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témoignage de la vérité des laits, et de protéger la justice du bon parti, ils ont à peser les intérêts et les moyens des deux parties, et à défendre la juste cause , de telle sorte qu'ils n'y embrassent que le parti de la vérité et de la justice, ce qui bannit de leur éloquence les ligures et les ornemens qui paraîtraient pencher à quelque considération pour l'intérêt d'une partie par d'autres vues que de l'équité qui demande leur protection, et à qui seule ils peuvent donner quelques traits de la force et de la dignité que doit avoir dans leur bouche une éloquence consacrée à la vérité et à la justice.
On peut encore mettre au nombre des personnes de qui les professions ou les emplois peuvent demander l'usage de l'éloquence, ceux qui président à des assemblées, comme du clergé ou autres, ceux qui assistent à des conciles, les ambassadeurs, les généraux d'armées et autres qui peuvent être dans des occasions de parler en public; et chacune de ces professions ou emplois à sa manière d'éloquence propre; mais de toutes les sortes d'éloquence, aucune n'importe autant au public que celle des personnes qui doivent annoncer la parole de Dieu au peuple, évèques, pasteurs et autres qui ont l'honneur d'être appelés à cette fonction , dont le ministère demande une espèce d'éloquence qui soit proportionnée par des caractères singuliers, et qui la distinguent de toute autre sorte d'éloquence, selon que sa fin et son usage en est différent. Car au lieu que tous les autres usages de l'éloquence sont de persuader l'esprit de quelques vérités, ou d'exciter dans le cœur quelques sentimens qui peuvent naturellement devenir agréables et à l'esprit et au cœur de.s personnes qu'on veut toucher et persuader, soit qu'elles n'y aient aucun intérêt propre, ou qu'il s'agisse de leur intérêt, l'usage de l'éloquence qui doit accompagner la parole divine est d'éclairer les esprits de vérités, et toucher les cœurs de sentimens et de mouvemens, qui, quoiqu'essentiels au plus grand de leurs intérêts, loin de pouvoir naturellement leur être agréables, ne trouvent en la plupart que de l'opposition et une résistance que Dieu seul peut vaincre; ce sont des aveugles qu'il faut éclairer, des sourds qu'il faut faire entendre, des paralytiques qu'il faut mettre en mouvement, des amateurs de leurs plaisirs, de leurs intérêts, et des esclaves de leurs passions à qui il faut enseigner et inspirer l'amour opposé d'objets qu'ils rejettent, et dont les attraits doivent affadir et rendre insipides et horribles même tous ceux de leurs passions. Ainsi, cet ouvrage qui tient du miracle, ne peut s'opérer que par la vertu d'une éloquence qui ait le caractère divin des vérités qu'elle enseigne et des sentimens qu'elle doit produire, et ce caractère n'est autre chose que la lumière qui met ces vérités dans leur jour pour en persuader l'esprit et l'attrait qui en inspire l'amour dans le cœur.
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Il est facile de juger qu'une éloquence destinée à un tel usage, doit avoir pour première règle que ce soit l'esprit de Dieu qui domine sur tout l'appareil qui doit la former, et quoique Dieu permette que des ministres de sa parole qui l'annoncent par un autre esprit ne laissent pas d'instruire et toucher quelques auditeurs, soit à cause des bonnes dispositions de ceux qui vont les entendre, ou par l'effet d'une conduite particulière de Dieu sur eux, il est toujours vrai que celui qui annonce la parole de Dieu devant 'avoir pour fin d'élever à lui ceux qui l'écoutent , doit avoir pour principe cet esprit de Dieu qui doit animer le sien, et passer de sa bouche et de son cœur à l'oreille et au cœur de ses auditeurs.
Selon ce principe qu'on peut supposer pour bien établi , et dont on ne doit pas ici rapporter de plus amples preuves, tout ce que ceux qui annoncent la parole de Dieu peuvent y mêler qui ne convienne pas à l'esprit de Dieu, ne peut être propre à leur éloquence, et elle aura au contraire sa perfection par les caractères de cet esprit, puisque c'est lui qui doit parler par leur bouche. Ainsi, l'écriture étant son langage propre, c'est principalement dans cette source qu'il faut puiser les fondemens et les ornemens de cette éloquence; on ne saurait aussi se proposer aucune éloquence qui égale celle des livres saints, nonseulement en leur genre, mais en aucun autre. De sorte qu'il est assez étrange que quelques auteurs pieux aient cru qu'on ne devait pas chercher d'éloquence dans l'écriture, ayant jugé que son caractère de simplicité y est opposé, au lieu que des auteurs même païens ont senti dans cette simplicité de l'écriture, des beautés et des grandeurs d'expressions qu'ils ont donnés pouxexemple de ce genre d'éloquence qu'on appelle sublime; et on voit aussi dans tous les livres saints, que ce caractère de simplicité n'est qu'un effet de ce que c'est le Saint-Esprit même qui s*y exprime, et qui seul peut inspirer des expressions dignes des "vérités que lui seul enseigne, et dont il peut seul donner de justes idées, ce qui fait qu'on voit en plusieurs endroits de l'écriture des trais d'une éloquence dont le caractère marque que c'est Dieu qui parle, et où jamais aucun homme n'aurait pu atteindre; car quel homme, par exemple, aurait jamais pu s'aviser de dire de Dieu que cest celui qui est, si Dieu n'avait appris lui-même cette expression à Moïse, se définissant par cette parole, ego sum qui sutn, c'est moi qui suis (i). Quel homme aurait su exprimer la manière dont Dieu créa toutes choses, si ce divin historien de l'origine du monde quia eu pour témoin Dieu même, n'avait appris de lui ce qu'il nous apprend par une expression divine, qui marque que ce fut une simple
(i)Exod. 3. 14.
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parole de la volonté de Dieu qui tira du néant tout ce qu'il créa, c'est ce qui signifie ce mot de Moïse fiât (i), et cette expression d'un autre prophète : DUit et foi ta surit, ipse mandavit et i tenta sunt ■!).
On pourrait rapporter ici plusieurs expressions de cette éloquence divine des livres saints, et de l'ancien et du nouveau testament, soit pour parlera l'esprit ou pour toucher le cœur : car, dans l'ancien, on peut surtout admirer celle des livres de Moïse et des autres prophètes qui tous ont annoncé la parole de Dieu au peuple, et aussi celle des psaumes; et on peut dire du nouveau que rien n'est comparable à l'éloquence des paroles de Jésus-Christ qui, dans une simplicité d'expressions et une justesse admirable de paraboles, et dans toutes ces autres manières d'instruire les hommes, renferme une grandeur et une étendue de vérités qu'un Dieu seul pouvait enseigner de cette manière, et qui faisait dire à ceux même que ses ennemis avaient envoyés pour l'arrêter, que jamais homme n'avait parlé comme lui 3 .
Pourrait-on ajouter comme un trait de son éloquence divine, celle qui brille dans son silence devant Pilate, qui fut bien plus surpris et touche de ce qui signifiait ce silence d'un tel homme dans ces circonstances '4 , qu'on ne saurait l'être d'aucunes paroles. Ainsi, ce silence même était une expression qui avait le caractère d'une éloquence vraiment divine; on ajoutera seulement sur cette éloquence des livres saints, que, quoique les ouvrages de saint Paul manquent de la régularité des constructions qui pourrait paraître la première et la plus nécessaire partie de l'éloquence, il renferme cependant toute la grandeur, toute la dignité et toute l'efficace de l'éloquence la plus sublime par la manière courte et vive dont il ramasse les trésors des vérités les plus importantes, les plus capitales et les plus essentielles de la religion qu'il verse de sa plénitude comme un torrent de pierreries qu'il donne à ranger et à mettre en œuvre à ceux qui le lisent et qui ['étudient avec l'application que mérite la lecture des ouvrages dictés par le Saint-Esprit.
Il est vrai que la simplicité et la brièveté des expressions de l'écriture, pour expliquer tout ce qu'elle nous enseigne de plus grand et de plus élevé, renfermant en très-peu de mots des vérités et des instructions essentielles, capitales, fondamentales, et qui sont les principes et les sources fécondes du détail infini de tout ce qui regarde notre conduite et tous nos devoirs ; il n'est ni possible au prédicateur d'imiter les caractères de cette éloquence divine, ni facile à l'auditeur d'en faire sentir à la simple prononciation toute la substance, toute retendue, toute la grandeur, toute la beauté, et" qu'ainsi l'usage de cette subli-
(0 Cènes. 1. 3. 6- 14. (2) Ps. 148. 5. (5) Joan. 7. 46. (4) Mattli. 27. 14
'Mjfi LE DROIT PUBLIC , L1V. I.
mité de l'éloquence des livres saints, est plutôt la matière et l'objet d'une longue et profonde méditation sur les vérités qu'elle enseigne, et surtout ce que la fécondité contient de différentes instructions, qu'un exemple de style qu'on puisse imiter.
C'est sur la lecture et l'étude de ces divins livres que doivent fonder toute leur science et toute leur éloquence, ceux qui doivent instruire les peuples; car c'est dans ce seul dépôt que sont les sources inépuisables de toutes les vérités dont ils doivent éclairer et instruire les esprits de ceux qui les écoutent, et de tous les sentimens dont ils doivent toucher les cœurs; aussi voiton cette grandeur, cette beauté, cette fécondité de l'éloquence des livres saints, par deux expériences qui en font deux preuves sensibles, l'une de l'usage continuel de la parole divine dans l'office de l'église, où ceux qui ont le goût de cette éloquence trouvent sans lin des beautés nouvelles dans les mêmes paroles, et l'autre de la distinction de ceux des prédicateurs qui en font leur étude, et qui s'en remplissent l'esprit et le cœur, et de la différence entre le succès de leurs discours et de ceux des autres, ce qui est un effet de ce qu'ils sont eux-mêmes persuadés des vérités, et pénétrés des sentimens qu'ils veulent enseigner et inspirer aux autres; car s'il est vrai que dans l'éloquence humaine celui qui veut porter son auditeur à quelque mouvement, doit en être lui-même touché, comme l'a remarqué un auteur païen (i), cette règle est bien plus essentielle à ceux qui, parlant de la part de Dieu , ne doivent parler que pour l'usage de leur mission qui consiste à éclairer les esprits de la lumière, et embraser les cœurs de l'ardeur de ce feu, que celui qui les envoie a dit qu'il était venu allumer au monde (2), et comme il n'y a que le feu qui puisse allumer le feu, et qu'ils sont les premiers qui doivent s'enflammer eux-mêmes de celui dont ils doivent enflammer les autres, leur première règle est sans doute qu'ils doivent avoir les premiers et dans l'esprit et dans le cœur, ce feu qu'ils doivent allumer dans l'esprit et le cœur de leurs auditeurs. Ce fut pour marquer le caractère «pie doit avoir leur éloquence de ce feu divin, que lorsque Dieu envoya le Saint-Esprit aux apôtres et aux autres disciples pour les remplir des dons de leur ministère, et surtout de celui d'annoncer sa parole, l'esprit saint qui devait les animer parut sur eux en langues de feu (V, et le premier effet de la lumière et de l'ardeur de ce feu dans leurs paroles fut de l'allumer dans les cœurs de leurs auditeurs (4), comme celui qui les envoyait avait peu de jours auparavant éclairé et enflammé par ses paroles les esprits et les cœurs de deux de ses disciples pour les affermir dans les vérités de ses mystères (5).
(1) Si vis me flere, dolenduru est primùm ipsi tibi. Horat.de art. Poet. (2) Luc. 12. 49. (3) Act. 2. 3. (4) Act. a. 37. (5) Luc. 24. 32. Ps. 118. 140. Prov. 3o. 5.
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Ce sont là bien sûrement les modèles des prédicateurs, ce sont leur exemple, et ces vérités sont les principes essentiels de l'éloquence qu'ils doivent an public. S'ils imitent ces modèles, s'ils sont persuadés de ces principes, et s'ils tâchent d'en faire leurs règles, ils seront éloquens sans l'appareil de celles de la rhétorique; et si au contraire ils se bornent à plaire à l'esprit par l'usage de celle-ci, ils se rendent indignes d'un ministère sacré qu'ils profanent, préférant au caractère essentiel de l'éloquence naturelle, à ce ministère divin qui est d'élever les hommes à Dieu, le caractère opposé de l'art de leur plaire pour se les attirer à eux-mêmes. Ce qu'on ne dit pas pour condamner dans le ministère de la parole divine, l'usage de tous ornemens ; car tout ce qu'on vient de dire n'exclut de ce ministère que ceux qui ne conviennent pas à sa dignité et à son esprit, et qui sont plus propres à divertir les auditeurs et à les porter à l'estime du prédicateur qu'à les élever à l'amour de Dieu. Mais il y a une infinité d'ornemens qui ont tout ensemble et l'agrément et la dignité , et qu'il est très-utile de mêler à la parole divine, quoique ce soit des traits de l'éloquence naturelle, et de celle même dont les règles de la beauté du discours ont été tirées. Car, comme ces règles sont tirées de ce qu'on a observé dans la nature de propre à plaire à l'esprit et toucher le cœur, et que la nature est l'ouvrage de Dieu, tout ce que les manières naturelles de parler en public ou d'écrire peuvent avoir de beau, de grand, de solide, et de propre à insinuer dans les esprits et dans les cœurs l'estime et l'amour des vérités delà religion, sera propre à l'éloquence des prédicateurs, et ils n'ont à rejeter de ces ornemens naturels que ce qui tomberait dans le vice de plaire à la seule curiosité ou en d'autres défauts que la corruption de la nature pourrait mêler à ce quelle a conservé de bon ; mais ils peuvent v employer sagement et avec prudence les ornemens qui peuvent être propres et tournés pour plaire à l'esprit, non pour l'esprit même, ce qui ne servirait qu'à satisfaire la curiosité, mais pour faire entrer par l'esprit dans le fond du cœur l'attrait des vérités dignes d'être annoncées de la part de Dieu et par sa parole.
Il n'est pas difficile de discerner sur ces principes de quelle manière ceux qui sont appelés au ministère auguste de la prédication doivent s'y préparer, et de quels ornemens ils doivent former une éloquence dont rien ne peut être digne qui ne soit une lumière et un attrait de l'esprit de Dieu; ainsi, une éloquence qui aurait l'essentiel de ce caractère avec la plus médiocre capacité de l'art de parler, pourra persuader plus efficacement que toute autre qui manquerait de ce caractère essentiel pour persuader et convaincre.
Outre cette nécessité de la grammaire, des humanités et de Yé-
loqueuce pour les divers usages qu'on vient d'expliquer, on a
besoin en plusieurs professions de l'étude de la philosophie, et surtout pour celles de théologiens, de jurisconsultes, de magistrats, d'avocats, de médecins, et d'autres qui peuvent demander l'usage de quelque science. C'est cette philosophie qu'on met dans les universités au nombre des arts, et qu'on distingue en quatre différentes parties, qui fout la logique, la physique, lu métaphysique et la morale.
Quoique ces quatre parties de la phylosophie semblent n'avoir pas toutes leur rapport à toutes ces professions, et que, par exemple, la physique paraisse peu nécessaire pour l'usage de la jurisprudence, il est pourtant vrai qu'elles ont toutes cetle double utilité pour l'étude de toutes sortes de sciences, que chacune peut avoir par quelques-unes de ces matières et de ses règles quelque rapport à quelque partie de chaque science, et que toutes ensemble ont en général l'effet de former l'esprit et l'habituer à l'intelligence de toute sorte de matières, de l'accoutumer à se faire des idées nettes et précises de toute sorte d'objets, et surtout de ceux qui ne tombent pas sous les sens, et de l'affermir dans les justes manières de concevoir et de raisonner ; car les objets de la logique, de la métaphysique, de la morale, et plusieurs môme de la physique, sont des matières que l'esprit conçoit indépendamment des sens, ce qui l'accoutume à penser aussi et à raisonner sans besoin des sens, et à pouvoir approfondir en toutes matières ce qu'elles ont de plus spirituel et de plus propre à être l'objet de l'esprit, comme on le verra par les idées générales qu'on donnera ici de l'usage de chacune de ces parties.
La logique est la première qui donne l'entrée, non-seulement aux autres parties de la philosophie, mais aussi à toutes les autres sciences, comme à la théologie, à la jurisprudence , à la médecine et aux autres; car, outre cet usage général qu'on vient de remarquer d'accoutumer l'esprit aux objets purement spirituels, ce que les autres parties de la phvlosophie ont de commun avec la logique , elle est proprement l'art de conduire l'esprit à se former des idées justes et précises de toutes choses, surtout de celles qui ne sont l'objet que de l'intelligence, et où les sens n'ont point de part; c'est pour cet usage que cette science considère en toutes choses indépendamment des sens, ce qu'il y a de commun à toutes, comme l'être, ou seulement à plusieurs et non à toutes, comme la vie animale commune aux hommes et à toutes sortes d'animaux; et ce qu'il y a de commun seulement à peu de sortes ou espèces de choses, comme l'intelligence commune aux anges et aux hommes; et en même temps la logique considère ce que les différentes espèces ont de propre qui les distingue les unes des autres. Ainsi, entre les choses qui ont en commun la vie animale, l'intelligence distingue l'homme des animaux qui ont
DES UNIVERSITES, TIT. XVII. 3oi
cette vie là commune avec lui, c'est par ces vues de ce qu'il va de -ruerai et de commun, ou à toutes sortes de choses, ou à plusieurs sortes, ou à quelques-unes, et de ce que chaque sorte a de propre, qu'on distingue ce qu'on apelle genres et espèces, qui ont plus ou moins d'étendue selon que les caractères qui les distinguent sont plus ou moins généraux, et conviennent à plus . ou moins de sortes de choses; et c'est par ces caractères qui font ces genres et ces espèces, que la logique donne la méthode de distinguer, de diviser, de définir, c'est-à-dire de concevoir l'ordre des choses qui ont entre elles quelque affinité par des caractères qui leur sont communs, ranger chacune avec celles qui sont de son rang, et les séparer les unes des autres; donner les idées précises de leurs natures, qui consistent en ces caractères qu'elles ont de commun entre elles, et en ceux qui les distinguent, et pour observer plus exactement cette justesse, cette science enseigne à définir les noms des choses avant que de définir leurs natures, afin d'éviter les obscurités des expressions et les équivoques.
La logique considère les diverses qualités qui suivent naturellement le rapport que chaque chose peut avoir aux autres, comme une cause à son effet, une chose plus grande à une moindre, un signe à ce qu'il signifie, et c'est par ces vues et les autres semblables de ce que l'esprit peut distinguer, et dans la substance et dans les qualités de toutes choses, qu'il se forme et s'habitue à bien concevoir et à bien raisonner, ne recevant pour vrai que des principes sûrs, ou des conséquences qui en soient bien tirées. C'est aussi pour ne tirer des bons principes que des conséquences qui en soient des suites certaines, que la logique donne la méthode qu'on a inventée pour mettre les raisonnement dans une telle justesse que les règles de cette méthode étant observées, il est impossible que la conclusion du raisonnement ne convainque invinciblement si on laisse passer les propositions d'où elle est tirée, et cette certitude est le simple effet de l'arrangement de ces propositions, qui fait que la conséquence qu'on en tire , v est nécessairement liée , lorsque ces règles sont bien observées.
Des trois autres parties de la philosophie, celle qui a le plus de rapport à la logique, est la métaphysique, parce qu'elle considère les choses indépendamment des sens, et celles mêmes qui sont corporelles et sensibles. Ainsi, elle considère en toutes choses leur subsistance, leur existence, les propriétés essentielles que Dieu a données à tous les êtres, et qui sont en chacun son unité, sa vérité, sa bonté; car ces trois caractères se trouvent nécessairement en chaque chose, et tout être e^t un en sa nature, quoiqu'il puisse être composé de plusieurs différentes parties comme une plante ou un animal. Tout être est vrai par son exjs-
tence qui le rend conforme au principe de sa nature, et tout être est bon par le simple effet de ce qu'il est l'ouvrage de Dieu (i).
C'est cette même science qui considère les différentes espèces de causes et de principes, et les diverses manières dont une chose peut être la cause ou le principe d'une autre, distingue aussi les principes spirituels des diverses connaissances de la vérité, comme sont ceux de la géométrie dont il sera parlé dans la suite, qu'on appelle axiomes, ceux de la morale, qu'on appelle maximes, et ceux des autres sciences; et la métaphysique a même les siens, comme celui-ci qu'il est impossible qu'une chose soit ou ne soit pas, et d'autres semblables. Ainsi, on distingue dans la métaphysique les causes qui produisent des effets, comme le soleil produit la chaleur, ce qu'on appelle cause efficiente, les principes qui nous font agir, comme la fin que nous nous proposons, qu'on nomme cause finale; l'exemple que nous imitons et les autres.
C'est encore cette science qui s'élève à la connaissance de la nature des anges et de celle de Dieu et des attributs divins, non de la manière réservée à la théologie, qui joint au raisonnement naturel les principes de la foi, mais par les simples lumières de la nature qui fournissent diverses preuves qu'il y a un Dieu, et qui renferment la nécessité de son existence, de son indépendance, de son immutabilité, de sa toute-puissance, de sa providence et de ses autres attributs.
La physique est différente de la logique et de la métaphysique, non-seulement par la distinction de son objet, mais aussi par la manière dont elle en traite ; car elle n'a pour objet que les corps, et elle v considère principalement ce qu'ils ont de matériel et de sensible; leurs qualités, leur génération, leur corruption, leur construction, c'est-à-dire la manière dont ils sont composés, ce qui fait et distingue les différentes sortes de matières, l'assemblage des petites parties dont tous les corps sont composés, la nature de ses parties, celle des diverses qualités des corps, couleurs et autres, et de la lumière qui les fait voir, les causes des mouvemens que fait dans les corps ce qu'on appelle le poids, et de ceux que fait l'impression qu'un corps peut recevoir d'un autre, ce que c'est que ce poids, ce que c'est que cette impression, ce qui fait cette autre sorte de mouvement de la dilatation des corps liquides échauffes , qu'on appelle raréfaction; les diverses causes et effets de ce qu'on nomme fermentation, et les autres matières semblables qui ont presque toutes un caractère d'obscurité, qui fait qu'elles sont plutôt l'objet d'un travail d'esprit et d'une étude infructueuse, que d'une science qui parvienne
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à des connaissances claires et certaines ; car on peut dire de la physique, qu'elle n'a presque rien découvert jusqu'à présent, et qu'elle ne découvrira vraisemblablement que bien peu de choses, qui satisfassent parfaitement un esprit juste sur toutes les matières dont on y traite, comme de celles qu'on vient de remarquer, et des autres semblables. Sur quoi l'on peut dire que comme Dieu n'a donné aux hommes l'usage des sciences que pour leurs besoins, il ne leur a laissé que celui des connaissances que la raison et l'expérience peuvent leur donner de ce qui peut être nécessaire pour ces besoins, et leur a caché, comme il a été dit en un autre lieu (i ), ce qui ne serait que l'objet de la curiosité, se rendant également admirable, et par l'ordre et la beauté de ce que nous connaissons de ces ouvrages, et par l'impénétrabilité de ce qu'il ne veut pas que nous connaissions.
La physique ne laisse pas d'avoir son usage; car, outre qu'elle enseigne quelques vérités certaines, comme, par exemple, ce qu'elle emprunte de la géométrie sur l'impossibilité d'arriver à une dernière division des moindres particules de chaque corps, ce qu'elle prend de l'astronomie pour la sphère et les mouvemens ou des cieux ou de la terre, qui font les jours et les années, et qu'en quelque autre matière elle découvre plusieurs vérités. L'étude des matières même les plus obscures de la physique, a son utilité d'exercer les esprits desétudians par divers raisonnemens. Cette même physique a aussi cette utilité qu'elle conduit à une autre physique, dont l'usage est d'une grande nécessité et utilité pour le public, et qui a pour objet de découvrir par des raisonnemens et des expériences sur les diverses espèces de corps et de matières de toute nature, animaux, arbres, plantes, minéraux et autres , ce qu'il y a de qualités qui puissent servir à l'usage des remèdes pour les diverses maladies, et à une infinité d'autres usages dans tous les arts; car leur grande étendue demande qu'on y emploie une infinité de diverses matières nécessaires, ou par leurs simples qualités naturelles, ou par les diverses préparations (pie l'étude des expériences de plusieurs siècles a découvertes, et qui peuvent toujours se multiplier et se perfectionner de plus en plus en cultivant cette étude comme on le fait aujourd'hui en France.
La quatrième et dernière partie de la philosophie qui est la morale, a cela de commun avec la logique et la métaphysique, que son objet et ses principes sont independans des sens; car elle a pour objet tout ce qui regarde les mœurs, la nature et les caractères des actions humaines, c'est-à-dire celles d'une volonté libre qui agisse pour quelque fin, et qui sont capables du bien ou du mal, la nature et les caractères de cette liberté, les di-
i Y le traite des lois, cli. i, art. 3. Eccl. 3. ti Epjcl. 11. i
io/j I.E DROIT PUBLIC, LIV. I.
verses passions de l'homme, ses affections, ses habitudes, les fins qu'il se propose, sa pente au bien et à la félicité ou réelle ou apparente; les vertus qu'on appelle morales, prudence, justice, force, tempérance; les lois et les autres matières semblables qu'on explique dans cette science, comme on explique dans la métaphysique, ce qui regarde Dieu et ses attributs, c'est-à-dire par des raisonnemens tirés des lumières naturelles. Et on voit aussi que plusieurs auteurs païens ont traité de cette science. Sur quoi il faut remarquer la conséquence du bon usage de cos principes et du détail qu'on v enseigne pour ne rien donner aux principes de la philosophie humaine qui puisse blesser ceux de la religion, mais que ceux-ci tiennent lieu partout des premières règles, et que toute cette morale ait son esprit, ses sources et ses fondemens dans l'esprit de la religion, et dans les vérités de la foi qui doivent régner en tout ce qu'on y apprend.
Comme la conséquence de l'intégrité et de la pureté des moeurs et de toutes les règles qui regardent les matières qu'on enseigne dans cette science humaine de la morale, qui fait partie de la philosophie, a obligé à cette dernière remarque de n'en faire aucun usage qui blesse les principes de la religion et les vérités de la foi, on peut remarquer aussi sur les trois autres parties de la philosophie, logique, métaphysique et physique, qu'il est important non-seulement de n'v rien mêler et n'en rien tourner contre les dogmes de la foi, mais qu'il faut avoir soin d'éviter de plus en toutes sortes de raisonnemens, sur quelque matière que ce puisse être, non-seulement les subtilités et les curiosités inutiles que quelques-uns mêlent à ce qu'il v a de nécessaire et d'utile dans ces sciences, mais encore le mauvais usage de ce qui est même de leurs principes et de leurs règles; car, encore que ces principes et ces règles aient leur fondement dans la nature, et qu'ainsi un jugement solide puisse en faire un usage qui paraisse sans art et tout naturel, ces personnes en usent dans leurs discours et dans leurs écrits d'une manière qui marque la méthode et 1 air des écoles, comme il arrive à ceux qui font un pareil abus de la rhétorique; au lieu que le bon usage de tous les principes et de toutes les règles de la rhétorique, de la logique et de la métaphysique, étant tiré de la nature, devrait être l'effet de l'habitude à concevoir et à raisonner naturellement. De sorte qu'il ne faut user de ces principes et de ces règles, que de la même manière qu'on use de celles de la grammaire, que l'on observe naturellement sans faire réflexion, ni sur la différente nature des noms, des verbes, des participes et des autres mots qui composent toutes les langues, ni sur les modes et les temps des verbes; ce qu'il faut entendre à proportion des différens usages de tous ces divers arts, et des différentes manières dont les habitudes peuvent s'en former.
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Avant que de passer aux autres arts ou sciences qu'on enseigne flans les écoles publiques, et dont la principale est la géométrie, il faut rappeler ici la réflexion qu'on a déjà faite sur la physique, qu'encore que cette science ait pour objet les corps et les matières sensibles, la nature des parties qui les composent, celle de leurs qualités, et les autres choses semblables qu'elle y considère, elle n'en donne que bien peu de connaissances qui aient quelque certitude; au lieu (pie la géométrie, qui a aussi pour objet les corps et les matières sensibles, mais qu'elle considère par d'autres vues, n'en enseigne rien, qui non-seulement ne soit trèscertain, mais qui n'ait une évidence telle que tout esprit capable de cette science est convaincu de tout ce qu'elle avance, de même que chacun est assure que le tout est plus grand que sa partie.
Cette différence entre la géométrie et la physique, est un effet naturel de la différence des manières dont l'une et l'autre considèrent les corps et les matières qui sont leur objet: car, au lieu que la physique doit considérer dans les corps, leurs causes , leurs qualités pour découvrir quelle est leur nature qui est invisible aux sens , la géométrie n'y considère ni leurs causes, ni leurs qualités, mais seulement leur quantité qu'elle regarde indépendamment de la nature des diverses sortes de corps et de toutes leurs autres qualités, se bornant à la seule vue de ce qui entre dans l'idée de la quantité. Elle en distingue deux espèces, rime de l'étendue de ce qui est contenu et qui consiste ou en longueur seule, qui sont les lignes dont les points sont les extrémités; ou en longueur et largeur ensemble qui font les extrémités des corps, qu'on appelle leur surface; cm en longueur , largeur et profondeur qui font les corps solides; l'autre espèce est des nombres qui font la quantité des choses distinctes. Et parce que la (huée du temps et les mouvemens des corps font aussi une espèce de quantité, la géométrie y a pareillement son usage selon que cette durée et ces mouvemens sont considérés sous cette idée de quantité. Ainsi , la géométrie considère les diverses sortes de lignes droites, courbes, spirales et autres, les diverses sortes d'angles que font ces lignes lorsqu'elles concourent à un point ; les figures des triangles, des cercles , des quartés et autres surfaces; les pyramides, les cubes, les globes, et les autres corps solides; les parties de la durée et du mouvement; et en chacun de ces differens objets, la géométrie regarde leur nature, leurs propriétés, les î-apports des uns aux autres dans le même genre et leurs différences, comme si l'un est plus grand que l'autre; la manière dont l'un est contenu dans l'autre, ce qu'on appelle raison; la comparaison de la raison de l'un à l'autre, à une autre raison d'un autre à un autre, ce qui s'appelle proportion; et commençant par les définitions des termes et des choses qu'ils signifient, par des règles qui établissent des principes ineontes-
'><»'• l.K mu HT PUBLIC, I.1V. r.
tables comme ceux ci, que deux choses égales à une troisième , sont égales entre elles ; rjnc si à chacune des deux quantités égales on en ajoute d'autres égales, les tous seront égaux , et autres semblables; par des demandes dont on ne puisse disconvenir, comme qu'il soit permis de tirer une ligne (F un point à un autre ; on découvre par ce progrès une suite infinie de vérités dont les premières sont évidentes par leur liaison nécessaire aux déiinirions , aux principes et aux dispositions qui ont précède. Et de ces premières vérités qui deviennent elles-mêmes des principes par leur évidence, on passe à d'autres successivement; de telle sorte, que rien ne soit avancé qui n'ait l'évidence d'une définition ou d'un principe, ou qui ne soit démontré avec la même certitude qu'ont les principes.
C'est par cet enchaînement de définitions , de principes et de démonstrations qui dépendent les unesdes autres, qu'on découvre dans la géométrie une infinité de vérités qui paraissent impénétrables, et quelques-unes même qui passent les bornes de toute imagination, comme, par exemple, qu'il y a des lignes, des surfaces et des corps solides, qui, comparés à d'autres de même genre, ne sauraient avoir aucune mesure commune, si petite qu'elle puisse être, ce qu'on appelle quantités incommensurables, qui ne peuvent être comparées entre elles comme un nombre à nu antre nombre : car tous les nombres ont pour mesure commune au inoins l'unité. Mais quand on diviserait ces quantités en particules jusqu'à l'infini, on ne saurait arriver à une partie assez petite, pour servir de mesure commune à ces quantités; comme l'unité est une mesure commune de tous les nombres, et toutes les moindres particules où l'on ne saurait jamais arriver, divisant toujours, seront toutes trop grandes pour mesurer au juste ces deux sortes de quantités; de même que le nombre deux est trop grand pour être une mesure commune de trois et de quatre, ni de dix et d'onze.
On ne doit pas s'étendre davantage ici, ni sur les matières qui sont l'objet de la géométrie , ni sur les diverses manières dont on v use, pour former les démonstrations les plus difficiles, comme dans cette partie de la géométrie qu'on appelle algèbre; mais il a été nécessaire de faire ce peu de remarques pour expliquer en général l'ordre de la méthode dont la géométrie se sert pour faire les preuves de ce qu'elle enseigne. Et comme dans la logique on a aussi expliqué en général son usage, pour bien concevoir toutes sortes d'objets et en raisonner, on doit de même remarquer dans la méthode de la géométrie, l'ordre qu'elle observe pour ce même usage, et considérer en même temps la différence entre l'objet et la méthode de la géométrie et l'objet et la méthode de la logique.
Cette différefaCC consiste, pour l'objet, en ce (pie les matières
DES UNIVERSITÉS, TIT. XVII. iO"
de la logique sont d'un genre dont la vérité n'est pas si sensible que celle des matières de la géométrie , et que les idées en sont plus abstraites; et pour la méthode, en ce que celle de la logique, qui est l'artifice du syllogisme, est susceptible de ces faux raisonnemens qu'on appelle paralogismes, où l'on impose à ceux qui ne savent pas assez les règles, ou qui ne sont pas assez clair- voyans; mais on ne saurait abuser de la méthode de la géométrie, pour induire en erreur, ni jamais surprendre les esprits les plus médiocres de ceux qui sont capables de cette science, puisqu'il n'v a qu'à voir en chaque démarche, si tout est si clair et si sur, qu'il n'v reste ni doute, ni obscurité, et si la vérité v est évidente, ou par elle-même ou par sa liaison à celles qui ont été prouvées.
C'est par cette méthode de la géométrie, que ceux qui en ont l'usage doivent former leurs raisonnemens en toutes matières, à proportion que l'application peut en être faite : car cette manière de raisonner est plus simple, plus naturelle et plus facile que n'est celle de la logique, qui renferme bien plus de règles, ia plupart abstraites, et dont tous les esprits ne sont pas capables. Ainsi , cette méthode de la géométrie est plus de la portée de tous les esprits, et elle est aussi plus propre à mettre tout ce qui doit entrer dans un discours de raisonnement, dans son ordre, dans son jour et dans sa force, et à découvrir tous les défauts de justesse. Cette méthode peut se réduire à deux simples règles, l'une, de ne rien recevoir pour vrai, qui ne soit ou évident par soi-même, ou démontré; et l'autre, de ranger tout le détail des vérités qu'on veut prouver selon qu'elles suivent les unes des autres : et c'est pour l'observation de ces deux règles, que les géomètres commencent par définir les mots et les choses dont ils doivent parler, à établir les principes d'où doivent dépendre les vérités qu'ils veident prouver, et à tirer de ces définitions et de ces principes, les conséquences des propositions qu'ils avanceront: faisant toujours précéder celles qui sont de plus près liées à ces définitions et à ces principes, et mettant ensuite celles qui dépendent de ces premières.
Et quoiqu'il soit vrai (pie toutes sortes de matières dont on peut raisonner ou discourir, ne consistent pas en vérités susceptibles de l'évidence ou de la certitude de celles de la géométrie, sa méthode ne laisse pas d'y avoir son usage : car il est naturel à toute sorte de raisonnemens, de preuves et de discours de toute nature, soit pour enseigner ou pour d'autres usages, de commencer par ce qu'il y a de plus clair, de plus facile et de plus certain , et d'observer l'ordre naturel de la suite et des liaisons qu'ont entre elles les choses dont on doit parler.
C'est à cause de cette méthode si naturelle et si propre à conduire l'esprit à la connaissance des vérités, et à cause de la
k)8 I.K DU.01T l'ilîl.ic, I.1V. I.
certitude de celles (ju'on enseigne dans la géométrie, que ceux qui avaient inventé cette science, lui avaient donné le nom de mathématique, c^ui signifie science, la distinguant de toutes les a.utres par ces caractères d'ordre et de certitude, ce qui faisait qu'on l'enseignait à l'entrée des études des autres sciences, pour v disposer l'esprit par cette méthode. Mais notre usage a étendu ce mot de mathématiques, non-seulement à la géométrie et à ses parties, comme à l'arithmétique et à l'algèbre, qui ne consistent qu'en théorie, mais aussi aux arts qui, dans leur pratique, mettent en usage des principes et des règles de géométrie, comme ce qu'on appelle les mécaniques, l'art des fortifications, et autres semblables qu'exercent les ingénieurs.
Cette utilité si grande de la géométrie, n'est pas la seule, elle en a une autre très-importante pour le public ; car c'est de cette science que sont tirés les principes et plusieurs règles d'autres sciences et de divers arts, qui sont non-seulement trèsutiles, mais tous très-nécessaires; car, outre l'arithmétique dont les principes font une partie de la géométrie, c'est de celte même science que sont tirés ceux de la cosmographie, de l'astronomie, de la chronologie, des calculs des temps, de la géographie, des mécaniques, de l'usage des forces mouvantes pour une infinité de machines et d'instrumens nécessaires en toute sorte d'arts, de l'architecture, de la sculpture, des fortifications, de l'optique, de la perspective, et de l'art de représenter sur nn plan les divers objets de la vue, qui est le fondement de la peinture.
C'est aussi dans la géométrie, qu'on a les principes théoriques delà musique, soit des voix humaines ou des instrumens. Car c'est un art qui consiste à diviser les degrés de l'élévation et de l'abaissement de la voix qui font les différens sons, à régler leur arrangement et la durée de chacun qu'on appelle mesure, et aussi l'étendue des intervalles lorsqu'il en faut entre deux sons, et à distinguer les voix ou les instrumens qui doivent entrer dans le chant en différentes parties, proportionnées à la nature des voix et des instrumens, afin de former par les diversités des voix et des divers sons de chacune, et par les différentes mesures de ces sons et de ces intervalles, les diverses combinaisons qui peuvent former une harmonie agréable , et qui réponde au sens des paroles qu'on doit chanter, faisant passer au cœur les impressions de tendresse, de joie, ou d'autres sentimens et mouvemens qu'on veut exciter.
Et comme l'église a établi l'usage du chant de l'office divin, pour toucher les cœurs, et les élever au sentiment que les paroles saintes, qu'elle fait chanter, doivent inspirer, et que ces paroles demandent un chant qui soit tout ensemble grave, touchant et facile, afin que l'usage en soit commun à tous les fidèles, elle a
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ordonné dans toutes les églises où les Mêles doivent s'assembler pour assistera l'office divin, l'usage d'un chant composé de sons de même durée et de combinaisons moins figurées que celles de la musique. C'est ce qu'on appelle par cette raison le plainchant, dont l'usage est uniquement consacré à l'église, comme propre, par- sa gravité, à inspirer l'esprit des paroles qui composent cet office, et surtout des psaumes' qui en font la principale partie, et qui ont été composés pour être chantés. Mais ce ce plain-chant perd cet usage que demande l'esprit de l'église , si ceux qui célèbrent et chantent l'office divin, n'y observent pas la gravité, la modestie, la juste lenteur et l'attention que demande la dignité d'un chant qui doit exprimer des paroles inspirées par l'esprit de Dieu , et qu'on lui adresse, soit pour le louer, soit pour le prier, et d'un chant qui doit faire partie du culte divin où tout doit être auguste.
Outre cet usage ordinaire du plain-chant que l'église a établi pour la célébration de l'office divin, elle a aussi reçu celui de la musique et des instrumens. Mais la liberté infinie des ornemens de la musique, fait que ceux qui composent des chants pour l'église , n'ayant pas tous la vue de les proportionner à son usage selon la sainteté et la dignité des paroles qu'on doit chanter, et des sentimens qu'on doit inspirer, ils mêlent souvent dans leur composition des ornemens d'une musique peu proportionnée à cette dignité, et à la gravité que demande l'esprit, de l'église, ce qui semblerait mériter quelque réformation , puisqu'il y a même d'anciennes églises, qui ont entièrement rejette l'usage de la musique dans l'office divin.
L'usage de la musique rappelle ici celui de la poésie, dont on enseigne les principes dans les humanités, comme il a été déjà remarqué : cet usage de la poésie est tel, qu'il a non-seulement son utilité, mais encore sa dignité dans l'église même, et on en voit des exemples dans les livres saints , où nous avons des poésies inspirées par le Saint-Esprit, et surtout les psaumes qui sont une espèce de poésie; e{ l'église approuve aussi cet usage pour d'autres sortes de poésies qui sont les hymnes composées en divers temps : car comme il a été dit du chant de l'office, qu'il est d'une grande utilité dans le culte divin par l'effet des mouvemens et des sentimens qu'excite dans le cœur un chant proportionné à un usage aussi saint , la poésie a sa beauté et sa dignité par l'élévation de ses expressions vives , sublimes et figurées, et par leur arrangement dans une mesure et une cadence qui fait sur l'esprit les mêmes impressions que la musique fait sur le cœur. C'est par cette raison qu'on donne an langage figure de la poésie le nom de chant , qui a cette douhle utilité «pie la politesse et l'élégance des expressions el ses antres «gremens, font un honnête divertissement, <,:
3lO LIS DROIT PUBLIC, LIV. 1.
qu'on tire des ouvrages des poètes anciens et modernes de différentes instructions, par des sentences de toute nature, par diverses vérités de quelques sciences, par des règles même de l'art de bien parler et de bien écrire, par la facilité de se former l'habitude d'apprendre par cœur et en d'autres manières. Mais il faut avoir le soin de retrancher de quelques-uns de ces poètes, ce qui s'y trouve de contraire à la pureté, comme on l'a déjà remarqué.
Il a été nécessaire de donner ces idées générales des sciences et des arts libéraux, qu'on enseigne dans les universités, et dans les collèges et académies, pour faire voir, par le rapport de ces sciences et de ces arts libéraux au bien public de la société, quelle en est la nécessité et l'utilité, et quelle y est par conséquent celle des établissemens des professeurs pour les enseigner.
Ce premier usage des universités , pour enseigner les lettres humaines, les arts libéraux et les sciences dont on vient de parler, a été suivi d'un second, qui est de donner une espèce de titre, qu'on appelle degrés, à ceux qui, après avoir étudié pendant un certain temps réglé, ont donné des témoignages de leur capacité par des actes authentiques et publics. Et ces degrés sont distingués en deux manières; l'une d'où ce mot de degrés a été tiré, et qui consiste en ce qu'ils se donnent les uns après les autres à proportion du plus long temps d'étude et de la plus grande capacité, le premier qu'on appelle de maître-ès-arts, le second de bachelier, le troisième de licencié, et le quatrième de docteur.
L'autre distinction des degrés se tire de diverses sortes d'études des sciences de théologie, de droit canonique et civil, ou de médecine; le degré de maître-ès-arts se donne après l'étude de la philosophie , et n'est nécessaire qu'à ceux qui veulent en demeurer à ce degré, ou passera l'étude de la théologie, pour y prendre les degrés de bachelier et les autres, s'ils le veulent, et s'ils s'en rendent capables. Les degrés de bachelier, de licencié et de docteur, se donnent pour la théologie, pour le droit canonique et civil, et pour la médecine; c'est-à-dire, pour l'une de ces trois études : de sorte qu'il y a dans les universités quatre -sortes d'études, qu'on appelle facultés. La première de théologie, la seconde du droit canonique et du droit civil qui n'en font qu'une; car on ne peut prendre de degrés de l'une sans l'autre. La troisième de la médecine , et dans chacune de ces trois facultés, il y a les trois degrés de bachelier, de licencié et de docteur, et la quatrième est la faculté des arts, où il n'y a que le seul degré de maître-ès-arts.
L'usage de ces degrés est de donner à ceux qui les ont, le droit d'exercer des fonctions qui demandent la capacité en quelqu'une de ces facultés, ou de remplir des places, soit dans l'église ou
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dans l'ordre temporel de la société, comme tlt'b charges de judicature et les professions d'avocat ou de médecin.
Comme on ne traite ici de ce qui regarde les universités que par rapport au droit public, pour faire voir quel en est. l'usage dans un état, et par rapport à ce qui regarde en général la police de ces maisons et les devoirs de ceux qui les composent, on n'a pas dû s'arrêter à expliquer l'origine des universités, le progrès de leurs etablissemens et d'autres faits historiques sur ce sujet; car ce seraient des digressions éloignées du dessein de ce livre. On remarquera seulement en peu de mots le rapport qu'il peut y avoir des universités, des collèges et des écoles publiques, où il y plusieurs professeurs avec des écoles publiques i ) qui se tenaient à Piome dans le Capitale (a), et aussi à Constantinople , et où l'on enseignait la grammaire, la rhétorique ou l'éloquence, la philosophie et les lois (3).
Comme les villes ne peuvent pas toutes avoir des universités, on y établit des collèges et des écoles publiques, ainsi qu'on en voit en plusieurs, et il est même ordonne par l'article i'\ de l'ordonnance de Blois, que les archevêques et les évèques établiront dans leurs diocèses, des séminaires et collèges \>QU¥ Y institution de la jeunesse, tant aux bonnes lettres < ?t) qu'au service divin; mais, dans tous ces collèges, il n'y a que de simples études sans droit d'en conférer aucuns dégrés.
Outre les universités et les collèges pour les sciences et les arts libéraux, il y a encore des académies pour les exercices des armes, et pour les études des mathématiques par rapport aux fortilications, aux campemens, à un ordre de bataille, et autres connaissances nécessaires pour la profession des armes; et il v a aussi d'autres sortes d'académies d'études des arts, comme de la peinture, de la sculpture, architecture et autres; mais toutes ces sortes d'académies, quoique composées de divers maîtres pour les divers exercices et pour les études, ne sont pas du nombre des corps et communautés, si elles ne sont établies en cette forme par l'autorité du prince. Et pour les collèges, quelquesuns font partie des corps des universités, comme d*tns les villes où il v a des universités composées de plusieurs collèges, et les autres collèges séparés des universités, peuvent former des communautés, s'il y en a un établissement par lettres du prince.
Toutes les règles qui regardent les universités, les collèges cl les académies, sont de deux sortes, l'une de celles qui se rapportent à la police ou à la discipline de ces maisons, et qui peuvent
(i) L. un. C de stud. libéral, urb. Rom. éfCbnstanttDop. (x) D. l.'(3) L. ( . (1. de proies*, qui in urb. Constant, doc. c\ c\. le^;. mer. «omit. D. I. un m F. C. de stud. libéral, urb. Rom. el Coust. (4) C.Tbeod. ■\<- med*. et profess. t. T im. fi. 20. Hebr. l 'î. f). Eccl. !-. ■.>>. ■> ', . \ l'art. 2 de La secl 2, el l< s art. qu'on v a cités.
regarder leurs droits, leurs affaires, leurs privilèges; et ('antre de celles qui regardent les devoirs des personnes qui les composent, en ce qui est de leurs fonctions qui se rapportent au public, et ces deux sortes de règles feront la matière des deux sections suivantes.
SECTION PREMIÈRE
Des règles qui regardent la police et la discipline des universités et des collèges.
i. Les universités sont des corps mêlés et qui sont en partie ecclésiastiques, et en partie laïcs; car la profession de la faculté de théologie est d'un ministère d'ecclésiastiques, et celle des lois et de la médecine sont d'un ministère de laïcs ; ainsi , le corps de l'université est composé d'autres divers corps, chaque faculté formant le sien, qui a ses droits et ses fonctions séparés des autres, et ils ont tous ensemble des droits et des affaires qui leur sont communes , et qui, de ces différens corps , en forment un qui les comprend tous.
2. La police des universités, des collèges, des académies, de même que celle des communautés des villes , a son ordre proportionné à l'usage et aux fonctions propres à ces sortes de communautés, ce qui comprend deux sortes de réglemens nécessaires pour former cet ordre; la première, de ceux qui regardent l'administration et la conservation des biens , des droits et des privilèges (i)qui font subsister le corps, et la discipline qu'on doit y observer pour le maintenir dans l'ordre, et la seconde qui regarde les devoirs de ceux qui composent ces sortes de corps.
3. Pour ce qui regarde l'administration et la conservation des biens, des droits et des privilèges des universités , des collèges (a) , des académies, et les autres intérêts de ces sortes de communautés, et la discipline qui doit en maintenir l'ordre, elles ont leurs réglemens établis ou approuvés par les ordonnances et par leurs staiuts, soit pour ce qui regarde la manière d'élire les personnes qui doivent faire observer cette discipline et prendre le soin des affaires, et de la conservation de leurs privilèges, et aussi ceux qui doivent exercer les diverses fonctions du corps, pour tout ce qui regarde le détail de cette administration et de cette discipline et l'ordre de ces maisons; et outre les règles qui sont propres à ces maisons , elles ont en général celles qui ont été expliquées dans la section i du titre des communautés.