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bien public, il est de l'intérêt et de l'ordre général de la société que ces sciences y soient cultivées.
De toutes ces sciences, celle qui a l'objet le plus important, est la médecine, inventée pour le plus grand de tous les biens temporels qui est la santé, c'est par les principes de cette science <pi 'on tache de découvrir la nature, les causes et les remèdes des différentes sortes de maux, ce qui renferme la nécessite de connaître la structure du corps humain, l'usage des diverses parties qui le composent, le sang et les autres humeurs, pour discerner les divers effets des maux sur les parties qu'ils affectent, et sur tout le corps. Cette science renferme la connaissance des remèdes que l'expérience a fait découvrir par l'usage des plantes, des minéraux, et des autres remèdes simples, et de ceux qui sont composés, v comprenant le discernement des alimens proportionnés aux différentes maladies, l'usage de la chirurgie pour une infinité de différentes opérations selon les diverses sortes de maux, et surtout pour les blessures, fractures, luxations ou dislocations et autres maux semblables. Ce sont ces deux parties de l'art de guérir les maux qu'on appelle pharmacie et chirurgie, qui comprennent toutes sortes de remèdes et de secours pour la conservation et le rétablissement de la santé, et dont la science de la médecine enseigne les principes, et règle l'usage; ainsi, il a été nécessaire d'établir dans les universités des professeurs de cette science. •
Toutes ces sciences dont on vient de donner ces idées générales ne peuvent s'acquérir, et on ne doit pas même en entreprendre l'étude qu'après avoir acquis d'autres connaissances nécessaires pour en donner l'entrée, et qui en sont comme les principes et les élémens; et c'est par cette raison qu'on enseigne aussi dans les universités ces principes et ces élémens sous le nom d'arts, pour les distinguer de ces premières sciences à qui leur dignité fait donner ce rang, quoique de ces autres connaissances quelquesunes aient toujours eu et aient encore dans le monde le nom de sciences.
Ces sortes d'arts, qu'on appelle arts libéraux, la grammaire, les humanités, la rhétorique , la logique, la physique, la métaphysique, sont les parties de la phvlosophie , qu'on met et qu'on peut justement mettre au nombre des sciences, puisqu'elles consistent en la théorie de plusieurs principes et de plusieurs vérités, qui ont leur certitude et les autres caractères des sciences, quoiqu'on v mêle surtout dans la physique plusieurs connaissances qui n'ont pas cette certitude.
Tous ces divers arts ont leur ordre entre eux, et ils ont tous ensemble leur rapport à ces premières sciences dont on a parlé; î;t grammaire a son usage pour apprendre les langues, surtout les anciennes, qui sont les langues des auteurs des livres où se
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conservé le dépôt et des sciences et des arts , et parmi ces langues les plus nécessaires sont la grecque et la latine, qui sont les langues originales de ces auteurs, et qui ont ces avantages, que la grecque est la langue originale des livres saints, et de tous les plus anciens auteurs des sciences, comprenant même sous ce mot les arts libéraux, ce qui fait que la plupart des mots de ces sciences sont de cette langue, et pour la latine, elle est aujourd'hui la langue de l'église, et elle a été celle de la plus grande partie de toute sorte de bons auteurs; et on a aussi en cette langue tous les anciens livres de toutes les autres.
Outre cette première utilité de la grammaire d'apprendre ces anciennes langues, elle a encore celle de renfermer les élémens et les principes de toutes les langues; car c'est par la grammaire qu'on apprend à distinguer en toutes langues les diverses sortes de mots, dont l'usage est nécessaire pour les composer; comme sont les noms des personnes et des choses qu'on appelle noms substantifs, ceux qu'on appelle adjectifs qui distinguent les qualités, et tout ce qui diversifie et les personnes et les choses; les verbes qui marquent les dispositions, les actions, les mouvemens et tout ce qu'on veut exprimer de l'état où l'on considère toutes choses animées ou inanimées; et le reste qu'on apprend par la grammaire, ce qui comprend les élémens et les fondemens de toutes les manières d'expressions, et les premiers principes de l'art de parler et de parler juste , de sorte que la grammaire a son usage pour les langues, même vulgaires et que chacun parle, puisque c'est par ces principes de la grammaire qu'on met en usage les mots et les expressions, ce qui est commun à toutes les langues.
Comme les préceptes de la grammaire ne suffisent pas pour donner l'intelligence de tous les livres, on y ajoute la lecture et l'étude des auteurs grecs et latins qui ont le mieux écrit dans ces deux langues, pour donner l'habitude de les bien entendre et expliquer toutes sortes de livres; et comme ceux de ces auteurs dont l'étude est plus propre à faire bien entendre les langues grecque et latine, sont presque tous païens qui ont écrit d'une manière simplement humaine, sans connaissance de la religion et sur de différentes sortes de matières, mais toutes renfermées dans les bornes des lettres humaines, on appelle l'étude de ces livres l'étude des humanités, qui ont outre l'agrément leur utilité par la politesse et l'élégance du style de ces auteurs, par plusieurs sentences, mots d'esprit et autres ornemens, et matières d'érudition qui sont très-utile» , soit pour écrire ou pour parler, ou même dans la simple conversation et pour d'autres usages, de sorte que l'église approuve cette étude des humanités et la lecture de ces auteurs tant à cause de la nécessité d'y apprendre les anciennes langues que des autres usages qu'on peut en tirer;
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niais elle ordonne et les bonnes mœurs demandent aussi qu'on retranche de quelques-uns de ces livres ce qu'il pourrait y avoir de contraire à la pureté.
Comme parmi ces auteurs qu on lit dans les humanités, il y en a plusieurs qui sont historiens et cosmographes, d'autres poètes, soit grecs, soit latins; on apprend dans ces livres les anciennes histoires, quelques principes de la géographie et de la cosmographie, et aussi les règles de la poésie grecque et latine ; et toutes ces études ont leur utilité qui sera expliquée dans la suite.
Après la grammaire et les humanités on passe à l'étude de la rhétorique où l'on continue les humanités, et l'on y ajoute les élémens et les préceptes de l'art de parler avec éloquence , qui consistent en quelques règles tirées des remarques qui ont été faites par quelques auteurs sur les manières naturelles de parler agréablement et efficacement pour persuader, mêlant quelquefois au discours des expressions figurées de diverses sortes, selon les sujets et l'usage que doit avoir le discours, soit pour mettre quelque vérité dans son jour, ou pour exciter quelque mouvement, ou pour d'autres fins; mais comme ces figures et tous les autres ornemens du discours, n'ont d'utilité qu'à mesure qu'ils sont essentiels au sujet, ni d'agrément qu'à proportion qu'ils sont naturels, et que plusieurs de ceux qui ont étudié cette rhétorique ne savent pas l'élever à son juste usage, mais cherchent des ornemens où il n'en faut point, et ne donnent pas à ceux qui peuvent être nécessaires, l'air naturel qui doit faire toute leur beauté , l'usage servile de ses ornemens qu'ils cultivent après cette étude, et qu'ils emploient sans discernement des matières où ils peuvent convenir, et des manières de les placer et de les tourner, a eu cet effet, que cet abus assez ordinaire a fait prendre en mauvaise part le nom de la rhétorique où ils puisent ces figures et ces orne mens; car, au lieu que l'art de bien parler devrait élever à une éloquence solide et judicieuse, proportionnée aux sujets, et dont les ornemens eussent toute leur grâce et toute leur beauté dans les manières vives et naturelles d'éclairer, de toucher, de mouvoir l'esprit et le cœur, le mauvais usage des figures et des autres ornemens de la rhétorique s 'éloignant des tours naturels, et y substituant cet air étudié et composé de l'abus des règles, fait un effet tout contraire à l'éloquence qui doit tirer toute sa beauté de la nature même; et quoiqu'il soit vrai que par la nature sans aucun usage de 1 art, on ne puisse pas aussi bien parler qu'avec le secours de l'art, ce secours ne doit point paraître , et l'art consiste aie cacher, et à n'étaler (pie les grâces naturelles de la même manière que la nature elle-même, si elle était dans sa perfection, les étalerait, car c'est elle qui en est la source; ainsi , plus il y a d'art qui donne à la nature sa perfection , moius il doit paraître, et ce qui parait de servitude de l'étude et du travail de
l'art, parait moins beau à proportion cpie la nature y a moins de part.
On fait ici cette remarque de l'abus qui peut se faire de la rhétorique, parce qu'il est de l'intérêt public que ceux dont les professions demandent l'usage de l'éloquence, s'éloignent de cette fausse rhétorique par l'usage opposé d'une éloquence proportionnée à leurs sujets, et qu'ils conservent avec la grâce des ornemens que les matières peuvent demander, la force et la dignité propres à leurs fins, soit pour parler en public, ou pour écrire des ouvrages qui méritent l'usage de l'éloquence. Car l'ordre public la rend nécessaire au ministère de plusieurs professions dont chacune a besoin de son éloquence pour toucher l'esprit ou le cœur. Quelques-unes pour mettre des vérités soit de fait ou autres, dans leur jour, et en établir les preuves par la force des raisonnemens et des réflexions sur tout ce qui peut y contribuer, et par l'ordre et les autres caractères propres à ce genre de persuader, et éclairer l'esprit des lumières de la vérité. D'autres pour exciter des mouvemens ou des sentimens d'estime, d'aversion, de tendresse, d'indignation, de zèle, de générosité, et les autres que les divers sujets et les occasions peuvent demander selon les sortes d'impressions que doivent faire les différens caractères des divers objets, soit par leurs attraits, comme la justice, les vertus, les vérités, ou par leurs qualités opposées comme l'injustice , les erreurs , les vices. Ainsi , les officiers chefs de compagnies de justice ont à parler quelquefois en public pour des remontrances ou d'autres sujets, soit pour quelque établissement utile, ou pour la réforrvation de quelques abus, et leur dignité et les matières dont ils ont à parler demandent une éloquence grave et qui soit digne de leur rang. Ainsi , les gens du Roi, dans ces mêmes compagnies, ont à faire des harangues, des plaidoyers, des remontrances et d'autres discours de différens-genres qui ont leurs caractères différens, et qui demandent leurs sortes d'éloquence proportionnée, et leurs plaidoyers même qui pourraient sembler être du même genre que ceux des avocats des parties, ayant pour sujet la défense de la justice et de l'équité poulies parties qui ont la bonne cause, doivent être distingués de ceux des avocats par la manière de cette défense; car, au lieu que les avocats n'ayant à défendre que l'intérêt d'une des parties, ils peuvent se restreindre à ce qui regarde cet intérêt, et ne tendre qu'à toucher l'esprit et le cœur des juges des sentimens et des mouvemens que la qualité de leurs causes peuvent rendre nécessaires, et qu'ainsi les exagérations et les autres figures proportionnées à l'état des causes peuvent dans leur bouche être naturelles à l'éloquence de leur profession, le devoir de défendre la justice étant joint dans la bouche des gens du Roi à la dignité et à l'autorité de leurs charges, dont les fonctions sont de rendre