TITRE XVII
Des universités , collèges et académies , et de l'usage des sciences et des arts libéraux par rapport au public.
Les établissemens d'universités ont été une suite de la nécessité des diverses sciences qu'on doit y enseigner; et cette nécessité des sciences dans un état est une suite de l'ordre de la société des hommes qui en demande l'usage pour le bien public. Ainsi, pour juger de la lin qu'on s'est proposée par les établissemens d'universités, de collèges, d'académies, et quelle doit en être l'utilité, il faut considérer dans ces sciences, le rapport qu'elles peuvent avoir à l'ordre de la société et au bien public.
Toutes les sciences ont premièrement en général cette utilité, qu'elles élèvent l'esprit de l'homme à des connaissances de vérités de plusieurs natures, qui ajoutent aux lumières naturelles de la raison, des facilités et des habitudes déjuger mieux de toutes choses que ne sauraient faire ceux qui n'ont que le simple usage de la raison sans ces connaissances, et d'en raisonner et s'en expliquer avec plus d'ordre, plus de netteté, plus de justesse, plus de fermeté, plus de politesse; et quoique cet avantage des sciences ne soit pas toujours tel en tous que chacun parvienne par son étude à cette droiture d'esprit, que les principes et le détail des vérités que les sciences renferment , devraient produire naturellement, l'étude ne laisse pas d'avoir son utilité par le bon usage qu'en font plusieurs; et s'il arrive souvent que, comme la liberté des études est ouverte à toutes sortes de personnes indistinctement, il v a beaucoup d'esprits de peu d'étendue, de peu de pénétration , de peu de justesse, de peu de discernement, qui n'acquièrent par leur étude que des connaissances imparfaites, confuses, et mêlées de fausses vues, et en qui, au lieu de la lumière et de l'ordre qui devraient être le fruit de l'étude, on ne voit au contraire que de l'obscurité et de l'embarras, ce\ inconvénient n'empêche pas la nécessité et l'utilité d'enseigner les sciences.
Mai.-,, outre cet avantage général qu'on vient de remarquer, les sciences en ont d'autres bien plus importanset plus essentiels à l'ordre public, soit pour ce qui regarde le temporel , et l'une et l'autre de ces parties demandent l'usage de plusieurs sciences. De sorte qu'il est d'une conséquence infinie au public, que celles qui se rapportent à la religion soient conservées dans leur pureté, avec toutes les précautions possibles pour maintenir en tous lieux, et dans la suite de tous les siècles, les connaissances parfaites de leurs principes et de leur détail , et qu'il est aussi d'une très-grande importance de cultiver, autant qu'il est possible, 1rs autres sciences qui regardent le temporel, et d'autant plus