 1?. <j. t. e. 6. 12. q. 1 . o. - . ( ',) Nom 35 • i) "S uni. 18. 'il.

V>o8 LE DROIT PUKLIC, LIV. I.

destination expresse au culte de Dieu, soit dans quelque ordre sacré, ou dans quelque autre moindre, on par la tonsure et par l'habit clérical (i), soit qu'ils aient quelque bénéfice, ou qu'ils n'en aient point. Car, par la simple tonsure, l'évêque leur a donné l'entrée de l'église, et lésa mis dans l'état ecclésiastique, leur apprenant que le Seigneur serait leur partage ; ce qui suppose qu'ils v persévéreront. Car plusieurs, après la tonsure, quittent ce premier engagement et rentrent au rang des laïques. Ainsi, on ne donne le rang et le nom d'ecclésiastiques qu'à ceux qui, étant entrés dans l'église par la tonsure, y embrassent cette profession', et en conservent et portent les marques.

Il v a cela de commun aux ecclésiastiques et aux laïques dans chaque état catholique, qu'ils composent tous ensemble deux différens corps, dont chacun est membre. Le corps spirituel de l'église, et le corps politique de l'état; car tous les laïques d'un état y sont, comme les ecclésiastiques, membres de l'église, et tous les ecclésiastiques y sont, comme les laïques, membres du corps politique et sujets du prince. Mais il y a cette différence entre ces deux corps, que le corps spirituel que forment les ecclésiastiques et les laïques dans un état, fait partie du corps de l'église universelle qui s'étend à tout l'univers , et qui n'étant qu'une, comprend tous les catholiques de tous les états, soit ecclésiastiques ou laïques; au lieu que le corps politique d'un état a ses bornes dans son étendue, sous la domination de son prince, sans dépendance d'autres pour le temporel ; de sorte que les ecclésiastiques et les laïques qui sont sous la domination d'un prince, ne sont membres d'aucun autre corps politique; mais tous les ecclésiastiques et tous les laïques de tous les élats et de toutes les églises du monde, sont unis et liés pour ce qui regarde le spirituel, de telle sorte qu'ils ne composent tous qu'une seule église, dont l'unité consiste en ce que toutes les nations ont été appelées à une même foi, à une même loi d'un seul Dieu dans une seule religion, qu'il a établie et enseignée aux hommes par son fds unique, qui se publie dans tous les lieux, et se perpétue dans tous les temps, par la mission unique de ses apôtres et leurs successeurs, sous un seul chef de cette église , successeur de saint Pierre, sur qui Jésus-Christ l'a fondée, et qu'il a toujours régie et régira dans toute la suite des siècles, par la suite des successeurs de ce premier chef visible , et par le canal de cette mission , que rien ne saurait jamais interrompre, et à qui rien d'étrange ne peut être uni.

On peut remarquer sur la distinction des ecclésiastiques et des laïques , cette différence entre ces deux corps de l'église et de l'état, qu'à l'égard de l'église, aucun laïque n'est capable d'j

(i) ii. d. c i.

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